DES ÉTATS-UNIS
UBTTBX Z.
WascisM , près de Tallahaasee (Floride), jnillet i8al6.
Vous me rappelez , mon cher ami , la promesse qae je tous fis en quittant TEurope, de TOUS tracer , à tête reposée et sur les lieux , un tableau de mon pajrs. Auriez-yous encore envie de vous y établir ? Rien ne pourrait m'être plus agréable. Je le désire plus que je ne l'espère. IV'importe \ puisque vous le voulez , je tâcherai
de vous satisfaire. Vous connaissez assez mon
taractere pour être assure que, quoique préveau favorablemeDl pour ma patrie, je vous parlerai avec franchise, cl que je tous peindrai fidèlement nos qualités et nos délauls ; car poUTant avoir une influeDcC décisive cur une
délej
-. de f
e part ,
:i de
' exposé à des regrets.
quelques-uns d
SI je parlais à uu tomme d'affaires qui ne VDoliltque àas détails sur la manière de placer ses capitaux, sur Tintérét de l'argent, je lui dirais ; Observez notre prospérité croissante , et vous y verrez uu gage sixi du bon emploi de votre fortune. Mais ce n'est pas là votre but, du moîui votre but principal. Votre vie s été consacrée en grande partie aux affaires puljliques, et vous viendriez chercher ici des principes de gouvernement plus conformes aux vAtres. Cesl donc l'état moral de U sociélé
Les Earopéens qui viennent dans notre pays, excepté quelques naturalistes qui n'obsenrent que let cailloux et les herbes, se bornent à un petit nombre de vojrag^s dans nos .yilles atlantiques, et retournent en Europe, persuadés que Doos sommes un peuple de marchands. Ce sont presque tous des gens d'afiaires qui ne yoient pas d'autre société que celle de leurs correspondans. Ils ne sentent pas le gouyemement, et ne s'en occupent pas. J'en ai yu beaucoup en nier jusqu'à l'existence. Il en est peu qui yisitent Fintérieuret qui entendent parler politique; non pas qu'on se défie d'eux dans ce pays de publicité, mais parce quon craint de les ennuyer, en parlant de sujets qui ne peuyent pas les intéresser. Us retournent en général en Europe , persuadés que nous sommes très - polis et très-adroits , et que le gouyemement dure encore , parce que personne ne s'en mêle , chacun étant occupé de ses propres affaires. Il
V a pourtaol îles eiceplions. Quelques voyageurs anglais ont pénétré dans l'inlérieur, ayant pour motif avoué d'observer rbeiamc ; mais pour la plupiirl , c'étaient des méthodisle^, ou des gens apparleDanl à d'autres sectes religiouscs, cl qui ont toutpeintà travers le prisme de leurs rïdiculBB illusions. Leurs ouvrages d'ailleura abondent en préjugés britanniques qui ne sont nnllcment favorables a leurs vain-
Quand même on aurait sn Angleterre une idée exacte des Elab-Unis , ce ne serait pas une raison poar qu'elle vous eiU gagué OU gagné le continent. Je crois, sur ma propre eipérience, qu'on ne s'y fait pas une idée plus jasle de l'Angleterre que de l'Amé-
1 agricole qui unes surtout u
I nation pensaota et discu-
tante. Notre politique est si difiEérente de celle de l'Europe, que le peu d'étrangers qui s'en occupent, n'y comprennent absolument rien.
n TOUS suffira de jeter les yeux sur une carte des États-Unis pour vous convaincre que ïintérét agricole l'emporte de beaucoup sur Vintérit commercid ou manufacturier.
- La première gprainde division de FUnion est entre les États qui reconnaissent des esclave» et ceux qui n'en connaissent pas.
Tous les Etats au sud de la Potowmak, et le Maryland au nord, tout ce que nous appelons Slave-holdUng-Siates, sont complètement agricoles. Le peu de commerce qui s'y fait est dans les mains de quelques habitans du nord , et ce n'est que depuis quelques années que le Mary' land a commencé à s'occuper de manufactures.
Bfiltimore est dans toute cette étendue de pays la seule ville à l'est, et la Nouvelle -Orléans à l'ouest , qui y emploient des capitaux. A
^H Chariel-Tôwa , ^P psrliennent ,
et le Eommeccc
Chariel-Tôwa , Suvau^ , etc. , les upiUui »p. parliennent à des marcbaads tie N«w-York>
et le commeccG y est fait par leurs sgeos. Au Bord-au«eI de cetle ligne, le pays est tout-àfeit agricole. C'est le cb; de la Pensylvauïe , excepté Philadelphie. Au nord-est les iatérSu sont divisi^s au moins également.
Cette première division est très - Sensible dans notre poliU<{ue. Les Etats du nord sont jaloux de nos esclaves et de notre prospérité) BOUS ne leur envions rieu; tout ce qn'ib produisent, c'est nous qui le consommons, lia ont plut de capitaux que nous , mais mains de re- Tcnus.Tantqu'ÏIs se borneront a prêcher contre Fesclavage, et à faire des établissemens sur la cSle d'Afrique , etc. , nous ne noDS en inquiéterons pat; nuis si leur esprit de prosélytisme kl portait it tenter chez nousrémBncipation desnoirs, les législateurs des Etats j mettraient un frein ; et si le Congrès voubit liiie des lois sut
cette matière, comme il le tenta lors de Tadmission de l'Etat de Missouri dans l'Union , le plus bel édifice élevé par les hommes , la Confédération américaine serait détruite. Les Etats da and seraient obligés de se séparer de ceux da nord. Un tel événement du reste est imaginaire. L'intérêt hypocrite qu'une certaine classe d'hommes , au nord , affecte pour nos
esclaves , n avancera pas d*un jour leur émancipation, et ne lait que rendre leur situation en quelques cas moins supportable. Cette émancipation, que tout homme éclairé désire, ne peut être yéritablement attendue que du temps et de l'intérêt privé des propriétaires. Vouloir précipiter cette mesure , ce serait exposer les Etats du sud à des convulsions intérieures , et rUnionà se dissoudre sans aucun avantage pour les Etats du nord.
Une autre grande division se fait remarquer dans le canctère du peuple, entre les kabitatt»-
du sud , du nord-est , de l'ouest et du centre. Elle est si forte qu'elle change toat-à-&it l'aspect du pays.
Les six Etits de la Nouvelle-Angleterre (NeW'£ngland'Staies)y Bfassachnsetts , Connecticut,New-Hampshire, Vermont, Maine et Rhode-Islandyformentàeux seuls une constellation extrêmement remarquable parmi les États de FUnion. Leurs intérêts, leurs préjugés, leurs lois , jusqu'à leurs ridicules et à leur accent , sont les mêmes. Ils sont ce que dans le reste de l'Union nous appelons Vankees , nom que les Anglais ont étendu très-mal à propos à toute la nation. Ces six républiques fraternisent. Leur industrie et leurs capitaux sont immenses. Elles couvrent l'Océan de notre pavillon et peuplent notre marine marchande et militaire ; elles ont donné naissance à plusieurs de nos plus grands hommes. Le caractère du peuple y est extrêmement remarquable , et ne
peut se comparer à aucun autre sur la terre.
Les entreprises les plus gigantesques ne YeVfraient pas; il n'est point rebuté par celles de détail , et les conduit avec un esprit de suite et de minutie tout-à-fait particulier. Là les hommes semblent nés pour calculer à sous et deniers ; mais ils s'élèvent par-là à calculer par millioos , sans rien perdre de leur exactitude et de leur petitesse de vue originaire. Us ont une avidité de profit déboutée, et vous avouent friuMïbtment, comme Petit-Jean,
Que sans aident Thonneur D^est qu'âne maladie.
Cet esprit de calcul et d'avarice s'unit à merveille avec l'observation méticuleuse du dimanche qu'ib appellent Sabaûi , et de toutes les pratiques puritaines de |a religion presbytérienne qu'ils ont généralement adoptée.
Us sont à cet égard si scrupuleux qu'un brasseur fut censuré à l'église pour avoir brassé le
laïuedi, ce qui availeiposd lu bière à travailUi* le jour du Ssbath. II9 appellent cela marste, la font consister beauuoiip plus s ne pas jurei^' chanter, danser, 50 promener un dimanche, qu'à ne pas faire ane banqueroute franduleuse. Cette espèce d'hjrpocrisie religieuse leur est t naturelle , que le plus grand nombi'c la pratique de bonne foi. Eux-mêmes appellent avea gloire leurpajs, celui des mœnrj rangées ( thm country of sleadjr habits) , non pas qu'ils j soient plus vertueui, mais parce qu'ils prennent
mangent le samedi que de k morue et deï tourtes de pomme {apple pies). BaMOD,lei]r' capitale.abondecependani en hommes éminedd dans les lettres : c'est l'Athèups de l'Unioni ellr fut le berceau de la liberté , et produint pltt-> sieurs de ses plus siïis défenseurs dans let conseils comme sur ta champ de bataille. L'ins* Iructionyest beaucoup plus répandue que
toute autre partie du monde que ce soit. Ils ont enfin tout ce qui mène à la grandeur, s'ils pouvaient avoir de grandes vues et abandonner cet esprit mesquin de détail qui les suit partout. Partout on peut reconnaître un Yankee à la manière adroite dont il questionne sur ce qu'il sait , à la manière évasive dont il répond aux questions qui loi sont faites , sans affirmer jamais rien, et surtout à Tadresse avec laquelle il s^édipse dès qu'il faut payer. En politique , ees six Etats sont unis ; ils votent comme un homme. C'est là qu'est le siège de Vintéret commercial, quoique, depuis^ quelques années, ils tournent leurs vues vers les manufectures avec lo succès qui suit tout ce qu'ils entreprennent. Le pays y est très-peuplé , très-bien cultivé, et, là même, les capitaux employés dans l'agriculture sont aussi considérables que ceux qu'absorbe le commerce.
Les Etats du centre sont bien loin d'èti« aussi
unis d'intérêt , d'avoir une physionomie au:
marquée. L*£tat de New - York forme u aation de plus d*im million d'ames. La ville New-Tork a cent soixante-dix mille habitau on y a bâti Tan passé quinse cents maisons , on s'attend à en voir s^élever trois fois auta cette année. Rien dans le monde ne peut comparer à Pesprit d'entreprise, à l'activité, findostrie dn peuple. loi ce ne sont pas d
• vues rétrécies, on ne parle que par millions dollars; les a£bires s'y font avec une rapid sans égale, et pourtant sans trop fortes secousse Totttmarclieen avant à pas de géant, mais à [
V réguliers. Cet état de choses a reçu un gra élan par le génie du présent gouverneur, M.
Wxtt QintOD qui eut la première idée du grai canal qui unit le lac Erié à la mer. L'activ de cet Etat est si forte qu'elle est entièremc absorbée en lui-méoie, et qu'il ne lui en ra pas pour ses affaires avec FUnion. £n gêné:
soo inflaence ne s y £ût presque pas sentir; car «yant de tout en lui-même y il centralise dans sa propre dépotation les intérêts de l'agriculture, du commerce et des manufactures, h* intérêt commercial y domine partout. U esta remarquer que cet Etat a fourni aux conseils nationaux bien peu d'honmies d'un esprit supérieur. Ib sont absorbés et annihilés dans la politique intérieure qui est extrêmement compliquée , et qui passe pour être pleine d'intrigues assez sottes. Un étranger n'y comprend rien, mais s'aperçoit que les partis y sont acharnés et per^ sonneb , deux très-mauvais signes.
LaPensylyanie, le New-Jersey et le Delaware forment un groupe qui se ressemble davantage. Le peuple s'y distingue par sa bonhomie , sa tranquillité et son industrie. Excepté Philadelphie, Vintérét y est généralement manufacturier et agricole. Ces Etats sont en grande partie peuplés de paisibles quakers et d'Allemands.
Tout 7 marche sans bruit, sans secousse, sans pour ainsi dire qu'on s'en aperçoive. Si Boston est le séjour des lettres , Philadelphie est celui des sciences ; ce qui y donne peut-être a la société un caractère de pédanterie.
Depuis un ou deux ans, le New- Jersey tâchait de s'élancer dans la carrière périlleuse des grandes entreprises , et d'imiter son yoisin du nord ; mais il a fait quelques écoles et est reyenu a des principes plus sages. La législature, cette année, vient de refuser péremptoirement d'incorporer de nouvelles banques , et a même retiré les Chartres de quelques anciennes.
Le Maryland est aussi divisé d'intérêt que les autres Etats. Car, tandis que Baltimore est une des villes les plus commerçantes de l'Union, le reste du pays est agricole et manufacturier. Le caractère du peuple y est un singulier mé* lange de la simplicité et de la bonhomie des
qnafcdrs ée la PeiuylTatiie et de PorgaeU des pkBftears dt Vnigîilie. (Test le seul Etat où eiûte FintoléraBoe religieuse, phitôt par anoeane habitnde que par préjugé actuel; les Juifs M peuvent pas j voter. Cet Etat se trouvepar rapport à ses nègres, «t peut-être à un plus haut degré f dans la même difficulté que la Virginie.
Ce dernier Etat a joué pendant iong-temp»
le premier rôle dans.rUnion par sa p<^tique et sel grandi hommes. Quatre de nos présidens kd doivent le jour : mais la Virginie est hiett dédioe de cet état de splendeur qu'elle ne devait 9 du reste, principalement qu'à l'excite'^ ment des partis. Les intérétê y sont entièrement agricoles et manufacturiers. Le caractère du peuple est noble, généreux, hospitalier, mais mde 9 vaniteux et fier» Il vante sa foi au-dessus de toute chose. Ses lois, ses usages, sa politique, se ressentent de ce louable engouement.
Oo y ta Iréï-uni; on oe iJODiie jaauis £ooai»iiîao uns Tappiijrr du caSrage de toute la fîrgùtîe. La politique y c$l poncUnt pnsoDoelle, £tcti«o»e, turbulente et criarde- C'est ^ni com^ paraigou l'Etat où U jr a le plus d'avocats , mi du moins de gens qui ont étudié ponr l'étM..
Quoiqu'ils se Tentent de démocratie , ils sont! les «euU vrais nristocrales de l'Union; timoift' le droit de luffrige dont la canaille est eidue dans cet Etat.
La priocipale colliire de la Virginie et du- Mary laiid est le tabac et le blé. Le premier deces articles edge le travail des nègres, tandis que le second est plus profitable , calttvé par des nioias libres. Le tabac d£Ericbe très-vite la terre , et ne croît que dans les terres neuves el li^s-ferlile!. Il suit de cet éut de choses que CCS terres étant à peu prés épDÏsées aujour^ d'hui , au moins proportionnellement , et le
tité qui en est cultivée à l'ouest , les phiuteurs sont réduits au blé et obligés de se défaire de leurs esdayes qui ne donnent plus de profit.
Le jour n'est donc pas éloigné où Ton yerra ces deux Etats s'unir à ceux du nord contre les Slave^oldingSttUes. Cependant depuis un ou deux ans ces Etats , surtout Virginie , ont entrepris avec succès la culture du coton court , ce qui a rendu de la yalenr à leurs nègres, et pourra peut-être reporter la Virginie à son ancienne splendeur.
Excepté sous ce dernier rapport, North-GaroUne est une mauvaise copie de la Virginie -. elle a les mêmes intérêts , la même politique , et navigue dans ses eaux. C'est , malgré jses mines d'or , le plus pauvre Etat de l'Union , et celui qui fournit le plus d'émigrans aux nouvelles contrées.
South-Garoline , Géorgie, Âlabama, Mississipî et Louisiane constituent proprement ce
i|u'on appclli; le Sud, Leur inl^réC cal sans luÉlunge , Bgricole. Le coton long el court , le sucre, le ru et le mais forment leurs prodmti qui oécesEtteut le travail des noirs , et fournissent un profit nssez avantageui pour les empêcher d'emplojer leurs fonds autrement. La bouté de la terre et le luxe du climat secondent tellement le cnltiTaleoi, qu'il est beaucoopplui ivanlageui d'employer les nègres k la culture qu'iiuifabnques.QuoiquelescaractèresdespCupies varient beaucoup sur une f tendue de pays aQjSi considérablu , cependant uu fond méridional s'y fait observer. La franchise, la générosité, Tbospitiilité, la libéralité des Dpioioni du peuple y sont passées en proverbe , et forment on parfait contraste avec le caractère Yankee qui n'ell pas à l'avantage de ce dernier.
de (
groupe
Sonth-Carolioi
fait remarquer par une réunion de talens sans é^ale dans l'Union. La société de Charles -Towi>
est ce que fâi troaré de mieux dans me»
rofBf^êj tant de ce cdté que du vôtre de PAt- ]tiitfi{ae. Elle ne laûse rien à désirer sous le rapport da fini ^ de TélégaDce des manières ; mèàê ce qui Tant mieux pour les gens qui , coamie vous et moi , n'attachent pas une grande importance à la politesse, elle fourmille de ▼TftiB talens , et est aussi loin de la pédeinterie que dePinsignifiBnce. Dans toutes les questions d*an fotérèt commun , c*est toujours cet Etat qui mène. La politique des autres, excepté la Géorgie , n'est pas encore assez bien établie pour que f en puisse parler. Quanta la Géorgie^ c'est avec peine que je dois tous le déclarer ^ rien n'égale l'acharnement de ses factions , si ce n'est celles du Rentuckj; encore celles-ci sont-elIcAi pour des principes, tandis qu'en Géorgie c'est pour des hommes que l'on se dispute. Le présent gouverneur a poussé les choses si loin , que le mal trouver»
probablement son remède dans son excès.
