‹ Lettres sur le vitalismeChapitre 20 sur 65 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

Puisque la force vitale produit les organes et leurs fonctions, c’est elle par conséquent qui transmet la ressemblance do la figure , de la forme du corps , les dispositions héréditaires à un grand nombre de maladies. D’autres maladies héréditaires se transmettent par les principes vicieux des humeurs. C’est elle encore dont les dispositions congéniales ou acquises produisent les idiosyncrasies, les prédominances diverses des organes et des systèmes d’organes, les tempéraments en un mot ; toutes dispositions qui du reste peuvent être modifiées plus ou moins par les modifications que subit l’action de la force vitale dans les changements naturels des âges , ou par des moyens appropriés.

§ XXVIl.

La force vitale établit entre les différents organes des rapports sympathiques, même autrement que par l’intermédiaire du système nerveux, puisqu’elle est une.

Dans le cas de paralysie d’une partie du corps , le fluide nerveux cesse d’y stimuler la force vitale qui nécessairement diminue proportionnellement son action. Il y a abaissement de la vitalité dans cette partie et elle diminue de volume par suite de la diminution

(le l’activité des fonctions nutritives; quoique cependant le stimulus essentiel de la force vitale, le sang, continue à y aborder et à y apporter des matériaux réparateurs. Ce fait montre bien que la force vitale ne peut soutenir son action normalement, qu’en se trouvant eu présence de tous les stimulus nécessaires à cette intégrité d’action.

g XXIX.

11 faut distinguer l’instinct organique qui est une faculté de la force vitale, et dont certaines manifestations, par exemple, le sentiment de la faim , de la soif, etc., sont des avertissements donnés à l’ame pour lui faire connaître les besoins de l’organisme , et poussent l’individu aux actes qui doivent les faire cesser, de l’instinct de l’ame elle-même qui, outre les dispositions innées imprimées par le créateur, est constitué par des actes intellectuels plus ou moins confus, peu ou pas raisonnés, auxquels la volonté obéit, non parce qu’elle y est déterminée par aucun raisonnement, mais par suite de l’habitude qui résulte d’actes semblables de la volonté qui ont eu lieu antérieurement et qui eux avaient été déterminés par une délibération de l’ame, ou seulement par des circonstances accidentelles.

La force de situation fixe de Barthez, dont cet auteur a fait une force spéciale de l’organisme (o) ,

(o) Noiiv. iMémenls de In science de l’homme, 2“ édit., I. I, |i. lü'-i e( s. et |). 12s des notes.

résulte de l’instinct intellectuel créé par l’habitude de la répétition des mêmes actes de contraction musculaire. Ce qui rend cette proposition bien palpable, c’est l’inbabileté de la main gauebe à produire ce phénomène de contraction musculaire, comparée à l’habileté de la main droite qui n’est, comme tout le monde le sait, qu’un résultat de l’babitude. Tous les prodiges opérés par les bateleurs le prouventégalement.

Barthez attribue à sa force de situation fixe la résistance qu’acquièrent les muscles par la contraction (p). C’est au fait seul de la contraction qu’il faut l’attribuer; les fibres musculaires se trouvant alors disposées en zigzag etpar conséquent bien moins sujettes à se rompre que lorsqu’elles sont étendues davantage, comme cela a lieu quand elles ne sont pas contractées; c’est là un fait physique. C’est par la même raison qu’on peut expliquer pourquoi en mouillant un câble on le rend plus résistant; Teau qui s’interpose entre les fibres dont se compose une corde leur imprime des courbures qui leur donnent une plus grande force de résistance. La production de ces courbures explique, du reste, pourquoi une corde mouillée se raccourcit.