Les autres^Etats forment l'onesi. Incompa»
rablement la plus grande et la plus riche partie de ITJnion, elle sera dans peu, si elle ne Test pas déjà , la plas peuplée ; et le pouvoir ne taïdera pas à lui arriver, ainsi que le luxe, l'instruction et les arts qui sont leur conséquence. Leur intérêt est manufacturier et agricole , quoique le premier l'emporte de beaucoup. Le caractère du peuple y est fortement marqué par un rude instinct de mâle liberté dégénérant souvent en licence , une simplicité de mœurs, et une rudesse de manières s'approchant quelquefois de la grossièreté et de l'indépendance cynique. Ces Etats sont trop jeunes pour que je puisse beaucoup vous parler de leur politique. Elle est généralement acre et ignorante. Les universités, établies partout avec luxe, promettent cependant une génération de poUti" eiens instruits qui auront sous leurs yeux, pour
s'éclairer, les fautes de leurs pères. Notre pays est si heureusement constitué que Ton peut, sans on grand danger , mettre à l'essai une loi ou une constitution. Les Etats se contiennent Pim Tantre comme de bons nageurs , et sont toiqonrs prêts à remettre à flot celui qui se noie. La constitution fédérale , d'ailleurs , est là pour empêcher que Ton ne fasse des essais trop ! dangereux. Ses bornes arrêtent les ex* périmentalùtes , et c'est surtout en cela que chaque citoyen, de quelque état qu'il soit , est obligé de la considérer comme la sauvegarde et la source de la grandeur à laquelle s'élèvera potre République.
Je vous ai parlé de l'intérêt manufacturier , commercial et agricole, sans vous dire ce que c'est. Vous allez croire , j'en suis sur, que les Etats de l'ouest. soat pleins de manufactures, et vous vous tromperiez. Leur intérêt ne se constitue pas par les manufactures qu'ils ont^
^mais par celles qu'ils comptent avoir. U y a deux ans qu'une réforme du tarif des douanes fut proposée au Congrès. Gek mit tout •& mouvement. Les anciens partis se réchaufièrent^ mais ce fut en vain. Pour que cela devint ane affiiire de parti , Pintérèt du peuple était trop patent , et il y voyait trop clair. Les villes de l'intérieur, une partie des Etats du centre et presque tout l'ouest votèrent en faveur d'une mesure qui favorisait lenrs manufactures présentes ou futures. Les villes maritimes et quelques places sur des canaux dans l'est, composant i'iiht^r^ commercial, s'opposèrent à tout ce qui pouvait diminuer , même momentanément , l'activité du commerce. Tout le sud , unissant ses intérêts à ceux du commerce, se prononça fortement contre le tarif. Gela vous semblera singulier ; }e fus , je m*en souviens , du petit nombre qui combattit cet aveuglement. Le tarif passa, mais amendé de telle manière qu'il a
perdu beaucoup de sa force , quoiqu'il lui en lette asaes pour £ilre beaucoup de bien , comme mn planteurs commencent à s'en apercevoir, depuis qu'un marché intérieur pour leurs cotons s'ouvre an nord et à Pouest, au lieu de dépendre de Tétranger. Dans ce cas , je vous prie <Pobserver que le centre était divisé, que l'est et le sud étaient réunis contre l'ouest. Dans le cas d'une guerre ce serait le contraire , l'ouest et le sud se réuniraient
Indépendamment des deux divisions que je vous ai indiquées , il en existe encore une troisième , les anciennes et les nouvelles contrées. Cette division, qui s'explique par son nom, ne peut pas se marquer sur la carte, parce qu'il y a beaucoup de districts des nouvelles contrées enclavés dans les anciennes ; et cependant en général les territoires et tout l'ouest des monts AUeghanfê sont nouveaux. Cette division est la plus intéressante pour vous. C'est là le point
qu'il voui faut saitont examiner. Vonlei-Toi vous fixer (Uns la parité du pays nouvellcmeaD ou anciennemenl peuplée? L'un et P»
ce5 dsui partis ont leurs désagràoeos i BTantages. Si, ennemi de [a peine, coi votre position dans l'Échelle des ètreâ , 09 cherelianl pas à vous y avancer , votre fortujaf
dans les anciennes contrées. Vous y tiouveret. les arts d'Europe , son luxe , sa polilease et uK
étranger pendant cinq ans ; et alors toutes bè bévues que vous aurez commises pendant M lemps vous soronl comptées. D'silleuri quelle, profession prcndrez-vous ? car il ne faot ptt penser ici à vivre sans occupation, vous séchoriei d'ennui , et vous perdriei toute considéra*^ tion. Si vous comptez vous adonner !
meroe, ou si Eiculape a
os premiers hi contrées vous offrent pi
de ressources. Ce n'est que là que les afiaires, commercialement parlant, se font en grand , et Tos assassinats patentés seront perdus dans la foule , tandis que le récit touchant d'une cure ndractileuse^inséré adroitement dans le journal dn soir, mettra entre vos mains la vie, et la bourse d'une nouvelle volée de patiens. L'agriculture ne vous y rapportera rien , et emploiera tout votre temps. Elle n'est profitable qu'aux petits propriétaires , à ceux qui sont habitués à mener eux-mêmes la charrue. Le barreau vous ouvre un vaste champ j mais vous allez vous trouver en rivalité avec les premiers hommes de la nation , et vous serez immanquablement écrasé. Cependant , pour un Européen , cette partie du pays convient peut-être mieux : elle ressemble davantage à l'Europe ; mais s'il n'est pas très'persécuté dans son pays , ou si son amour pour nos institutions n'est pas extrême , je lui conseille de rester chez lui.
Mais au lieu de cela qu'il vienne dans nos nouyelles contrées; qu'il ait le courage de plonger tout d'un coup dans nos mœurs , nos lois et nos forêts ! Que laissant en arrière quelques années et le souvenir de délicatesses passées , il s'endurcisse contre des privations et un e£fort passager I S'il se destine au commerce , qu'il établisse un marché où il n'en existait pas I Au barreau, qu'il soit le premier avocat à plaider la première cause au premier terme de la nouvelle Cour ! S'il est médecin , qu'il établisse sa réputation où il n'aura personne pour le contredire, pas même les morts. S'il se destine à l'agriculture, quil défriche des terres neuves , seul, sans voisin , ne dépendant que de lui-même , et il en sera libéralement récompensé. H se trouvera de fait, sinon de droit , naturalisé dès le premier jour, car personne ne l'inquiète. Si vous venez d'Europe ou d'un Etat lointain , point de préjugés établis ,
de réputations faites contre lesquelles il faille lutter. Là toat dépend des efforts indiyidaels. n ne faut compter que sur soi-même. Aucun fouvemement ne se fait réellement sentir; aucune sîmagrée sociale n'entrave la marche de Fesprit. Cet état dure peu; quatre ou cinq ans au plus voient croiti*e des villes , des villages, des universités, etc. ; alors vous vous trouverez intéressé dans tout cela et pourrez dire avec fierté :
Quorum pars magna fui.
Et si, comme beaucoup d'autres , vous conservez le goût de la vie champêtre dans les bob , partez , émigrez tous les deux ou trois ans à l'ouest, emportant avec vous votre léger bagage, jusqu'à ce que l'Océan Pacifique vous arrête. Ce ne serait pourtant pas mon goût. Il me semble que j'aimerais la ville dont j*ai vu poser la première pierre , dont ]'ai défriché une
partie f à observer l'essor qu'a pris , dans l'es* pace magiquement court de trois ou six ans > nn nouvel Etat souverain; à voir de nouvelles lois, un nouvel édifice social s'élever là où les cris barbares de l'Indien épouvantaient sa timide proie ; à entendre discuter nos intérêts , ou effrayer les pécheurs par les accens non moins barbares d'un prêcheur méthodiste. C'est le parti que j'ai pris moi-même , me sentant dégoûté des affiiires et de la société , et étant trop actif pour rester sans rien faire. Pour un étranger , ce parti a un autre avantage : il le fait sauter à pieds joints sur ces cinq années de probation où il n'est pas eacoie citoyen et cesse d'être étranger , situation- gauche qu'il évite dans le désert. Je ne me dég^se pas les difficultés et les privations qui accompagnent une semblable résolution, surtout pour un étranger. Le plus grand inconvénient est dans le grand nombre de fripohs et d'intrigaos qui , de toutes.
les parties des Etats-Unis, se donnent rendezvoos dans une nouvelle contrée , et sont quelquefois assez nombreux pour s'emparer du gonyemement. Mais cela n'est que momentané; les honnêtes gens reprennent tôt ou tard le dessus , et cela ne fait que donner une agréable oocopation. Je ne connais rien de si amusant que de travailler à mettre ces colons à la porte. Cest l'image d'une révolution, comme la chasse est Fimage de la guerre. Outre cette objection principale , il faut une espèce de courage pour se sevrer , pendant quelques années , de toute société assortie à l'éducation et aux. habitudes d'un homme bien élevé , pour renoncer aux théâtres, aux comforts de la vie , à une bonne maison , au journal tous les soirs , à ses lettres tous les matins.
Ici point de bon vin qui nous grise et nous damne. Nous n'avons pour produire les mêmes effets
que du wiskey , ce que vous connaissez sous le nom de schnaps. Nous vivons très-simplement , sans ostentation. Tout cela changera dans deux on trois ans ; et en vérité, celui qui est assez efféminé pour regarder ces privation» momentanées comme un prix trop cher pour Tétat de mâle indépendance que je vous ai dépeint^ peut rester chez lui ; nous ne le désirona pas.
Je relis ma lettre, et je vois qu'elle sera inintelligible pour vous si je la laisse seule. Bon ! je regarde ce commencement comme une espèce d'engagement de vous donner des nouvelles de mon pays , jusqu'à ce que vous me disiez que V0U5 en avez assez , ou que vous veniez vousmême me prouver que je vous ai persuadé des^ avantages sans nombre dont notre gouvernement, et notre gouvernement seul , nous fait jouir sur l'Europe. Je vous ai développé quelques vues neuves pour la France. On n'y cony
naît que les Etats-Unis. Les vingt «quatre républiques indépendantes qui les composent, qui ont chacune leur constitutioil', leurs lois , leur politique , leurs partis , qui se meuvent dans un ordre sublime , sans jusqu'ici s'entrechoquer dans les orbites qui leur sont tracés par le gouvernement fédéral , personne n'en parle, personne ne s'en occupe. C'est sur leur politique intérieure et leurs i-elations entre elles que je me propose d'attirer vos regards; Il fiaiut voir la marche tranquille et majestueuse de cette République. Vous ne pouvez vous en faire une idée , vous qui n'avez connu la liberté qu'au milieu de la tempête (qui certes a bien aussi ses charmes ) et attaquée par des partis subversifs. Ici les principes sont inamoviblement établis dans les esprits et les cœurs. Le peuple est unanime sur le gouvernement.
On ne diffère que sur les personnes et sur quelques mesures secondaires. Établira-t-on
une banqute ? Fera-t-on un canal ici ou là ?
Fera-t-on une loi contre l'usure ? Enverronsnous tel ou tel au Congrès? Voilà les objets qui occupent, non pas une minorité remuante, mais toute' la nation. On s*agite jusqu'à ce que la loi ou l'élection soit faite ; ensuite il n'en est plus question ; personne ne pense à réclamer. Je me propose donc d'attirer vos regards sur la politique intérieure de ces républiques et sur leurs relations entre elles.
UBTTRS XX.
Wascissa , près de Tallahassee ( Floride ) , juillet 1816.
Je ne vous ai rien dit dans ma dernière lettre des partis qui divisent la République ; cela est pourtant nécessaire pour achever le tableau général. Si tous les hommes avaient les mêmes goûts et entendaient aussi bien les uns que les autres leurs intérêts , il n'y aurait point de partis , point de choc , point de divisions ; mais il n'y aurait point non plus de changement , de diversion , de nouveauté ; l'homme , transformé en une simple machine à plaisir, végé' terait, semblable à tous les autres hommes , comme une plante de froment au milieu d'un champ. Serait -il plus heureux? M. Robert
Owen le croit j c'est sur ce priacîpe qu'il établif ses nouyelles sociétés. Pour moi, je. pense différemment ; le plaisir ne consiste que dans l'accomplissement de nos désirs , comme le bonheur dans celui de nos passions ; mais pour que les désirs deviennent des passions, l'opposition est nécessaire; sans opposition il n'y a donc point de bonheur , point de choc d'opinion d'où jaillisse la yérité ; les pouvoirs de l'esprit sont aussi différens que ceux du corps. Il suit de-là qu'ils varient non-seulement dans leurs désirs , mais dans les moyens de les satisfaire.
C'est ce qui constitue la différence entre na parti et un intérêt politique ; l'un est un objet de fait , reconnu par tout le monde, l'autre une division sur le moyen d'y parvenir; cependant, l'aveuglement des passions est quelquefois assez considérable pour changer l'intérêt réel , et même Tignorance fait qu'on se trompe. Les
ae passion, --P«^E„ Espagne.»
«pe» <»*--°'";!^; Laie qui crie: r.- --^^''""'^^aU nation', ^o^'-^
a.«a»P««>»" , véritables intérêts.
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S.-.^* -^*tp^,u„ objet «lesP^- ^«.in-, ce nest P^s ^^^ ^^^^^ ^,^^^„^„„
Utio»-, <P«tt« «P'r "ne matière de t»», re- *^^-" *^ VM^e dn pay'- ^« '«'f ^ ttbre de décLret s, ^ ^^^ ^ ^^.^ ^^„^,t..
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qui prennent un caractère officiel dès qu'elles sont composées d'une majorité. La constitution reconnaît le droit de résistance à Poppression. Ce n'est donc pas sur la forme ou les principes du gouyernement que roulent les partis ; c'est principalement sur les mesures d'administration et sur les hommes. Les partis , fondés sur de semblables différences d'opinions, sont favorables à la chose publique j ce sont les yents qui font marcher le nayire et contre lesquels on peut toujours le redresser ; les autres sont les courans qui le font échouer et Fentraînent inévitablement à sa perte. Quelqu'acharnement au reste qui existe entre les partis , notre amour pour un gouvernement dont tout le monde est content fait que cette irritation est sans danger. A la dernière élection du Président, toute l'Union était divisée en partis trés-violens ; le jour où il fut élu tous ces partis disparurent, ou plutôt s'ajournèrent jusqu'à la prochaine
t^lection ; mais il ne vint à l'idée de personne de résister aux formes de la constitution, quoique le candidat préféré eût décidément une majorité contre lui J'ai yu dans les campagnes des élections très-tumultueuses, des gens ivres, des coups de poing, etc. ; mais je n'ai jamais tu penser à violer la boîte aux suffrages ou la liberté des votans.
Un parti ne consiste pas seulement dans une difShenee d*opinion sur une mesure isolée ; c'est une collection d'hommes ayant un code politique , y rapportant tout , jugeant d'après loi les hommes et les mesures, ayant une hiérarchie, et recevant plus ou moins aveuglément son impulsion. D'après cette définition , il n'existe que deux partis aux États-Unis , mais qui, sous des noms différons, promettent de «e perpétuer tant que notre gouvernement durera ; ce sont les fédéralistes et les démocr€Ues. Pour comprendre leur histoire, il faut
remonter à l«ur origine, et> pour expliquer leurs principes , traoer le plan conpliqué de notre eon$tita^on.
Lorsque les eolonies anglaises , qui avaient fait tant de sacrifices pendant la guerre et montré un si vif attachement à la mère»patrîe , furent obligées de recoiirir à U force des armes pour résister à la tjrannie de George III et dé son vénal parlement, il n'existait encore aucune idée d'indépendance. Très-pen d'hommes la prévirent, et la masse du penpfe y était op**" posée. Washington luinmème au commencement n'en eut pas Tidée. Les colonies formaient alors treiie geuvememens, parfitâtement isolés les uns des autres, ayant tous une cons« titution représentative et recevant leurs gouverneurs d'Angleterre. Un intérêt commun les engagea à former un Congrès composé de plénipotentiaires d'États souverains. Lorsque ce Congrès proclama l'indépendance des colo-
nies, ii ne s'agissait encore d'aucun pacte entre «ttes ; ce n'était qu'nna alliance contre FenfMmi ooBBUin. En 177S, ces États formèrent usa Confédération tpA était loin d'être aussi inliBe que la Confédération germanique. Un Congrès composé de délégués, ébis dans chaque Etal d'une manière difféi«nte » TOtant par Etats , repréaentés pendant les vacances (the veeest) par on comité des Etats, avait le droit da fiûrela paix et de déclarer la guerre, de répartir cqtre les Etats les levées de troupes et <Fargent, de contracter des dettes, de fixer une monnaie fédérale , d'établir la poste , de Cféer des cours d'amirauté, et èi^ de juger kg différends entre les États. Les États, de tour côté, renonçaient, en temps de paix, an piiTilége de lever des forces de terre et de mer pour leur propre compte ; mais nommaient les officiers de leur propre contingent. Hs renonçaient à traiter entre eux hors du
Congrès. Les citoyens d'un Etat deyaienf jouir dans tous les autres de droits égaux à ceux des» eitoyens de l'Etat où ils se trouvaient. Les' États gardaient le pouvoir de régler le commerce intérieur, et en général tous les antres droits souverains qu'ils ne délég^uaient pas explicitement au Congrès. Ces articles ne furent ratifiés qu'en 1781 , et en vigueur que jusqu'en 1787. On s'était déjà aperçu de la faiblesse de ce pacte, et que l'anarchie, et probablement la guerre entre les Etats en serait la conséquence. Une nouvelle constitution fut proposée , et , après beaucoup d'opposition , fut enfin adoptée et ratifiée par les Etats j et-, à quelque» légers amendemens près , elle continue encore à nous gouverner. L'histoire de tout gouvernement fédératif a démontré combien est faible Fautorité qui s'adresse à des gouvernemens.
Pour remédier à cet inconvénient on résolut d^investir le gouvernement fédéral du pouvoir
>cl€ s'adresser directement aux individus et de les forcer à l'obéissance. Pour cela oii| divisa la matière gouvernable en deux clas* ses : les objets d'un intérêt commun, et ceni d'un intérêt particulier. La guerre et la pair^j l'armée et la marine , le commerce étranger, la poste et la monnaie appartiennent exclusivement au gouvernement fédéral. Les lois civiles et criminelles , ainsi que l'administration intérieure , furent conservées aux États. L'armée en fut rendue indépendante ; ils n'eurent plus de contingent à fournir ; mais le gouvernement fédéral put lever des troupes à volonté . n fut également rendu indépendant des Etats pour ses dépenses , pour la création d'une trésorerie nationale, et le pouvoir de lever des contributions. Un pouvoir judiciaire fédéral fiit institué pour connaître des cas entre étrangers et citoyens, entre citoyens de différens Etats, entre Etats, et des cas où les Etats-
Unis Aont partie. La juridietkm cTamirauté loi Ait attribuée *.
Cette réforme dans les pourars du Congrès en exigeait une dans la forme. Tant qa'il n'avait d'autorité que sur les gourerne- ■MB0, il pouvait n'être composé que de pléupotentiaireB; mais dès qu'il agissait pour les indivîdus , il fallait qu'ils y fussent représentés. Deux Chambres s'ensuiTÎrent. Le Sénat est composé de deux membres de chaque Etat, quelle que soit sa population. Ils sont nommés pour six ans par la législature de TËtat, et reçoivent des instructions. La Chambre des représentans est composée des députés des peu-
* LVut de New- York a toujonrt conteste la |uri- «liciion d'aminnttf exclonTe aux cours des Etats- Onls ; mais il semble que U consUtutioD est claire sur ce point-U. Au reste cette diflVrence d'opinioit m*ft pas encore été jugée.
pl«8 des Etats divisés en districts électioiinaires , d'une popolatioii chacun de quarante aàXU âmes; ils ne sont sujets à aucune instruction et restent deux ans en fonctions. Dans le« deiiK Chambres, les votes sont individuels. Le concours des deux Chambres est nécessaire pour passer une loi.
Le pouvoir exécutif réside dans le Président , qui est éhi -pour quatre ans , et dans le Sénat, /qui ratifie les traités, consent et arrête
k paix et la guerre , et les différentes nominations.
Le pouvoir judiciaire est confié à une cour supi^me, à des cours de circuits et à des cours de districts.
Vous voyes diaprés cela que tout citojren se trouve concourir à rezeroce de trois pouvoirs tottt-a-lait distmcts, et est représenté trois fois : comme citoyen des Etats-Unis dans la Chambre des- représentans ; comme citoyen
de son État dans sa législature ; comme membre de la confédération et partie d'un Etat souverain dans le Sénat fédéral. Le Congrès est donc composé de deux élémens, l'un répulsif ^ l'autre attractif. Le Sénat représente les intérêts individuels des Etats isolés, la Chambre des représentans les intérêts du peuple en général, ou des citoyens de l'U' nion. De cet ordre de chose extrêmement compliqué, mais tout>à-fait nouveau, naît un système de balance et de contre-poids infiniment au-dessus de tout ce que l'on avait auparavant. La force de ce gouvernement ne peut se calculer. Il est construit de manière à recevoir le moindre souffle de Fopinion publique et à lui obéir, et se trouve complètement dépourvu de force pour lui résister.
Ce gouvernement ne fut pas généralement bien compris à son origine, et eut beaucoup d'ennemis jusqu'à ce que l'expérience en eût
démontré la solidité. Geuz qiii furent en f»venr de la constitation prirent le nom de Fé-^ déraUstesy leurs opposans cekd de Démo^ erates. Les Fédéralistes de ce temps - là se composaient : i^ de gens à grandes vues (lorsque Washington fut leur chef) , désirant rendre Funion des Etats perpétuelle ; a^ de gens ambitieux qui trouvaient les petits Etats un trop* petit théâtre j 3^ enfin d'un^ reste du parti XoiT* ou aristocrate, qui voyait dan« l'adoptionde cette constitution un grand pa» de fait vers un» monarchie ou vers une réunion avec l'Angleterre. Cette dernière partie du parti fédéraliste fut pendant long-temps sa tête , mais elle a maintenant complètement disparu. Le parti démocratique était composé : i^ de gens de bonne foi républicains , enivrés du triomphe momentané que la paix venait de leur donner sur l'Angleterre, et beaucoup trop confians dans la force d'Etats isolés ; 7^^ de quelquea
ambitieux qui , ayant figuré dans leur Etat , craignaient d'être éclipsés sur un noateau théâtre où ils ne se sentaient pas la forée de pan^tre ; 3* enfin de qnelqnes gens sensés sur qui la crainte d'une monarcUe était plus forte que celle d'une division de l'Union.
Dans ce temps-là, la révolution française étendait ses bienfaits et ses ravages sur tonte nSnrope continentale. L'Angleterre , ne pouvant la vaincre , la calomniait dans ses f oornaux, qui étaient les seuls généralement lus ici, à cause de l'identité de la langue. Les Fédéra- Bstes comparèrent les Démocrates aux jacobins et pronostiquèrent la même anarchie s'ils triomphaient, tandis que les Démocrates appelaient les Fédéralistes agens de l'Angleterre, ennemis de Findépendance nationale, aristocrates, etc. Cette première division continua et créa un parti anglais et un parti français , qui durèrent sous le gouvernement de Bonaparte. Dans ee
temps , ces partis ( qui n'étaient q«e les Fédé ralistes et les Déipocrates déguisés sous d'auties noms) prirent une figure plus décidément nationale , par Fefiet du système conUnental qui fit ressentir ses effets jusque cfaes nous. Les habitans des ports de mer , et tout ce que je vous ai dépeint comm« Yintérét commercial y ici, comme en Europe, dans ce même temps, dcTinrent anti-Français, et par consé* qnent Anglais et Fédéralistes. Ceux au contraire qui pensaient comme Je£ferson et Patrik- Heniy, considérant les grandes villes comme les ulcères des républiques, se confirmèrent dans leurs principes.
hes restncUons du commerce causèrent une irritation générale qui redoubla par les mesures arbitraires de l'Angleterre^ on commença à prévoir une guerre. Les Fédéralistes la craignaient et s y opposaient, soit parce qu'ils pensaient qu elle affiiiblirait le gouTernement
fédéral ; soit parce qu'il leur pesait de s'unir à la France contre TÂngleterre ; soit enfin parce que le commerce leur paraissait deyoir souffrir encore plus d'une guerre, même de courte durée, que des entraves que lui opposaient les puissances belligérantes de l'Europe. Les Démocrates, au contraire, voyaient dans la fuerre une chance ouverte pour faire regagner aux États leur indépendance primitive, et abaisser l'Angleterre. Pleins d'un noble esprit national , ils osaient se flatter du succès dans une lutte aussi inégale. Les événemens donnèrent donc naissance à deux nouveaux partis , ceux de la guerre et de la paix, qui n'étaient encore que les mêmes partis considérés sous un différent point de vue.
Wasliington fut élu- président lors de l'acceptation de la constitution. U fut un des premiers à recommander une union aussi intime que possible entre les États; et quoiqu'il fût
tiK^ sagei et trop ferme pour être le chef ou le jouet d'un parti , Topinion le considérait comme ûyorisant les principes des Fédéralistes. Sa fermeté envers l'ambassadeur de la république française confirma cette opinipn. A son administration succéda celle de M. Adams, qui lut tonte anglaise, toute tory^ et devint si impopulaire qu'il ne put être réélu. L'excès de son fédéralisme fit pencher la balance en £iveur des Démocrates qui élurent M. Jefferson. Sans avoir à proprement parler des talons aussi si^érieurs qu'on les a représentés, il était philosophe , homme de lettres et homme aimable.
Jamais personne ne se rendit aussi populaire , et ne s'entendit aussi bien que lui i •organiser un parti. U fut tellement maître du sien que , quelque mesure que Tadministration proposât, elle prenait le nom de démoCTHUe^ et était enlevée ( carried } par ce parti. Nous
eûmes pendant son administration un parti d^opposition qui résistait aveofflément à Fadmînistration , comme en Angleterre , et sVppelait Fédéraliste*
M. James Madison , qui ayait commencé sa carrière avec les Fédéralistes , mais qui diepuis •occupait un rang distingué dans l'autre parti , fuocéda à Jefferson dans la présidence et dans son influence sur son parti. Il déclara la guerve. Cette mesure occasiona une scission dans le parti fédéraliste , et peu après sa ruine apparente ot l'abandon du nom. Je vous ai dit qu'une partie des Fédéralistes ^tait républi* caine et patriote , tandis que Fautre était aristocrate «t anglaise. Les premiers résidaient principalement dans le sud , les seconds dans le nord et Test. Tous deux s'opposèrent tant qu'ils purent à la guerre^ mais dès qu'eue fut déclarée , les premiers joignirent l'armée et versèrent leur sang pour la cause commune ^
Si
tandis que les autres s'of^osèreat à toute mesure de défense.
Les partis , à eette époque , se trouvaient agir en parfaite opposition à leurs principes. Sans Fidolâtrie des Démocrates pour Jefferson et Feioitemcnt des passions > la constitution aurait prabablement souffert de la gnerre ; mais ce fut an co n traire ce qui la consolida à jamais. Les Démocrates yotèrent , malgré leur défiance du go n ve rn ement fédéral , une armée de cent mille iKMnmes et des contrUiutions directes ( ce qu'ils considéraient comme inconstitutionnel et impolitique dans le gouvernement générai ) ; ils rétablirent la marine que M. Jefferson avait anéantie , et , par leur confiance étms Tadministration , décuplèrent sa force enr mettant un grand xèle à mobiliser les milices des États ou ils étaient les maîtres. Les Fédéralistes, au contraire, opposaient entraves sur entraves à la marche du gouvernement. Le
gouverneur du Gonnecticut refusa d'appeler la milice sur la demande du Président. Enfin , après deux campagnes malheureuses , surtout par leur faute , dans le nord , des députés des différens États de la Nouvelle - Angleterre se réunirent à Hardford pour aviser aux moyens de terminer cette guerre dénaturée ( comme les partisans de l'Angleterre l'appelaient }^ Cette Convention fut secrète ; elle envoya une députation à Washington ; mais elle n'y arriva qu'au moment de la paix et ne fit aucune communication. On a accusé cette Convention d'avoir voulu séparer de lUnion les États de la Nouvelle -Angleterre; mais ses délibérations ayant été secrètes , il est difficile de rien savoir de positif là-dessus , et je souhaite pour ces messieurs qu'ils n'aient jamais eu cette idée, quoique j'en doute.
Si la guerre n'avait pas toujours été heureuse , rien de plus glorieux que la paix qui la
suivit. Elle scella le triomphe du parti démocratiqtte. U avait réussi au-delà de ses espé> nnces les plus exagérées, et profita en entier dela victoire. Les Fédéralistes qui prirent part à la guerre rcDoncèrent à ce nom devenu odieux , et il ne fut conservé aux membres de la Convention d'Hardford et à leurs partisans que comme une épithète injurieuse. Tous les jonmanx , tous les discours , etc. , proclaméreat la cessation, le triomphe ou la réconciliation des partis , chacun suivant sa couleur f mais il fut bien reconnu qu^il n'en existait plus. Toute irritation disparut , et les noms même n'en furent rappelés que dans les disputes d'élections.
n vous sera pourtant facile de voir que ces deux partis (dans le sens primitif de leur nom purgé de toutes circonstances accidentelles) sont de l'essence du gouvernement , et sous des noms différens doivent se perpétuer. Ils
se servent de contrepoids l'un à l'autre et maintiennent lei^ouvemement dans une ligne mitoyenne. Une ^servation dis&q>era les craintes qn'on pourrait ayoir sur leur effisC futur ; «'est qu'aucun d'eux ne désire changer la Constitution , mais redoute au contraire qu elk ne soit détruite , l'un pœ l'empiétement du gouvernement fédéral , l'autre par l'empiétement des gouvememens d'Etats. Ce soi^ deux sentineUes vigilantes dont l'objet est négatif.
n paraît qu'à la présente session du Congrès, ces deux partis. reparaîtront dépouillés de tout ornement extérieur. Le traité de la Géorgie avec les Greeks et la question des travaux publics (mtemal improvemenu) donneront probablement lieu à une division. Je vous en rendrai compte séparément.
Vous avez sans doute vu dans les journaux beaucoup de bruit i propos de la dernière élec*'
tioA du I^réiident, et fe ne doute pas que quelm^es personnes en Europe n'aient pensé que la guerre civile était sur le point d'éclater. Rien^ pourtant de plus ridkmlé que cette crainte. Les partis dont je viens de parier n'étaient pour rien dftBS cette affitire , l'irritation provenant ^éotîirement de l'opinion personnelle que cha- 49Bn atait des candidats. U est yrai qu'un reste de parti fédéraliste se remuait en faveur de M. AdamSr, tandis que l'opinion opposée était divisée entre ses trois rivaux. Les sentimens locaux (secdonalfeeUngs) eurent beaucoup de part dans l'élection. Tout l'est vota pour M. Adams y tandis que l'ouest se trouva divisé entre Jackson et Clay. La Géorgie fut pour Gniwâurd. Si vous voulez en cènnaitre toute l'Iûsteire , la voici. U faut d'abord que vous saohiiez que la manière d'élire le Président diflfêre dans les différons Etats. Chaque Etat envoie un nombre d'électeurs égal à sa dé-
légation au Congrès ; ils votent individuelle* ment. Mais dans quelques Etats, le peuple vote pour tous ses électeurs à la fois ; cela s^appelle Election by gênerai ticket ; dans d'autres, le peuple est divisé en districts dont chacun nomme un électeur, cela s'appelle bjr district ; dans d'autres en^ , les électeurs sont nommés par la législature. Si aucun des candidats n'a la nloitié plus un des votes , l'élection tombe dans les mains de la Chambre des représentans qui est obligée de choisir entre les trois candidats qui ont le plus de voix , en votant par État.