La force de situation fixe, si force il y avait eu, aurait dû seulement s’entendre de la faculté que nous avons de contracter les muscles au degré que nous voulons et de maintenir cette contraction à ce deeré d’une manière fixe pendant un temps plus ou moins prolongé. Cette faculté nous donne le pouvoir, que

(|)) Kl^menls ofr., t. 1, p. I“2S dos notes.

nous [)orl'eelioniiüns pjir rexcrcico, (le irop[»üser à une puissance ou à une résistance c|ue juste le degré de contraction musculaire nécessaire pour la vaincre, tout étant prêt à raugmenter ou à le diminuer si la résistance ou la puissance vient à changer, comme on le voit dans le fait de Milon de Crotone que cite Barthez, et qu’on appelait le tour delà grenade. Milon tenait une grenade dans sa main de telle manière qu’il ne la lâchait pas , malgré tous les efforts que tout autre homme pouvait faire pour la lui ôter ; et cependant il ne faisait sur cette grenade aucune compression qui pût la déformer. On voit clairement que si Milon n’eût pas employé juste le degré de contraction musculaire nécessaire pour résister à son adversaire, et s'il eût dépassé ce degré, il aurait broyé la grenade ; si la résistance eût été trop faible au contraire, son adversaire aurait triomphé. Il y avait nonseulement, dans ce cas, une habitude de l’instinct intellectuel , mais encore il fallait une attention soutenue de l’intelligence nécessitée par les changements de dij-ection et d’intensité des efforts de l’adversaire.

L’enfant acquiert bien vite, par la répétition du même acte, l’instinct intellectuel qui le porte à chercher le sein ou le biberon lorsque le sentiment de la faim avertit son ame. Peut-être dira-t-on que ce n’est pas la mère qui apprend à l’enfant la succion , cela est vrai; aussi n’est-ce pas à l’instinct intellectuel qu’il faut rapporter cet acte, dans ce cas, mais bien à l’insinct organique. Les muscles qui sont disposés pour produire cet acte se contractent synergiquement au mo-

ment (le l’excitation physiologi(|nc causée par la présence (3u mamelon dans la bouche de l’enfant; au même titre que l’excitation déterminée par la succion sur le mamelon détermine ce qu’on appelle la montée du lait, c’est-à-dire sa sécrétion plus abondante. C’est aussi par la même raison que la déglutition s’opère, que le cœur se contracte par l’excitation du sang qui pénètre dans sa cavité, qu’un certain nombre de muscles se contractent synergiquement pour opérer le vomissement, etc.; car les muscles qui concourent à la succion, quoique destinés à agir plus tard d'après les ordres de la volonté, se trouvent néanmoins placés au début sur la même ligne que les muscles non soumis à la volonté.

La même chose a lieu chez les animaux; l’animal qui vient de naître sent la sensation pénible de la faim , il crie , il s’agite ^la mère prend tous les moyens pour se placer convenablement afin de parvenir au résultat qu’elle désire qui est de se faire têter pour être soulagée de la sensation pénible causée par la réplétion des mamelles , ce qui a lieu aussitôt qu’elle est parvenue à mettre ses mamelons en rapport avec les lèvres du petit*

n faut ici remarquer que l’instinct intellectuel des animaux , auquel se résume toutes les facultés de leur ame, est constitué, comme celui de l’homme, d’abord par des actes intellectuels confus, et est sur ce point susceptible d’être perfectionné par des circonstances accidentelles etpar l’éducation; et en outre par des dispositions innées, imprimées par le créateur, qui sont plus

iiüinbreuses et plus irrésistibles que chez riiomme , qui, par contre, possède la raison , et ne sont susceptibles ni de perfectionnement, ni de variations. Ainsi rien n’a pu apprendre à la mère tous les soins qu’elle prodigue à sa progéniture, rien n’a pu lui apprendre, par exemple, qu’elle doit présenter ses mamelles au petit qui vient de naître; rien n’a pu apprendre à l’abeille , au castor , à l’oiseau , etc., les admirables travaux auxquels ils se livrent et qui sont invariablement les mêmes et stéréotypés dans leur instinct ; rien non plus pour les actes de la génération, non plus que pour les cris et les cbants qui sont les mênuîs dans chaque espèce d’animaux; etc.

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