Quatre candidats s'offrirent, tous hommes de beaucoup de talent, ^ais dont le mérite était différemment estimé par chacun , les uns les élevant jusqu'aux nues, tandis que d'autres les calomniaient à plaisir. Voici leurs noms et leurs titres de recommandation.
|0. John Quincy Âdams , de Massacbussetts,
fils de l'ancieii Président. Il a passé la plu9 grande partie de sa vie dans les emplois publics , mais toujours hors des Etats-Unis. Il ar été professeur de belles-lettres, et est toutà-j&it un littérateur. U appartint toujours au parti fédéraliste , jusque dans ces derniers temps qu'il essaya vivement de le déprécier.
Il est remarquable par son style et ses manières serrées et diplomatiques, et est de Técole de ceux qui croient qu^ii est nécessaire de tromper le peuple pour le gouverner. Lors de l'élection il était secrétaire d'Etat.
Q?, Andrew Jackson , de Tennessee. Elevépour le barreau où il se distingua ; au commencement de la dernière guerre , à la tête de quelques milices , il déploya les plus grands ialens militaires contre les Indiens. Nommé général de l'armée , il remporta la fiuneuse victoire de New-Orleans , et sauva par ses talens administratifs non moins que militaires tout
r ouest d'une inyaiion. H fut toujours démocrate. U est remarqoUble par son austère feépubUeanisme, sa résohftion, la clarté de ses vues, sa droiture > une probité et une pureté au-dessus de tout soupçon. Lors de l'éiectioii, il était sénateur au Congrès pour l'État de Tennessee.
3«. W. H. Grawfiird , de Géorgie. Sa carrière a été principaleBient législative et diplomatique, n a été ambassadeur en France, tl fut toujours démocrate. S'il est remarquable par quelque chose , c'est par un esprit turbulent d'intrigue et de corruption. U se servit , dit-on, pour ses vues privées de fSnfluence que lui donnait la secrétairerie de la trésorerie , quHl occupait lors de Pélection *.
* Cette ineulpatioa a eircoltf aux Etats-Unb , mais elle est trop grave pour étf e crae l^èrement ; elle n'a pas é\é pronvëe. ( Hôte de VEdÛeur, ) '
^o, Henry Clay ) de Kfntucky. Sa c^irrièrc a été législative. Il fitt an de« plénipotentiaires de Gand.U est remarqa«bJ6 par son éloquence, son adresse , son talent coianie avocat , et son amabilité personnelle. Il ét^it président ( speaker ) de la Chambre des r^r^sentans , et possédait une grande influence pamû eux.
U ne s'en fallut que de très-peu de votes que M. Jackson ne fût élu. Adams le suivit de loin, et Grawfurd suivit ce dernier de trèsprès. La Chambre eut donc à choisir entre ces trois candidats. Leur force dans la Ghambve ou le vote se prend par Etat , se trouvait à peu près égale , et Télection dépendait du parti que prendraient les amis de Clay. Us se Ptngèrent pour Adams. L'opinion publique condamna hautement cette élection comme contraire à la volonté du peuple, car Jackson iivait certainement une majorité très-consi*
dérable sur chacan de ses concarrens. La nation pensa que sa volonté aurait dû £ûre loi pour ses représentans. Les cris redoublèrent «ncore, lorsque, pour premier acte de son administration, M. Adams nomma M. Glaj secrétaire d*£tat. D*un bout de PUnion a Tautre , on cria au scandale y à la corruption , à la vénalité , etc. Ces bruits sont peut-être exagérés , mais les preuves d'un marché odieux me semblent trop claires pour que je puisse m'y refuser.
Quel aurait été en Europe le résultat d'une élection pareille, où le choix du peuple aurait été renversé par Fintrigue et la corruption la plus déboutée ? Une guerre civile aurait peutêtre eu lieu , et pendant quelque temps , on aurait en deux présidens. Ici , point du tout. Chacun se soumit paisiblement à la loi, se promettant bien de n'être plus dupe à la prochaine élection. Rien ne fut plus majestueux
^ue le spectacle qu'offrait la nation , courbant la tête en silence sous le 'joug de lois qu'elle même s'était forgées. Quoique le présent président soit, dans mon opinion, le plus mauvais choix que les représentans aient pu faire 9 et que je n'attende rien de grand de la présente administration , je crois pourtant que cetexempie de soumission à la loi sera du plus heureux effet pour l'avenir. L'opinion publique au riste est si forte ici que , quelle que soit l'administration , elle est entraînée ^ et si elle ne Eut pas de bien, elle ne peut faire aucun mal. Un semblable état de choses ne serait-U pas désirable partout? I J'oubliais de vous dire que, le 7 janvier, nous avons posé à Tallahassée la première pierre du Gapitole futur. Il n'y a pas plus d'un an , ce n'était qu'une forêt. Il y a aujourd'hui
plus de cent maisons et deux cents habitans ,
et un journal. A cette occaaion on a prononcé un très -bon discours, et il y a eu un dîner de cinquante personnes. Ifest-ce pas de la magie ?
""^ n iim^ I tm 'fj ■!■ I lu
Juillet 182S&.
Vous me demandez ce que c'est qa'un territoire ; il n'est pas facUe de répondre à cette question , je yais cependant l'essayer.
Je yais tous fake la peinture d*ttn de ces êtres hétérogènes dont parlent les fMts grecques ; vous l'allez voir, nouveau Prothée, changer continuellement de formes sons mon pinceau.
Puisse la copie avoir une partie de l'intérêt qu'inspire l'original !
C'est la naissance d'oâe nfttlon , l'Ustofre de ses progrès , {usqu^à ce qu^elle soft parvenue à sa majotité , que je vaii voiis tracer. H e riez p«s. Vous l'allez voir, en une deuzaine d'an-
nées ) s'élever par degrés de la barbarie et de l'ignorance au sommet de la civilisation. C'est un miracle dont douze Etats nous offrent la preuve ; et dans ce moment trois Etats naissans , qui sont sur le chantier, nous permettent d'observer le procédé de cette transformation. Ici , nous voyons passer rapidement sous nos yeux, et nous pouvons étudier ce que les historiens nous représentent comme l'œu* vre des siècles. Ce pays-ci ressemble aux jardins enchantés d'Armide. Les peuples et les nations s'y multiplient dans un étemel printemps.
E mentre spunU Tun , Tallro matura.
(Tasso.)
Vous avez, sans doate, observé sur une carte des Etats-Unis la pçtite proportion dans laquelle y figurent ces trois Etats. Vous étiezvous jamais demandé par quel procédé ce»
immenses contrées , qui appartiennent à lar Confédération, sont peuplées et gouvernées ?
Je vais tâcher de vous le dire. Je ne ferai l'histoire d'aucun territoire en particulier, mais mon récit sera une formule générale applicable à tous.
Les Indiens occupent l'espacé hors des limites des Etats et même au-dedans beaucoup de terres que , de bon gré ou de force , la Confédération leur fait abandonner peu à peu. Lorsque je parle d'Indiens , je n'entends pas précisément parler de Sauvages. C'est ici, en
effet , que le merveilleux procédé de la civilisation commence. Beaucoiq) de peuples ou de tribus à l'ouest du Missouri ,, qui n*ont jamais vu d'homme blanc , ni eu de relations directes avec lui , sont sans doute des Sauvages. Mais le Creek .ou le Cherokee , enfermé au milieu de la civilisation , cultivant ses terres , ayant organisé un gouvernement représentatif et établi
des écoles , est plus près d'elle qae (e paysanr d'Irlande ou d'Autriche.
Un homme blanc arrive au milieu d'une nation encore entièrement sauvage et vivant dan» toute la barbarie et la fierté de Tignorance et de l'anarchie ; cet homme est en général ce qu'on appelle indian Trader; intrépide chasseur > tricheur débouté, il fait le métier périlleux d'aller, à .travers des contrées et des dangers inconnus , vendre aux Indiens de la poudre, des armes, des étoffes grossières, mais surtout du wiskey*, en échange de pelleteries. Us sont en général établis sur quelque rivière navigable à l'extrême circonférence de la civilisation. Ces hommes blancs vivent ordinairement avec des femmes indiennes qui leur servent d'interprètes. Tous les ans, ils viennent s'approvisionner dans quelque grande
Sorte d'eau- dc-vie dorge.
tiUe , et sont long-temps les seuls intermédiaires entre les hommes de leur couleur et Phomme rouge. Bientôt les Indiens , non-seulement s'accoutument aux commodités de la ▼ie, mais ne peuvent plus s'en passer. C'était seulement pour leur nourriture qu'ils du»' saîeat, maintenant c'est de plus dans le but d'un trafic avantageux. Voilà le premier degré de civiKslrtioo établi.
D'un autre c6té , le chasseur américain forme tfne dasse aussi entreprenante qu'intrépide. Le retour d'un indian Trader , avec un riche butin qu'il rapporte d'une contrée non encore explorée où il a trouvé la chasse abondante , fa terre fertile , de l'eau salubre, détermine aussitôt une émigntion de ses pareils. Gomment vous les dépeindre après Gooper dans ses Pioniers et Les derniers des Mohicans ? Il est inimitable. Je vous renvoie & ces deux romans. Vous y verrcE qu*ils ont adopté une vie
saruvage , beaucoup plus par goût que par nécessité , et qu'ils réunissent à Fadresse, à la patience , au courage énergique , la douceur et Phnmanité de Thomme blanc. C'est par eux que commence la connaissance du nouveau pays ; ils en explorent toutes lea parties , et c» font des rapports plus ou moins exagérés.
L'Indieii cependant ne reste pas stationnaire. Il ne peut plus se passer de fusil , de poudre , de liqueurs , de couvertures ; il se fixe auprès de son marchand , et commence à acheter des chevaux et des bestiaux. L'introduction des outils lui offire la facilité de se bâtir d'excellentes cabanes : les femmes (Squaws) commencent à défricher tout à l'entour et à planter un peu de maïs et de tabac. Enfin des villages indiens naissent dans le désert. \*indian Trader fait de bonnes aiiidres ; d'autres marchands le suivent, le pays est inondé de chasseurs. Us se mêlent aux Indiens , et ne sont pas
loBg-temps sans avoir quelque dispute avec eux. Cest ordinairement à l'occasion d'une de ces disputes y qui presque toujours dégénère en guerre, que le gouvernement de l'Union intervient pour la première fois. Les Indiens tuent les blancs qu'ils rencontrent , et quel-^ quefois même s'avancent au milieu des établissemens , et massacrent femmes et enfans.
Les chasseurs, de leur côté, continuent la guerre avec non moins d'ardeur, et ne tardent pas à recevoir l'assistance des troupes de ligne , ou de la milice de quelque Etat voisin. Les Indiens sont défaits , leurs huttes brûlées , leurs bestiaux tués, et les hostilités se terminent par un traité de paix , après qu'ils ont appris à apprécier le pouvoir des Etats-Unis.
Les Indiens se choisissent des chefs qui se rassemblent sur quelque point central où se trouvent des commissaires des Etats-Unis. Ils y ont un ttdk ou conférence. Les articles du/
traité sont en général ceux-ci : !<>. Les iâcUékift renoncent à la plus grande et plus fertile paHie de leurs terres , et le gouTemement , lOtts le nom de réserve , leur garantit ce qu'it juge k propos, a®. Lès Etats-Unis leur paient ohe annuité , partie en bestiaux, en outils, en instrumens d'agriculture , en proVisigns, et partie en argent. 3®. Les £tats*'Ums établissent près de la nation un agent, sans la permission diaquel aucun blanc ne peut commercer, ni eta'core moins dépasselr les frontières. 4^. Les Indiens ne peurent aussi quittei* leurs lîknifés Sans unpasse-potft de l'agent. 5^. C'est à lui que lés Indiens et les bkncs doiyent i)6Her leurs plaintes les uns cohtre les autres , et c'est à lui à voir que justice se fiisSe. 6^. Les Etats- Unis étabiiSsetat à Tàgef^è (àgénày)^ ou maison de Tagent , Mtk forgefoM , Un charpentier et un maître d'école à l'usage de la nation. ')•, Si les récoltes ont été détruites, les EtatS'
Uois doBoent dts rations jasqu'a la saison prochaine. On trouve encore de ces réserves dans les vieux Etats et même dans la Nouvelle- Angleterre; Ainsi parqués , les Indiens s'adonoent à l'agriculture. Quelquefois , au sud , ils ont prospéré et se sont civilisés; mais, en gé^ néral, ils sont tombés dans la paresse et la misère , et leur nombre est diminué d'une n^nière effrayante ; des tribus autrefois puis* sautes se sont entièrement éteintes.
Mais laissons là les Indiens pour nous occuper de la population blanche qui maintenant s'étend autour d'eux, ha guerre qui a eu lieu a lait connaître davantage le pays dont elle a été le théâtre ; le gouvernement commence à s'en occuper. U y étabjyit, à portée de l'agence , un poste militaire composé d'une quarantaine d'hommes de troupes de ligne.
La première espèce de seulers, ou colons, est ce que aou» appeloni squattên. Ce sont
de pauvres citoyens en général et peu industrieux , qui , n*ayant pas le moyen d'acheter des terres , vivent sur celles d'autrui , et les exploitent jusqu'à ce qu'ils en soient expulsés par le propriétaire. Leur pauvreté est entièrement le fruit de leur paresse et de leur ivrognerie, car ceux d^entre eux qui sont industrieux ne manquent jamais de faire fortune. U en est cependant beaucoup qui, industrieux et avec le moyen d'augmenter rapidement leur avoir, poursuivent ce genre de vie par choix, par goût, peut-être même par habitude. Us ont en général quelques nègres , femmes et enfans , et des troupeaux parfois très -nombreux. lis ne font presque jamais deux récoltes sur la même terre ; au contraire ils quittent un district dès qu'il devient peuplé. Sous leurs mains le pays a bientôt pris un nouvel aspect. Tous les sept à huit milles s'élèvent des cabinef de troncs d'arbres. Le fer
est trop précieux pour qu'ils puissent s*en per mettre l'usage ; le bois y supplée donc , même pour les gonds et serrures. Une de ces cabines peut facilement être construite en deux ou trois jours ; on les voit pousser comme des champignons. Plus d'une fois y étant à cheyal dans les bois à chercher mes cheyaux ou mes bœufs égarés, j'ai rencontré as beau milieu de la forêt une charrette chargée de meubles et d'enfans , et un ou deux hommes escortant une trentaine de yaches et de cochons. Après les questions : D'où yenez-yous ? où allez-yous ? qui sont toujours cordialement répondues , le chef de la famille m'a demandé des détails sur le pays, et m'a prié de le diriger sur le creek ou la source la plus yoisine. Une semaine après , j'étais tout étonné d'y yoir une bonne cabine, un parc à bestiaux, de la yolaille, la femme filant du coton , le mari tuant des arbres en leur faisant une incision circulaire, ce que
nous appelons ^îrc^/e 9 enfin fixant leurs pénates, sans s^enquérir à qui la terre appartient. Souvent aussi , je les ai vus au bout de quelques jours abandonner leur logis pour la cause la plus légère , et se transporter Dieu sait où. Cette population de squatters est quelquefois très-nombreuse ; elle attire le spéculateur en bestiaux, et le pedUtr, espèce de porte-balles, qui ne diffère de celui d'Europe qu'en ce que sa boutique est sur un cheval.
Parmi ces premiers settlers , dont quelques-uns sont destinés à faire de grandes fortunes , dont d'autres resteront toujours errans, il n'existe aucune forme de gouvernement ; toute dispute se termine amicalement à coups de poing. Comme ils vivent hors des Etats- Unis, ils n'ont ni élection ni politique; la terre ou les maisons ne sont pour eux que d'une valeur secondaire ; ils n attachent l'idée de propriété qu'aux bestiaux; chacun a sa marque;
et s^il est yolé , il rassemble ses voisins, et les preuves en main , ib yont ensemble chez le Yoleor , et lui administrent une correction plus ou moins sévère. Dans leur morale, le cowstealing (vol de vache) est le plus grand crime ; il n'existe pas encore de lois , et cependant la population augmente d'une manière à faire trembler M. IMalthus et ses amis ; la religion se borne à l'observation du dimanche , et à aller entendre quelque énergumène méthodiste , lorsqu'il s'en égare dans une contrée qu'il abandonne bientôt comme trop pauvre et trop pénible à exploiter.
Autour des huttes que j'ai dépeintes 8*ouyrent des champs irréguliers; les arbres y sont encore debout et seulement morts ; des barrières de bois fendu les entourent. De nombreux sentiers , bien battus et marqués sur l'écorce des arbres, mènent d'une cabine à l'autre, et quelques routes à charrettes ser-
pentent à travers la forêt à Tombre de l'antique Terdnre.
'Cependant les yeux des citoyens entrepreoans des Etats voisins sont ouverts sur ce nche butin ; quelques-uns d'eux le vont reconnaître ; il en est parlé au Congrès. Le g^ou- ▼emement propose d'ériger en territory l'espace compris entre telles ou telles limites ; un bill fixe la forme du gouvernement territorial; la voici dans ce premier degré : lo. Un gouverneur, pouvoir exécutif, élu par le Président des Etats-Unis pour un nombre d'années déterminé. Il nomme aux places territoriales , et a le droit de grâce dans tous les cas d'offense cmitre le territoire, et de sursis quand l'offense est contre les Etats-Unis : il est aidé par un secrétaire-d'Etat qui est en même temps trésorier, ao. Un conseil législatif , pouvoir législatif, composé d'une douzaine de membres , nommés tous les ans par le Président des Etats-
Unis. Us font des lois en toutes matières, qui doivent pourtant être sanctionnées par le gouverneur, et qui peuvent être rejetées par le congrès. 3^. Le pouvcûr judiciaire est composé d'un juge pour chacun des districts entre lesquels le territoire est divisé ; il réunit la juridiction des Etats-Unis et du territoire. 4°. Un délégué est tous les deux ans élu par le peuple, pour le représenter au Congrès , où cependant il n a point de vote ; il complète ce gouvernement bien simple que je vais tâcher de montrer en action.
Le pas qui suit ordinairement de très-près la création d'un gouvernement territorial, est rétablissement d'un land-^Ustrict, J'ai déjà dit que toutes les terres appartenaient aux Etats- Unis; il s'agit de les vendre. Dans tous les Etats qui ont été reçus depuis l'union, cette règle ne s'est pas trouvée vraie -, au Kentucky il existait des land^warrants ( patentes ) de
l'Etat de Virginie , à qui le pays appartenait originairement. Dans la Louisiane et dans la Floride, des concessions de terres, £gdtes par les anciens gouyernemens , et les droits acquis des anciens habitans , des achats réels ou simulés faits aux Indiens, sont encore venus emlMTOuiller les titres aux terres qu'il a été quelquefob impossible d'ajuster. On a eu généralement recours pour cela à une commission administrative qui , sans prononcer sur les conflits de réclamations entre particuliers, s'est bornée à séparer les terres aliénées de celles restant au pouvoir des Etats-Unis : ce n'est que de cette dernière espèce qu'il s'agit à présent.
U existe à Washington un Département des terres publiques , qui correspond avec les différons districts entre lesquels le pays est divisé. S'agit-il de créer un nouveau district, on lut assigne des limites extérieures, et en général
Te
un point central destiné à bâtir une ville, probablement la future capitale de FEtat. Un arpenteur général {surve/or gênerai) est nommé ; il se transporte avec sa famille et ses aides au point de départ; de ce point, avec l'aide de la boussole , les arpenteurs commencent par tracer la base et la méridienne, en allant nord et sud-est et ouest, en ligne droite , à travers bois , marais , rivières , etc. ; la ligne est marquée sur les arbres, de chaque côté de la chaîne , de façon qu elle est aisée à suivre. A tous les six milles les arpenteurs plantent un poteau; de ces poteaux d'autres lignes sont tirées en parallèle à la base et au méridien, ce qui divise le pays en quarrés de six milles. Chacun de ces qnarrés est appelé ville {town-ship) et reçoit un numéro d'après sa place ; chaque ville est ensuite divisée en quarrés d'un mille par des lignes tracées sur les arbres, de la même manière , mais avec
des marques différentes ; ces secondes divisîons , appelées sections , contiennent six cent quarante acres, et sont divisées par des lignes imaginaires en huitièmes de quatre-vingts acres chacune *. Les sections et huitièmes sont numérotés dans chaque ville, et ces numéros sont indiqués sur les poteaux qui se trouvent aux coins, de iJEiçon qu'en rencontrant une ligne au milieu des bois , et en la suivant jusqu'au coin (cornery, on sait où Pou est. Une position très-importante est celle-ci : la section numéro seize de chaque ville est destinée à défrayer l'éducation publique , et ne peut pas être vendue. Cette opération donne jel-emploi à beaucoup de monde, Farpenteur général faisant
* Par exemple ma maison, d*où j'écris, est situ^ ad hatf of the S.-E. guarter of section 8 , township i , range 3^ , S 4-E. from Tallahassee,
(NotedeTauteur.)
des contrats géDéralemenf avantageux avec des arpenteurs, pour telle quantité d'ouvrage qu'il juge convenable. Le prix fixé par la loi est de 4^ dollars par mille courant, ce qui n'est pas trop si Ton considère que chaque arpenteur doit avoir six ou sept hommes avec lui pour Taider.
Pendant que ces opérations géodésiques ont lieu, le gouvernement s'organise; le gouverneur , généralement un homme distingué , et qui sr lui-même le projet de s'établir dans le territoire, est arrivé avec sa famille et se» nègres. Les juges arrivent à leur tour , les avocats les suivent avec ce que Figaro appelle toute V enragée boutique à procès du paya.
Chacun de ces employés a une famille et des amis qui viennent s'établir. La législature se rassemble au milieu d'un bois ; une cabane de troncs d'arbres, un peu plus vaste mais aussi grossière que de coutume, est érigée, et l'as^
semblée rustique y siège avec autant de dignité et souvent autant de talent qu'elle pourrait le faire dans le Capitale, Quels peuvent être , demandera-t-on , les points de législation pour une société si neuve, et dont, pour ainsi dire , n'existe que les cadres ? Les voici : fixer une place pour la capitale et d'autres villes, s'il y a lieu; diviser le territoire en comtés {counties); organiser les justices de paix et les cours supérieures de justice ; faire des lois civiles et criminelles ; car cette assemblée , quoique tenue en tutèle par le Congrès , est déjà souveraine ; enfin pétitionner au Congrès sur tous les sujets , ainsi qu'elle le trouve convenable.
Cette première session du conseil donne un immense élan au territoire ; mais ce qui lui donne du corps, c'est la vente des terres publiques. Le Président^ lorsqu'il le. juge à propos, publie une proclamation annonçant, qu'en
tel temps, en tel lieu, telles terres publiques seront vendues. Un register et un receiver sont nommés par le Président, et le grand jour de l'enchère arrive enfin , époque de la plus haute importance pour la petite société naissante. Déjà , depuis la publication de la proclamation , le pays s'est rempli d'étrangers. Les uns cherchent des terres pour s'établir euxmêmes le plutôt possible ; d'autres pour un fils ou un gendre ; d'autres ne sont que spéculateurs , et n'achètent que pour revendre. Tous se répandent dans le pays, avec leur boussole, suivant les lignes marquées , examinant les ter** res , prenant des notes , gardant un profond silence , s'évitant Fun l'autre. Peut-être aurontils acheté d'un arpenteur le secret supposé d'une section excellente et ignorée. De petits plans à la main avec des chiffres mystérieux, circulent sous le manteau. Il n*est question que des terres , de leurs qualités, de leur prix pro-
bable » etc. L'intrigae et la coquinerie la plus déhontée s'y déploient dans tout leur lustre. La capitale naissante où cette vente a lieu^ a pourtant pris déjà une forme depuis la session du conseil. Un plan a été adopté , les mes ont ^té nettoyées , les lots yendns à crédit ; on a décrété un Capitale, Une foule de peuple est attendue aux ventes , aux cours , aux assemblées de la législature. Des tavernes s'élèvent; désertes la plus grande partie de Tannée, leurs murs à jour sont remplis dans ces occasions marquées d'avance. Le couvert est mis pour trente personnes. Deux ou trois grandes cliam» bres , que vous ne daigneriez pas appeler granges, reçoivent, dans une douzaine de lits, deux fois ce nombre d'hôtes. Ceux qui n*ont pas pu trouver de place , s'étendent sur le plancher dans leurs couvertures. Point de places réservées pour dinerou coucher; nous sommes pour cela trop républicains. Chacun
paie son dollar, et a le droit- de manger et de dormir où il lui plaît, pourvu qu'il ne dérange pas un premier occupant. U est reçu qu'un lit contient deux individus , et personne n'est assez ridicule pour s'inquiéter qui est son voisin y pas plus qu'au parterre du théâtre.
Le grand jour arrive enfin. La foule des af&drés et des curieux s'est augmentée; le spéculateur y Pagioteur sont en mouvement et en consultation. Le fermier qui vent s'établir est calme ; il a arrêté ses vues et fixé son prix. L'heure s'approche , le pauvre squatter accourt en ville. Il a travaUlé toute Tannée pour cultiver la terre sur laquelle sa maison est située. Peut-être, faute d'un dollar ou deux , lui serat-elle enlevée par d'avides spéculateurs.
L'anxiété et le trouble sont peints dans son honnête et sauvage contenance. Un agioteur s'approche, le plaint, se désiste de ses prétentions pour la somme de trois dollars ; le pauvre
ignorant les donne sans se douter que l'agioteur n?a pas de quoi enchérir sur lui. Gela s'appelle hush-monejr ( argent qui fait garder le silence ). Le crieur appelle les terres par huitième , commençant par une section et ville en ordre régulier ; les prix sont différens , mais l'enchère s'ouvre toujours à un dollar a5 €. l'acre ; c'est le plus bas prix auquel les Etats-Unis vendent. Un ancien village indien , une situation pour un moulin, la plantation d'un êquauer^ l'endroit ou mène une route ou une rivière , ou qui semble devoir devenir le siège d'une ville ou d'un entrepôt, sont autant de circonstances qui augmentent la valeur des terres au décuple ou davantage. Toutes les ventes se faisant d'ailleurs suivant les lignes réelles ou imaginaires, il arrive souvent que le champ ou la maison d'un squatter se trouvent coupés en deux.
La vente et tout le mouvement qui en ré-
suite , continuent jusqu'à ce que toutes les terres contenues dans la proclamation aient été offertes. Celles qui restent après cela dans la possession des Etats-Unis peuvent être «ntered *y pour loo dollars par huitième. Ceux donc qui connaissent les bonnes terres, et savent qu'ils sont les seuls, font mieux d'attendre ce temps-là ; car se trouvant sans compétiteurs , ils les obtiennent à bas prix.
Cependant la vente a cessé. Les spéculateurs, leurs titres dans leur poche, sont retournés chez eux voir venir. Le planteur est allé chercher ses nègres et sa famille. Le pauvre squatter est revenu chez lui, le cceur gros de n*avoir pu réaliser ses espérances, et d'être obligé d'aller encore une fois chercher où établir ses pénates. Peut-être aussi s'est-il
* C'e8t4-dire qu^on peut entrer en possession de ces terres.
loué, comme gérant, au planteur quia acheté sa maison et ses terres. U faut du reste remarquer qu'il est dans l'intérêt du planteur, jusqu'au moment où il a besoin de sa terre , d'y laisser le squatter ^ car sa présence en double la valeur.
Les habitans de la ville, particulièrement les aubergistes, ont fait beaucoup d'argent.
Au lieu de leurs hog-houaes ( maisons d'arbres ) , d'élégantes maisons de charpente et de planches peintes de toutes sortes de couleurs s'élèvent comme par enchantement au miliei» d'un bois qui est appelé Ville. Les arbres tombent de tous cMés; les souches brûlées indiquent les rues et les places publiques. L'importance du lieu est bientôt «ccrue par un post <ifficey ou bureau de poste aux lettres (il n'y en a pas d'autre ) , et la résidence dHin directeur de poste, personnage important, car dans l'État Faccession d'une famille ou même d'un
individu n'est pas indifférente. Alors les jour* naux abondent ; chacun , outre un journal de Washington ou de quelque ville atlantique , reçoit celui du village d*où il a émigré , car tout village a le sien , et nous aurons bientôt le n6ti*e. Les revues et magasins , les journaux littéraires , les nouveautés de tout genre , nous viennent de New-Tork y de Philadelphie et de l'Angleterre à un prix modique^ et un ou deux mois après leur publication sur TAtlantique.
J'ai lu , j'en suis sûr y le dernier roman de Wàlter Scott, avant qull fût parvenu à Vienne. Mais laissons là la ville , et voyons si les progrès àes campagnes sont en proportion.
Le planteur est retourné chez lui , a vendu ses terres , sa maison , a augmenté le nombre de ses nègres , est parti avec tout ce qui lui appartient , ses meubles et ses provisions sur des charrettes , ses nègres à pied , lui-même tt sa fiunille en voiture ou à cheval selon sa
foi^tune. Us campent tous les soirs , traversent les déserts, ouvrent des chemins, font des ponts et arrivent enfin sor la nouvelle propriété. La première chose à faire est de bâtir dçs cabanes, comme celle que j*ai décrite, pour les nègres et la famille. Gela dure de deux à trois semaines; pendant ce temps-là, on. bivouaque. Un champ est bientôt ouvert et planté; mais le grand embarras est de subsister la première année. Le maïs est rare , toujours cher, et les transports sont très-co&teuz. Heureux le squatter qui a fait une bonne récolte çt peut s'en passer , s'il est près d'un planteur. U m son prix , il entre les terres > devient planteur lui-même , et jette les fondemens d'une fortune indépendante. Ce ne sont plus maintenant de petits défnchemens irréguliers, de petites huttes éparses au milieu des arbres. Ce sont de grands défrichemens de cinquante à cent acres pour la première
année, entourés de bonnes Jènces ou haies , des villages de huttes bâties rég^iérementpour les nègres , et une grande log-house de trois ou quatre chambres bien commodes, avec cuisine, écurie, etc. , pour la fiimille. Ces bâtimens sont bien misérables sans doute au dehors, mais entrez-y! Ce pays est celui des contrastes. Sous cette habitation presque sau- Tage TOUS trouverez une famille aussi bien éleyée et aussi instruite que vous pourriez la désirer à Boston ou à New-York. Ses manières ne sont pas rustiques. Elle a quitté le monde pour quelque temps , elle est occupée à créer autour d'elle un monde nouveau. Elle reçoit ses lettres , ses journaux ; elle est au courant de la politique du jour. Dans un de ces établissemens vous trouverez souvent tel nom que vous êtes accoutumé à lire avec respect sur les journaux, figurant au Congrès ou dans les législatures d'Etats. C'est un citoyen qui
est venu fonder une nouvelle patrie. Les femmes surtout supportent ces privations avec une patience ang^lique, adoucissent par leur présence ce que cette scène énergique a peutêtre de trop sauvage, etproduisent un contraste des plus sing^iers. Un planteur ne vient jamais seul ; il a persuadé a des parens , à des amis, d'émigrer avec lui, ou du moins de ^enir voir le pays. La plus grande partie de ces visitÀirs s'y fixe. Au milieu de la plantation Hai&sânte et de ce cercle d'amis et d'anciennes connÉaissances, il vit heureux et tranquille, et les affaires qui l'appellent au nord sont bieb rares. Il est surtout obligé de servir dans le jury , car la première cour va ouvrir sa session, et le shériff est venu le citer et dîner avec lui. Un juge est arrivé , ordinairement un homme de mérite , mais pourtant, assez souvent dans cet état de société , le rebut des autres tribunaux. Il n*existe pas encore de court^ouse (palais-
dé jastice). Le juge choisit, ou la grande chambre d'une taverne, ou un grenier spacieilx. J'ai vu la cour loger dans un magasin, où des planches, posées sur des barils de porc oli de fkrine^ formaient les sièges de l'audience. Une seffifline de cour est aussi une occasion ^ezcîtemént et de fortune pour les aubergistes. Le peuple ^j rend en fouie de cinquante milles à la ronde, soit pour affiJres, soit par curiosité. L'épo<}ue de cette réunion est mise à profit par toUs ceux qui ont besoin du public. L'un offre son nègre à l'enchère, l'autre donne une exhibition des grâces de son éUlon pour lui attirer dés pratiques. Les avocats cherchent des cliens , les médecins des patiens. Le s^ériff ouvre la cour et appelle le peuple , le bruit cesse. Sur deux planches sont rangés vingt-quatre hommes libres, chefs de familles^ house-keepers , formant le grand jury. Quel assemblage ! Depuis le chasseur en culotte et
chemise de peau , dont la barbe n'a pas yu de rasoir depuis un mois , le squatter en chapeau de paille et habillé d'étoffe domestique fabriquée par sa femme «^ le petit marchand dans toutes les grâces exagérées du comptoir , sié' géant à côté du forgeron , jusqu'au riche planteur, dernièrement arrivé, tous les rangs , toutes les professions y sont confondus. Le silence s'établit. Les avocats commencent leurs plaidoyers avec plus ou moins de talent. Le juge fait son résumé {his charges) avec autant d^ dignité que s'il siégeait à Westminster y et les verdicts ne se ressentent pas de l'hétéroclite apparence de la cour et du jury. Le soir la cour s'ajourne au lendemain. C'est la même scène; à quoi il faut ajouter les plaideurs haranguant le peuple dans les tavernes sur la justice de leur cause , etc.
Le temps des cours est aussi le moment que les candidats à la place de délégués choisissent
pour se présenter au peuple. Eux et leurs amis sont occupés à gagner les suffrages de la multitude par tous les moyens possibles de persuasion et quelquefois de déception. Des histoires sur les candidats sont tour à tour racontées et démenties. Chacun harangue ou fait haranguer le peuple par ses amis. Des disputes s'ensuivent et finissent en général par des coups de poing, surtout le soir où la tempérance n'est pas à Tordre du jour; car chacun des candidats a traité ses amis.
C'est dans les campagnes qu'il faut voir une< élection. Le jour arrive. Déjk depuis quelques mois les candidats et leurs amis sont en mouvement , font leur tournée d'habitation en habitation , tâchent de persuader , d'expliquer , etc. En général les amis prennent plus de peine que les candidats eux-mêmes. Le gouverneur , par une proclamation , a fixé le jour et divisé le pays en precincts (sections ) ,
dans chacun desquels il choisit une maison centrale, et nomme trois juges des élections. Ces trois dignitaires d'un jour se rassemblent dès le matin y' et jurent, en baisant la ]9ible, de se conduire avec intégrité, etc. Ils s'asseoient autour d'une table auprès d'une fenêtre. Une vieille boîte à cigarres dûment rapetassée , ayec un trou dans le couyerde , une feuille de papier et un écritoire, forment le matériel de l'établissement. Chacun se présente en dehors de la fenêtre, dit son nom, qui est enregistré sur la feuille, dépose son bulletin dans la boîte qui lui est présentée et se retire. Si les juges doutent de la qualité de l'électeur (faute de résidence ou d'âge) , ils lui font prêter serment. Dans la chambre , tout se passe ayec
ordre , mais il n'en est pas de même an dehors. Le bois est bientôt rempli de cheyaux et de charrettes. Les électeurs arriyent en troupes , rient et chantent, souyent à moitié gris dès le
matin, et s'excitant à soutenir leurs candidats. Eux-mêmes ou leurs amis se présentent aux arriyans avec des bulletins tout faits, souvent imprimés, et s'exposent à leurs railleries et à leur grossièreté. Tout arrivant est questionné sur son vote ; il est reçu avec applaudissement ou à coups de sifflet. Un homme influent se présente pour voter, énonce son opinion et ses raisons dans un petit discours ; le bruit cesse pour un moment et il entraîne beaucoup de monde avec lui ; personne ne le moleste.
Cependant le wiskey circule; le soir chacun est plus ou moins gris , et il est rare que le peuple souverain abdique son pouvoir sans une bataille générale , où personne ne s'entend, et où tous ceux qui ont encore leur voiture ont bien soin de ne pas s'engager. Chacun s'en va coucher chez soi. Les juges dépouillent les suffirages , et envoient le résultat à la capitale. Le lendemain , battus et battans sont
bons amis comme si de rien n^était , car chacun a appris dès son enfance à plier devant la majorité. Vox populi vox Dei est ici un axiome absolu. Il est à remarquer que Pintérêt public ne souffre pas de ce tumulte , parce que gêné' ralement , avant de voter , chacun a fait son choix long-temps d'avance , et , gris ou sobre , s'y tient. L'excitement d'une élection passe avec une extrême rapidité. Auparavant on n'entend parler que de cela , le lendemain il n'en est pas plus question que du Grand-Mogol.
Le poste de délégué est le plus recherché de ceux qu'offre un Territoire ; car outre Pavantage d'être membre du Congrès, de passer l'hiver délicieusement au milieu des fêtes et de la meilleure compagnie , d'être personnellement connu de tout ce qu'il y a de plus distingué , son influence sur les destinées du Territoire est immense. Il est consulté ex tfficio sur tout ce qui s'y rapporte , et c'est généra-
lement sur sa présentation que les places sont remplies. Il a fait au peuple des promesses qu'il tâchera de réaliser. Ce seront probablement des routes, des canaux, des bureaux de poste; de changer les districts des cours, d'en augmenter ou d'en diminuer le nombre ; d'obtenir gratis des terres vacantes pour bâtir des villes , d'établir des ponts , d'augmenter le nombre des membres de la législature,, d'avoir telle loi confirmée ou rejetée , etc. U obtiendra quelques-uns de ces points, et votera dans les autres. Son parti traduira et le justifiera; l'autre trouvera mauvais tout ce qu'il fera; et au milieu de ce conflit d'opinions, il est à parier qu'il ne sera pas réélu , d'autant plus que pendant ses deux ans d'exercice, les intérêts de la population auront changé ; elle se sera même altérée.
La première année, le planteur a apporté avec lui ses provisions , ses outil? et tout ce-
dont il a besoin pour habiller ses nègres ; mais il n'en est pas ainsi des années suivantes. Des chargemens assortis sont enyoyés des 'yitles atlantiques par nos immenses rivières ou canaux; des magasins sont établis dans des villes naissantes ; ils donnent de g^nds bénéfices , car tout s'y vend deux ou trois fois son prix. Les premiers envois consistent en prorisionSy comme bœuf, porc et poisson salés, jambon, beurre , lard , esprits , farines , et en étoffes pour les familles et les nègres, en fonte, en •terraille, sellerie, quincaillerie, médecine, etc. Tout èela se vend pèle - mêle dans la même boutique, par la môme personne. Le marchand, qui, en général, n*est que le commis intéressé de quelque grande maison du nord , amène ordinairement sa famille , et apporte les grâces et les modes de la grande ville d*où il vient. Il s'habille à l'incroyable et forme un parfait contraste avec le reste de la population. Il fait, en
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général , de très-bonnes affaires , quoiqu'il soit souvent obligé de donner crédit à tout planteur jusqu'à la récolte. U engage presque toujours les produits du pays où il va retourner au nord , lorsque le premier chargement est épuisé , et d'où il revient avec un nouvel assortiment.
Les lawyers , jurisconsultes., avocats, pr«rcureurs , notaires , car le mot signifie tout cela , et la profession embrasse toutes ces branches ' arrivent de leur côté. Notre pays abonde en pauvres diables sans aucun moyen pécuniaire, qui pourtant ont reçu une espèce d'éducation. Us étudient les lois tous seuls en faisant un autre métier, à l'armée, dans un comptoir, ou une taverne par exemple , et dès qu'ils peuvent soutenir un examen , se font recevoir et vivent là-dessus. Je n'ai pas bes<mi de dire combien peu d'entre eux sortent de la boue.
Petits chicaneurs , 1» plus grande partie ne
s^attache qu à faire naître des discussions entre'^ les pauvres ignorans pour les traîner en justice pendant cinq à six cours et faire une trentaine de dollars. Rien de plus respectable que le barreau des anciens Etats, mais rien de plus misérable que Fassemblage qui , dans un nouveau pays, pullule autour d'une cour. Beau- C01U? de ces messieurs pourtant se perfectioiflient dans leurs études par la pratique, font de l'argent y acquièrent des principes et de la considération. Quelque lawyer élevé régulièrement pour sa profession , vient cependant bientôt s'établir dans le pays ^ il monopolise la pratique et le salaire (Jèes }/ tous les chicaneurs sont éclipsés , anéantis y obligés de déguerpir ou de chercher fortune d'une autre manière.
C'est à cette période que le Territoire devient la proie des vagabonds, des banqueroutiers,, des agioteurs de toute espèce, qui semblent s']^
donner rendez-vous de toutes, les parties de rUnion. Auparavant , le pays était trop pauvre» et noffirait aucune proie d'importance; plus tard ils seront démasqués et déjoués trop aisément. U est pourtant une espèce d'escrocs qui vaut la peine d'un article à part. Je vous ai dit que jusqu'ici nos Territoires avaient une grande partie de leurs terres concédées pac les gouvememens antérieurs. Des agioteurs ont acheté pour rien les titres douteux des pauvres concessionnaires originaires , souvent ils ont pratiqué de faux titres, ou ont acheté des terres des Indiens , ce qui est contraire aux lois , et par conséquent nul. Us font faire de beaux plans bien enluminés de leurs possessions ; si les titres sont douteux , ils ont des lawyers qui leur font des consultations où leur droit devient patent. Armés de ces instrumens de déception y ils vont dans les pays où l'émigration a commencé, et changent leurs terres
imaginaires contre toute espèce de propriétés réelles. On ne peut se Êdre une idée de Tadresse et du talent que qnel({ues-nns d'eux ont déployés, et de Fétendue de leurs plans. Us deviennent quelquefois assez puîssans pour entraver la marche de la civilisatiott. Ds gagnent beaucoup d*influence par leurs impostures, et sont quelquefois en état de contrôler les élections.
Mais cet état de corruption n'est Jamais de longue durée; la population augmente tous les jours ; la société se forme , et les vampires sont obligés dé se retirer. La société commence en géùéral par des fêtes publiques. Le 4 juin, jour de Findépendanbe , le aa février, naissance de Washington, le 8 janvier, bataille de la Nouvelle-Orléans, sont autant d'occasions: Quelque temps acqmravant une assemblée publique est convoquée dans une taverne. Un président et un secrétaire, car tout se fait
en forme, sont nommés par acclamation. Un orateur propose de célébrer le jour, et dit pourquoi ; ensuite un dîner ; la mise aux yoix est opinée ; elle est combattue , faute de chambre assez grande pour tous ceux qui désirent j prendre part ; un autre propose un barbacue , dîner en plein air ; appuyé, adopté ; un autre , qu'un discours soit prononcé ; adopté. Quelqu'un propose un bal ; mais il n'y a que trois ladys en ville qui dansent; car s'il yen avait quatre , assurément la motion passerait. L'assemblée nomme un orateur et un comité d'exécution , et se sépare. Le procèsverbal dûment certifié est inséré dans le journal, car il y en a déjà un hebdomadaire , au grand contentement de. Timprimeur et du rédacteur qui manquaient de matériaux. Au jour fixé les citoyens se rassemblent en procession , et vont à Téglise ou à la taverne , à la court-house ou dans un grenier, selon les cir-
constances , entendre un discours , en général bon , éloquent; car je dois toujours montrer le contraste qui existe ici entre ïhomme et son entourage. De -là ils se rendent sous des arbres où un bœuf et quelques cochons rôtis les attendent. Il est pourvu à la dépense par une souscription , et Pou porte des toasts qui servent à montrer l'opinion politique du peuple. L'année suivante il y aura un autre barbacuef discours et bal. Le bal se donne aussi par souscription. La court-house a été préparée pour cet usage. Le banc du juge est occupé par un vieux nègre raclant du violon , accompagné de deux petits négrillons jouant du tambourin et du triangle; des chandelles de suif éclairent la scène ; mais les femmes sont aussi jolies et aussi bien mises qu'à New-York. Le planteur a quitté son habit grossier de chasse , et tiré de la malle le frac bleu qu'il portait dans un autre temps et un autre pays , et ses manières
Sont celles de la meilleure société. Le défaut de musique, etc., ne sert qu'à augmenter l'hilarité des danseurs.
Cependant les sessions de la législature se sont succédées , et chaque année a vu le nombre des membres s'augmenter. Le gouyernement a pris son assiette. Des cours de justice, respectables par les talens du juge et du barreau , ont été établis dans chaque comté ; le nombre de ceux-ci a doublé chaque année. Des taxes sur les nègres , les bestiaux , etc. , ont été établies; des chartes d'incorporation ont été données aux différentes villes , le temps est venu de passer au second degré de gouvernement temtorial. 11 consiste à donner au peuple l'élection du Conseil , et d'autres privilèges dans l'organisation judiciaire, dont je ne puis parler sans entrer dans de trop longs détails d'une nature technique. Le peuple n'est pas kmgtemps sans ressentir les bienfaits du selfi
gowemment (se gouverner soi-même). L'opinion publique prend un caractère décidé; les intrigans et escrocs se réforment ou changent de pays ; enfin les derniers pas se font avec la plus grande rapidité. L'émigration continue en raison géométrique ; les capitaux s'accumulent; une banque publique est établie. D'année en année un recrutement est ordonné.
Il arrive enfin, ce temps désiré où le Terri'toire compte quarante mille âmes ; il est admis au rang d'Etat. Une Convention se rassemble pour organiser sa constitution, qui consiste toujours dans un gouverneur électif et deuxCliam^ bres législatives. La législature envoie deux sénat eurs , et le peuple un représentant à Washington ; et le nouvel Etat commence à rouler dans son orbite , augmentant les forces de tel ou tel intérêt , et changeant l'équilibre et la balance politique dans le Sénat
Dans cette esquisse rapide il iaut observer
que je n'ai pas parlé de religion ; c'est qu'ordinairement , dans cet état de société , elle est une imposture si dégoûtante, sous le nom de méthodisme et baptisme, que je n'aime pas à en parler. A mesure que les mœurs se perfectionnent, la religion pourtant s*épure, et Ton peut juger des progrès de la civilisation par l'établissement d'une église presbytérienne, mais surtout d'une église épiscopalienne, qui est la religion comme ûfaut. Dans l'état de société que j'ai tâché de décrire, l'éducation est jointe à la religion , et marche d'un pas égal. Des écoles primaires, dans les mains ou souf l'influence des ministres, et des académies dans les mains de quelques Yankees , sont tout ce qui existe. Mais dès que le territoire devient État , et même souvent plus tôt, la seiâème section devient sa propriété , et sert k l'établissement d'un fonds permanent pour l'éducation publique, employé soit en détail dans
chaque TiUe, on centralisé dans des univer* sites \ collèges , etc. Ce sujet est an reste assez important pour être tnûté à part.
Je n'ai parlé que du sud. Je n'ai jamais ▼oyagé dans les parties nord-ouest des États- Unis. J'imagine pourtant que ma formule peut s'y appliquer en grande partie, û vous supprimez les nègres et si vous supposez plus d'actiyité et d'industrie aux squcOUrs» La religion aussi doit y jouer un rôle plus oonsîdérable. Les spéculations en terres dans le nord ont aussi été faites , je crois , dans on esprit plus libéral. Le spéculateur ne s*est pas contenté de voir venir , mais il a ùnprot^d (mis en valeur) les terres , en (aisant des routes, établissant des mines, et les donnant en ferme. Ces différences sont décisives, mais je ne peux vous les tracer en détail.
Je terminerai cette esquisse par une réflenon importante. Nous avons acheté de la
lit
France la Louisiane, de PEspagne la Floride.
Ces pays étaient peuplés , et avaient des lois en général si opposées à l'esprit de notre gou« yemement que , quand hm même ils auraient eu la population nécessaire pour devenir États, il aurait fallu tout de suite un gouyemement territorial pour les amalgamer, et briser d'anciennes routines. U n'en serait pas de même des possessions britanniques sur le continent et dans les Indes occidentales ; elles sont organisées en provinces qui ont leurs législatures et leurs lois. Pour les réunir à l'Union , il ne faudrait que les recevoir, que recevoir leurs sénateurs et représentans au Congrès. Mais Dieu nous en préserve ! L'augmentation d'influence que V intérêt méridional recevrait, serait loin d'égaler la proportion qui écherrait au nord. Dans Pétat présent de l'Union , c'est la seule chance de dissolution qui la menace. Dans vingt ans , lorsque le sud aura pris un ascendant qui
mettra ses intérêts à coavM , cet accroissement de territoire sera désirable , mais beavoonp pins pour les sujets de sa maje^ britannique que pour nous.
lis
IiSTTAS !▼•
Février 1827.
Je suis fâché de voir que vous partagies le préjugé trop général en Europe contre nos Etats méridionaux. Gomme beaucoup d'autres choses, f esclavage vu de loin a une toute antre physionomie que vu de près. Ce que la loi a de dur est adouci par Fusage ; les abus s'entredétruisent, et ce qui est horrible et monstmeuK en théorie , devient souvent parfaitement tolérable en pratique. C'est donc à redresser vos vues , et à vous donner une {uste idée de la condition de nos nègres que je vais consacrer cette lettre. Sur notre continent et nos Iles il n'existe pas d'objet plus important ; et je suis constamment à me demander comment, de
tmii (fanteim de voyages qui oot écrit sur l'Amérique, aucun n*a donné à ce sujet la place qu'il mérite. Vont ti O QTc re x bien dans quelques ▼oyag^eurs anglais des peintures aussi dégoûtantes qu'exagérées de la saleté des nègres et de la cruauté des maîtres , mais je vous défie de me montrer sur l'esdaTage une page qui ait le sens commun.
A moins de changer le sort de la classe ou- Tiîère et par conséquent toutes les relations sociales , a moins de créer des mœurs tont-à-fiiit différentes , et d'avoir la plus grande influence sur la religion et l'éducation, Tesclavage est et sera le grand pivot sur lecpel tourne toute notre politique intérieure. Son influence se £ût sentir dans tontes les parties , même dans celles qui semblent avoir avec lui le moins de rapport.
Je ne réfuterai point des calomnies aussi grossières que ridicules contre les possesseur» d'esclaves , ôtles n'en valent pas la peine. Ce
n'est pas du pathos sentimental qu'il faut opposer à l'usage général de tous les siècles , ce sont de bons raisonnemens bien fondés en morale et surtout en économie politique. Pourquoi les amis des noirs n'en ont-ils jamais fourni de cette espèce ? Les calomnies et les préjugés doivent leur existence en Europe particulièrement à la jalousie britannique. Le ministère anglais, voulant empêcher l'émigration aux Etats-Unis , est descendu jusqu'à faire écrire par des auteurs mercenaires des voyages pleins de mensonges sur le peuple et le gouvernement. Dans tous ces livres qui ont eu une grande vogue chez John Bull , l'esclavage joue toujours un rôle très - important.
Une autre cause d'erreur est la naissance en Angleterre , et par conséquent l'établissement ici de certaines sectes religienses , ayant une tendance théocratique, et dont je vous parlerai une autrefois. Elles ont pensé qu'elles devaient
sauver nos âmes mx dépens de nos vies et de nos propriétés , et le ministère anglais , pour s'emparer de leur influence , est obligé de les seconder. C'est à ces sectes que Fon doit la suppression de la traite des nègres , et c'est à elles que l'Angleterre devra bientôt la perte de ses colonies dans les Indes occidentales ; car la marche qu'y suit le gouv^nement est diamétralement opposée à la raison.
Les motifs que l'on peut avoir pour ne pas devenir possesseur d'esclaves, ne peuvent être que de deux classes , de droit ou de calcul. Je tâcherai de les détruire , d'abord de justifier le droit du maître , et ensuite de vous montrer qu'à certaines périodes de la société, cet ordre de choses est aussi avantageux à l'esclave qu'au maître.
Il ne peut exister aucun doute sur la question de droit, si l'on veut s'expliquer et s'entendre. L'erreur est venue de ce qu'on a considéré le
droit comme une chose absolue , tandis qu'il est toi^ours relatif par rapport à la règle et k la personnalité. En droit individuel qu'aucuns , mal à propos, nomment droit naturel ^ l'individu a droit d'approprier k son usage tout objet extérieur , et de détruire tout obstacle qui s'oppose à ses vues. Que le sujet de son action soit une pierre , une plante , un animal , cela ne change rien à sa qualité subjective d*objet extérieur ou d'obstacle. Or, l'individu ne p«ttt juger que subjectivement. Il faut bien frire at« tentiou pourtant que ce droit de l'individu n*eit relatif qu'à lui-même , car Pobstacle a également droit d'approprier à son usage Findividu ou de le détruire; dans ce cas il change de place et de nom. Un homme rencontre un lion : il a incontestablement le droit de s'en approprier la peau ; mais le lion a un droit tout aussi incontestable sur la chair de l'homme. Or, comme Fun défend sa peau et l'autre sa chair ,
il arriye que la spontanéité objectii^e de chacun (Peux devient un obstacle pour Tautre , qu'i^a le droit de détruire. Voici donc deux droits bien constatés mis en présence ; il n'exijte, ni ne peut exister entre eux d'autre aii>itre que les grandes lois générale»de la nature. L'homme ne prétend pas faire reconnaître par le lion son droit à l'écorcher, à le punir, s'il ne jie soumet pas ; il prétend le forcer , le contraindre.
L'état social apporte de grands changemens dans les droits des individus ; cependant les trois règles suivantes peuvent être considérées comme certaines, i". Les sociétés agissent entre elles , comme les individus entre eux , sans être réglées autrement que par le droit individuel {naturel), a^. Les sociétés agissent suivant le même droit envers les individus qui leur sont étrangers. 3o. Les membres d'une société recouvrent leur indépendance individuelle envers les objets étrangers aux lois de cette société.
Un homme attrape un cheyal et le dompte ; a- t*il acquis aucun droit sur ce cheval par rapport a ce cheval? Non. U a le droit d'approprier le cheval à son usage ^ le cheval a le droit de le jeter par terre et de s'enfuir. Les lois de la nature qui garantissent la victoire au plus fort, mais surtout au plus habile, décideront ce conflit de droits individuels. Le cavalier a pourtant acquis un droit social sur ce cheval, non envers lui , mais envers la société. Elle s'engage à protéger son industrie et son travail» et à lui garantir l'usage de leurs produits. Elle empêchera donc que ce cheval ne soit tué ou volé; s'il s'échappe, elle offrira au cavalier des facilités pour le rattraper , lui permettra enfin d^échanger la commodité qu'il s'est acquise par son travail , contre toute autre commodité acquise par un autre , et de substituer cet autre dans ses droits.
Un homme n'a sans doute aucun droit sur
un autre homme par rapport à cet autre ; cependant il peut avoir un droit sur lui par rapport à la société. !<>. Si , étant tous les deux membres de la société , ils sont liés par un contrat quelconque , le violateur du contrat commet une offense morale pour laquelle il mérite que la société lui inflige un châtiment proportionné à l'offense. 3^. Si un seul des deux est membre de la société, elle lui garantit des droits quelconques sur l'autre. Dans ce cas point de contrat, point d'offense morale, point de châtiment ; mais en cas de résistance un combat que chacun a le droit de pousser à outrance, et dans lequel le membre delà société a le droit de requérir son aide. En résumé , l'esclave a autant de droit de résister à son maître et de s'échapper , que celui-oî en a de Tapproprier à son usage et de le contraindre à l'obéissance. Il n'existe aucun contrat entre eux , par conséquent aucun droit réciproque.
4ti
car im droit social ne pent être fondé qàe sur un autre. L'erreur est venue de ce qu'on a voulu fiûre à Fesclave un devoir moral de l'obéissance passive, ce qui est absurde; car cela supposerait un contrat où tous les avantages seraient d'un côté et tous les désavantages de Tautre , contrat qui est nul ipso facto. Le maître a cependant autant de droit à être soutenu par la société dans son autorité sur son esclave que dans celle sur son cheval.
Biais laissons ces considérations abstraites et venons an cas particulier. Lors de la colonisation de r Amérique , il n'existait certainement aucun contrat entre les Lidiens et les blancs. Os avaient donc réciproquement le droit de s'approprier les uns aux usages des antres, et de s'entredétruire toutes les fois qu'ils le jugeraient à propos. Selon les lois étemelles de la nature, les plus faibles, mais les
plus habiles , triomphèrent , et les indigènes
in
furent réduits en esclavage dans toutes les possessions espagnoles en Amérique, qui étaient habitées par des nations molles et efféminées. Il n'en fut pas de même dans les Etats-Unis.
Des nations belliqueuses résistèrent aux attaques des blancs et usèrent souvent du dn^ qu'elles avaient de les détruire et d'approprier leurs dépouilles à leur usage. Les blancs traitèrent avec elles, et finirent par faire avec presque toutes des conventions plus ou moins avantageuses.
Tout travail doit avoir son prix. Des négocians allèrent sur la côte de Guinée et y achetèrent des esclaves à des nations qui n^avaient aucun pacte avec la leur. Ces esclaves étaient vendus , ou en vertu des lois de leur société qui considèrent Fesdavage comme une punition légale , ou pour avoir été pris à la guerre et appropriés à l'usage du vainqueur.
Mais ces négocians les auraient pris pour riea
^ue cela ne changerait pas leur droit. Si j'attrape un cheyal sauvage dans les plaines du Missouri, la peine de le prendre et de le dompter, le risque que je cours qn*il ne s'échappe^ sont tout le prix que j*ai payé. L'intenrention de la société se borne à s'assurer qu'aucun de ses membres n'avait sur mon butin un droit antérieur au mien. Toute société a sans doute le droit de régler le travail de ses membres , et d*interdire telle ou telle espcco d'industrie ; mais dans le cas présent tout le contraire arriva. Toutes les nations d'Europe encouragèrent plus ou moins la traite des nègres. Plusieurs colonies tentèrent de résister à l'introduction des esclaves chez elles , mais furent forcées par la métropole d'ouvrir leurs ports à ce trafic. Les maîtres se trouvèrent donc avoir de leur côté non-seulement le droit théorique , mais la législation expresse et positive des sociétés dont ils étaient membres.
La rëYolutkm snr notre eontineat, quoique presque simultfiiiée , fut pourtaot pertielle. Chaque colouie conserva son indépendance pendant tout k tekqps de la lutte , et lorsque les treîse républiquesp-unies furent reconnues , bien qu'un gouvernement central fiât établi , elles n'en restèrent nas moins des Etats souverain» y parfaitement indépendans les uns des autres dans tout ce qui concerne leur législation intérieure. Lors de la révolution , une partie des États-Unis s'était déjà défait de te» esclaves; d'autres ont imité cet exemple depois; d'autres l'imiteront probablement dans le temps futur ; mais quelques-uns sont dans Timpossir bilité la plus positive de se passer d'esclaves , et contioueront probablement long-4emps encore d'en avoir. Aucune autorité n'a le droit, ou n'a même prétendu Favoir, de régler leurs affiûres domestiques. Mais des questions relatives à l'esclavage sont tous les jours soumises au Cou
grès. Les Etats-Unis, qui ont le droit ezclasif de régler le commerce , ont défendu la traite des nègres depuis 1808. Personne ne s'est plaint de cette mesure qui avait été annoncée long-temps d'avance ; mais, je ne crains pas de le dire, toute tentative pour faire des lois sur nos esclaves obligerait les Etats du sud à se séparer de l'Union. CTest une obligation fondée sur le droit qu'a chaque homme de défendre sa vie et sa propriété. Croiriez-vous qu'il jades gens assez fous pour ne pas sentir cela, et assez imprévoyans pour vouloir en courir le risque ?
L'opinion publique dans les Etats du sud est , je crois , que l'esclavage est nécessaire , mais qu'il est un mal. Je suis loin de considérer la chose sous ce point de vue ; au contraire , je suis tenté de le considérer, dans certaines périodes de la vie des nations, comme un bien.
Gomment, par exemple, employer sans esclaves de grands capitaux dans l'agriculture
d'un pays neuf? C'est à/:ela qu'est due la rapide pop«latioD de nos déserts. De même que le marbre fiiçonné en statue a été tiré de ht carrière avec le pie, a été travaillé par le ciseau et a été poli par la lime ; de même il est nécessaire :<|u'une terre sauvage, avant de devenir capable de recevoir un peuple éminemment civilisé, passe par les mains de différente classes de population. Il faut une succession d'ooHU pour cultiver le sol, comme une snccessioQ de livres pour Téducation d'un homme, et une succession d'institutions pour l'éducation d'un peuple. Dans les pays coupés du nord ,, où toute la terre est iertile , où de nombreuses rivières offrent des moyens faciles de communication , où les chaleurs de l'été sont tempérées par les brises de mer et l'élévation du sol, une population de petits propriétaires peut s'établir , et jouir, dans peu d'années , de toutes les commodités de la vie. Mais dans les iroukense»-
plaines méridionales qui ne sont arrosées par de grandes rivières qu'à des distances considérables , où les bonnes terres ne sont que dans une proportion infiniment petite avec les landes étemelles, oà la chaleur du climat rend mortel pour tout homme blanc un travail continuel en plein air, de grands capitaux et une population noire sont nécessaires pour mettre les terres en culture. Si de petits propriétaires seuls tentaient de semblables établissemens , ils s'isoleraient entièrement de la civilisation et consumeraient leurs ressources en transports et approvisionnemens. La mam-d'œuvre serait trop chère , car il faudrait payer les risques que cfaacon courrait pour sa vie. De grands capitalistes au contraire découvrent l'oasis du désert , y transportent tout d'un coup une population entière, ouvrent des routes , font de» ponts, dessèchent des marais , et après quelques années de dépense réalisent d'immenses
prf>fit8. A Pombre de ces grands propriétaires, le pays se peuple bientôt de fortunes médiocres. Bientôt les grandes fbrtones sont divisées par la mort des possesseurs. De petits propriétaires prendront leurs places ; leur nombre s'âcorottra; ils s^acdîmateront , et dès -lors partageront le travail avec les nègres pour lesjqnek le climat est extrêmement "talubre, car ce n'est jamais de la chaleur qu'ils se plaignent. Des terres qui maintenant sont considérées comme de nulle valeur, seront cultivées dès que toutes les bonnes terres seront prises, et que l'on commencera à pratiquer le système des engrais. Si Fesclavage , en économie politique, a le résultat de faciliter la population de nos terres méridionales , son effet pour la société n*est pas moins avantageux. Le plan^ teur, dég^é de tout travail manuel, a beaucoup plus de temps pour cultiver son esprit.
L'babitude de se considérer comme morale-
ment, responsable du sort d'un grand nombre d*indmdaSy donne à son caractère une sorte de dignité austère qui conduit à la vertu , et qui tempérée par les arts, les sciences, la littérature 9 contribue à former du planteur méridional un des plus parfaits modèles de l'espèce humaine. Sa maison est ouverte à tout venant avec une généreuse hospitalité; sa boume ne Fest que trop souvent avec profu-^ flion. L'habitude d*être obéi lui donne une noble fierté en traitant avec ses égaux , c'està-dire avec tout homme blanc , et une indépendance de vues en politique et en religion qui forme un parfait contraste avec la réserve et l'hypocrisie qu'on ne' rencontre que trop souvent au nord. Pour ses esclaves il est un père plutôt qu'un maître , car il est trop fort pour être cruel.
En politique, le résultat n'est pas moins £eivorable. Notre pays est encore jeune , la popula-
tion est ckir-semée , chacun a &és affiûres ; ici point d'oisifs, de badauds, de populace ; mais il n'en sera paa toujours ainsi. Déjà dans les grandes villes du nord , en plusieurs occasions, des tumuhes ont eu lieu parmi la classe ouvrière et les matelots. Sommes>nous destinés à vtfîr renidtre chez nous les scènes àxL forum romain ? Pour nous en garantir, aurons-nous recours à la cavalerie comme en Angleterre ? Le remède serait pire que le mal. Un Etat isolé n*a rien à craindre de semblables émeutes , car ses soeurs * viendraient à son secours et le soutiendraient ; mais que deviendrait l'Union si le Gongvè»
était dissons ou asservi par la populace de Washington ? Refuser aux citoyens qui n'ont pas une fortune donnée, le droit de voter ^ comme cela a lieu en Virginie > est sans doate un moyen ; mais cela est contraire & Fesprit
* Manière de parier am^icainr.
de nos institutions, et toute fixation de ce genre est toujours arbitraire; d'ailleurs cela n'empêcherait pas le peuple de s'ameuter.
Comparez les élections dans les grandes ^villes du sud et du nord ; quel tumulte dans les unes, quel calme dans les autres ! Dans le nord les classes inférieures de la société s'emparent tumultueusement du lieu des élections, et en chassent pour ainsi dire, par leur conduite indécente, tout homme décent et instruit. Dans le sud , au contraire , toutes les classes inférieures sont noires, esclaves, muettes. Les gens éclairés conduisent les élections tranquillement et raisonnablement ; et c'est peut-être à cela seul qu'est due la supériorité de talens qui se fait remarquer dans le congrès des États-Unis, en faveur du sud.
Jusqu'ici je ne vous ai parlé des avantages comparatifs de l'esclavage que par rapport aux «aaitres, mais Us esclaves sont les prcmien
ISS
qui profitent de cet état de choses. Dans tons les pays et tous les temps , une grande majorité de la tace humaine est condamnée à subsister par son trayail manuel, et je ne doute pas que cette portion de la société ne soit plus heureuse et plus utile dans un état d'esclavage qu'autrement. Comparez le sort de nos nèg^s, bien yètus, bien nourris et n'ayant aucun souci du lendemain , aucune peine au sujet de leur &mille ; comparez-le , je ne dis pas à la race dégradée des nègres et mulâtres libres , ayant tout le poids de la liberté sans ayoir aucun de ses ayantages, mais aux ouvriers bkincs d'Europe, travaillant deux ou trois fois autant et toujours à la veille de mourir de faim eux et leurs fiimilles. Je ne balance pas a dire que nos nègres sont plus heureux, non-seulement que les ou vriers des villes manufacturières d'Angleterre, mais même que les paysans ne le sont généralement dans tonte
PEnrope. Me dires-yous qae la seule idée de la liberté contrebalance les privations et les inquiétudes auxquelles cette même, liberté donne lieu ? Je vous répondrai que cela est vrai pour vous et pour moi ; mais il faut un certain degré d'instruction , une certaine énergie de Tie morale pour goûter la noble idée de la liberté. Prenez un paysan autrichien , hongrois ou bohème, transportez-le en Amérique , et dites-lui «qu'il est libre. Le premier dimanche , il ne trouvera personne pour valser avec lui ^ il maudira le pays^ la liberté et les élections , et préférera retourner à son Schatz, à son Vervalter, à son WirthS'-Haus et à son Roborth, Au contraire l'idée de devoir reconnaître un supérieur rendrait un de nos squatters malheureux, si vous le transportiez en Europe , lors même que vous lui feriez tous les avantages imaginables. Ceux qui, en détruisant le système féodal en Autriche , s'imagi-
«Hsraient améliorer le sort du paysan , se tromperaient grossièrement s'ils ne commençaient pas par Fédairer. Ce changement de condition lui serait nécessaire, car il ne pourrait yiyre heureux en sentant sa dég^dation morale.
Cest à peu près le cas des nègres et mulâtres libres dans quelques parties de l'Union. Mais nos esclaves sont heureux et ne désirent aucun changement. Quoi qu'on en ait dit d'ailleurs , k nègre est incontestablement une race d'hommes inférieure au blanc, et qui ne semMe pas capable des mêmes jouissances intellectuelles. Pourquoi sont-ils restés sauvages depuis le coiùmencement du monde jusqn^a ce jour ? Pourquoi redeiâennent-ils sauvages dès qu'ils sont abandonnés à eux-mêmes, comme cela arrive dans ce moment à Haïti. Leur félicité se borne à la félicité animale, et celle • là ils en jouissent plus librement dans l'état d'esclaves , qu'ils ne le feraient ou libres ou
sauvages. Cette peinture ne s'accorde pa» san» doute avec celle de M. Willberforce et de ses saints. Gomment! direz-vons , un nègre peut-il être heureux sous le fouet d'un commandeur , continuellement exposé à se voir séparé de sa famille , ou de la voir déshonorée par le libertinage d'un maître ou d'un gérant? Toiit cela est du pathos mal à propos. Je loue un ouvrier blanc ; il force la porte de mon magasin , me vole, est découvert et condamné aux travaux publics , ou bien déshonoré pour 1» vie , et perd le peu de morale et d'honnêteté qu'il avait ; ses maux sont peut-être aggravés par ceux de s» famille à la nourriture de laquelle son travail était nécessaire. Qu'un de mes nègres en fasse autant, il est fouetté et se corrige. La peine corporelle une fois subie, iln*en ressent aucune mauvaise conséquence , et des enfans innocens ne sont pas punis de la faute de leur père. Quoi qu'on en dise , les châti-
mens cruels n'ont pas lieu , car Os seraient contre Fintérét du maître. Qu'un ourrier que je loue ne travaille pas , je le renyoîe ; mais je ne peux pas me défaire ainsi de mes nègres , et je suis obligé de les forcer au travail par des punitions corporelles. Dans de grandes plantations où quelques centaines de nègres sont réunis , une discipline et des règles de police plus ou moins rigoureuses sont nécestaires , sans quoi tout serait bientôt détruit ou volé. Quant à se voir séparer de leur famille , il faudrait d'abord qu'ils en eussent une.
Généralement ils s'attachent à une femme et s'y tiennent ; mais ils sont très-enclins à en changer ; ceux d'entre eux qui sont religieux se marient , il est vrai , à Féglise ; mais toutes fes fois qu'ils changent de femme ils en font autant, et j'en connais qui ont reçu Te sacrement une douzaine de fois , et ont autant de femmes vivantes dont chacune a autant de
maris. Quant à déshonorer les jeunes négresses , cela est en effet curieux. C'est en yain que leur modeste rougeur est cachée par la couleur de leur teint ! Combien de fois ai-je appris avec effiroi que mes jeunes hôtes avaient quitté le Ut que mon hospitalité leur avait préparé, pour aller se glisser dans le cotton-house ! Je craignais de voir le lendemain mon nègre Virginius immoler sa fille Doily....lVlais pas du tout; le bon père était trop sur de sa vertu ; je l'ai vu sourire au tentateur , et poliment lui demander une chique de tabac , comme pour se moquer de l'inutilité de ses efforts. Quant à la vertu des vieilles négresses , mères de famille, qui aurait le courage de s y frotter?
Loin que cet état de choses soit une aggravation au sort des esclaves, je considère la liberté entière dont ils jouissent sous ce rap* port comme une espèce de compensation de leur servitude. Quoique les maîtres tâchent
«r encourager les mariages en faisant une foule de petits avantages aux parties contractantes , il est rare qu'un ncgrc se marie sur la plantation où il vit; il aime mieux aller chez les voisins.
Une plantation bien réglée est en vérité un spectacle très-intéressant ; tout y prospère et y marche en avant dans un ordre parfait. Chaque nègre a une case ; en général elles sont dis* posées dans un ordre régulier ; il a des poules et des cochons à lui; il cultive des légumes et les vend au marché. Au lever du soleil, le son d'un cornet à bouquin l'appelle au travail; chacun a une tâche proportionnée à ses forces et à son talent. En général cette tâche est finie dès trois à quatre heures de l'après-midi ; à midi le travail est interrompu par le dîner. La tâche faite, on n'exige aucun service de lui ; il cultive son jardin ou se loue à son maître pour des travaux extraordinaires , ou bien va voir sa femme ou sa maîtresse sur les plan-
tations voisines. Le dimanche matin, il met scs^ beaux habits , et va à Thabitation recevoir sa ration hdsdomadmre ; il emploie comme \l veut le reste du jour , souvent à danser. Le gérant n'a qu'à donner le matin les tâches, et qu*àf veiller le soir à ce qu'elles soient bien finies. Le maître fait à cheval une tournée sur les champs et donne des ordres généraux ; tout cela marche en règle comme un régiment ; et j'ai vu s'écouler six mois sans avoir même à gronder. Cependant il y » de temps en temps âes disputes et des vols à punir. A Noël , les nègres ont trois jours de repos ; deux fois par an on leur donne l'étoffe nécessaire à leur habillement qu'ils font eux-mêmes chacun à son gollt. Ceux qui vivent dans la maison sont exactement traités comme les domestiques blanc»
en Europe ; ils sont en général nés et élevés dans la famille dont ils se considèrent comme faisant partie ; ils y sont très-attachés et très-
fidèles ; toutes les fois que le maître a un enfont 9 il lui donne de suite un petit esclave de son sexe et de son âge qui est éleyé avec lui et devient son domestique de confiance. Les petites négresses ou mulâtresses ainsi élevées dans la maison sont en général d'excellentes ouvrières et souvent très-jolies ; mais les maitresses font une grande attention à leurs mœurs, surtout si elles vivent auprès des demoiselles j si elles se conduisent mal, la punition dont elles sont le plus effirayées est d'être vendues.
Outre ces deux classes de nègres , il y a beaucoup d'ouvriers , comme charpentiers , foirerons , tailleurs , etc. ; en général les propriétaires les prennent à louage et les traitent comme des ouvriers blancs. Souvent les mai « très se contentent d'en exiger une rétribution annuelle , et les laissent se louer comme bon leur semble.
Cette peinture qui est vraie , ressemble-telle aux absurdités imprimées par les missionnaires? Il est facile de prendre un cas particulier, de l'exagérer, de le généraliser, et ensuite d'écrire des déclamations. Il n'existe à la vérité aucune loi qui protège Tesclave contre les mauvais traitemens du maître; mais il a dans l'opinion publique une protection plus forte que toutes les lois ; l'homme qui se laisserait emporter par ses passions , comme je l'ai vu décrit par des écrivains anglais , perdrait pour toujours le caractère de gentleman.
Les nègres cultivateurs ne sont pas traités partout de la même manière. En Virginie et Maryland par exemple, les fermiers ne leur donnent pas de tâche, les logent dans de grandes maisons en briques , leur font faire la cuisine , enfin les traitent comme les valets de ferme en Europe. Il en résulte que Tesclave , perdant de vue la distance qui le sépare de
ï'homme libre , est mécontent de n'être pa»
entièrement son égal et de ne pas recevoir de gages ; il devient insolent , est puni , déserte, est repris et finit probablement par être yendu à un émigrant dans une nouvelle Contrée quil'aura bientôt mis au pas. Dans ces nouvelles contrées, les propriétaires en général, outre les vieux nègres de £unille, emmènent tout ce que leurs moyens kur permettent d'acheter.
Un certain deg^é de sévérité devient donc nécessaire au commencement pour mettre de l'ordre dans cette masse étrangère, d'autant plus que le travail étant irrégulier, ne peut pas être divisé en tâches , et que les nouveam: nègres essaient le caractère de leur maître; s'il a pourtant un peu d'énergie, ce temps d'essai et de désordre n'est pas de longue durée.
Il serait impossible de vous donner le digeste des lois qui concernent les esclaves , car
elles changent dans les différens Etats; la constitution des Etats-Unis garantit au maître le droit de poursuivre son esclave déserteur dans les Etats où l'esclavage n'est pas admis. Les lois particulières aux différens Etats garantissent toute facilité au maître dans le même cas. Voler un nègre ou Faider à s'enfuir , est presque partout un cas pendable. Un nègre libre ou esclave ne peut voyager sans passe»
port, et tout blanc a dans ce cas le droit de Tarréter et de le déposer dans la première prison où on le détient, s*il ne peut pas prouver sa liberté. Les enfans suivent toujours la condition de la mère. La peine de mort est infligée au nègre qui attaque un blanc ou lui résiste violemment. Le témoignage d*un nègre n'est pas reçu en justice contre un blanc. Enfin presque partout la peine de mort encourue par un esclave, peut être commuée dans la vente, à condition de l'exportation de l'Etat
Les lois concernant les nègres libres sont beaucoup plus compliquées , et ont donné lieH à beaucoup de débats tant dans le CSongrès qu'au dehors. La situation équivoque de cette population la rend très-dangereuse à nos Etats méridionaux ; ce sont eux, et non nos e5* daves qui sont méoontens ; c'est d'eux et non de nous que ces derniers sont jaloux. Tous les Etats du sud ont des lois pour régler Témandpation qui en général n'est permise qu'autant que les esclaves émancipés quitteront l'Etat dans un certain délai. Us sont soumis à une police très-sévère, et dans beaucoup d'endroits à des taJEes particulières. Dans quelques Etats ib sont obligés d'avoir des curateurs de leurs biens. Dans la plupart, ils peuvent être vendus pour payer les dettes de leurs maîtres contractées avant leur émanci« pation, ou même pour payer leurs frais de prison, s'ils sont arrêtés voyageant sans passe-
ports ou certificats de leur liberté. Il semble enfin que toute la législation des Etats méridionaux ait pour but de diminuer cette classe infortunée mais dangereuse , ou du moins de les engager à éœigrer au nord. Mais ils tiennent au climat du sud , et d'ailleurs on s« tromperait grossièrement si l'on croyait qu'ils soBt mieux traités au nord ou dans la Nouyelle-Ângieterre. Dans treize des vingtquatre Etats, ils ne sont pas admis à voter par W GonjBtUutioB , et dans presque tous les autres il y a des lois particulières qui les en em« pédusnt; il n'y a, je crois, qu'en Pensylvanie et New-York où ils en aient le droit.
Par des lois très^sévères , quelques-uns des Etats méndiooaax ont défendu l'importation des sègres libres des autres Etats, et les ont soumis à des peines très-longues , si de bon gré ils violent ces lois. La constitutionnalité
de cette mesure a donné lieu à une question
qui n'est pas encore décidée, et qui ne le sera probablement pas de long-temps ', elle est délicate et personne n'aime à l'aborder. La Constitution des Etats-Unis ( art. 4 ? sect. a , $ x ) dédare que tout citoyen d'un Etat jouira dans les autres Etats des droits dont y jouissent leurs citoyens. Or un nègre libre de New-York est citoyen de cet Etat, et par conséquent des Etats-Unis ; mais un nègre libre de South- Garoline n'est citoyen ni de cet Etat ni des Etats-Unis; les nègres libres de New-York pirétendent jouir à Gharleston des droits de citoyen. Au sud , on leur oppose qu'ils doivent être assimilés aux nègres libres et non aux citoyens des Etats où ils se trouvent ; quand je dis qu'ils prétendent , ce n'est pas eux, ils ne se soucient pas de voter , mais ce sont leurs amis blancs qui élèvent cette prétention pour eux. La question n'a pas encore été décidée , et chacun s'en tient à son explication.
Lors de Tadmission de l'Etat du Missouri dans l'Union y en i8ao-ai, un article de la Constitution du nouTel Etat qui défendait rentrée des personnes libres de couleur au Congrès , donna lieu à un long et dangereux débat ; Tartide fut cependant approuvé, avec la condition qu'il ne serait applicable à aucun citoyen d'un autre Etat ; ce qui n'est qu'embrouiller de plus en plus la chose , au lieu de l'édaircir. La discussion sur l'admission de cet Etat , communément appelée the Missouri question , agita violemment l'Union , et fît , à une certaine période , craindre sa dissolution. Pour éviter d'aborder de semblables questions y quelques Etats ont pris le parti d'asseoir une capitation extrêmement forte sur tout individu de couleur libre y et même d'en autoriser la vente s'il ne peut pas la payer autrement ; cette mesure n'est-elle pas aussi in constitutionnelle que l'autre ?
pouvons pas y renoncer, et que notre séparation de rUnion aurait lieu , si l'on voulait nous y contraindre. Quelque désastreux que ce pas pût être, il vaudrait mieux le franchir que d'être anéantis. Ces questions ne sont pas spéculatives , elles touchent à l'intérêt privé de chacun ; il est donc ridicule de chercher à leur persuader le contraire. Vous vous tromperiez pourtant beaucoup si vous pensiez que nous courons aucun danger. L'Union est autant en sûreté de ce côté-là que de tout autre ; la division d'intérêt et d'opinion ne sert qu a éviter une agitation et souvent des tempêtes qui empêchent le bouleversement de l'océan politique. En effet, quels sont ceux qui veulent l'émancipation subite de nos nègres ? des enthousiastes ou des hypocrites religieux. Il est vrai que ces nobles Don Quichottes ont un puissant soutien dans l'opinion publique au nord ; mais cela peut-il se comparer avec l'unanimité
du sud fondée sur le grand ressort politique , l'intérêt privé ? D'ailleurs les Etats du sud sont les plus forts et les plus riches ; une séparation serait un coup beaucoup plus rtide pour le nord que pour eux. Leurs vaisseaux viendraient de même exporter nos tabacs, nos cotons, nos sucres, mais ils paieraient des droits et ils ne pourraient pas soutenir la concurrence des manufactures anglaises. Nous continuerions à nous approvisionner au meilleur marché. L'enthousiasme religieux chez un Yankee ne va pas au point de sauver son ame aox dépens de ses fabriques et de son commerce. Ils ont aussi beaucoup moins de part dans les sociétés d'émancipation , d'abolition , de manumission , de transportation , de colonisation , etc. , que n'en ont les honnêtes quakers de Pensylvanie ou de Maryland.
Il faudrait cent bouches , chacune avec cent langues , et des poumons d'airain , pour
TOUS réciter les différentes Chartes de ces sociétés ; d'ailleurs il faudrait les coAua&tre. Quelques-wu tâchent, dit-on, de faire révolttr nos nèfpres , croyant par là sauver nos aaies f mais f ai peine à croiie à nn tel degré d'abinrdite. La plupart tâchent de bue émanciper les esclaves, prennent sous levr protection ceux qui ont déjà été finnincipés , et empêchent que les lois qui sont déjà si sévères , ne soient encore aggravées. Lear but est hométe, mais ils se conduisent si imprudemment qu'ib deviennent dangereux aux maîtres en fiisant autant de bien à leurs protégés que Don Quichotte en firisait aux siens. La société de colonisation vaut pourtant la pefaie d'être distinguée. Elle a acheté oq pris, fe ne sais lequel , mais enfin elle a en Afrique un endroit appelé Libéria , ou elle trausporte les nègres libres qui consentent à émigrer;' ils y redeviennent sauvages aussi vite qu'ils peuvent;
mais cela nous est égal pourvu que nous en soyons débarrassés. La grande difficulté est la lenteur des opérations de la société ; elle transporte par an deux on trois domaines de porte-fftix et de filles de joie repenties , des grandes villes Atlantiques, et en i8ao nous avions a33,5a7 personnes de couleur libres. Il y a, deux ou trois ans qu'un envoyé de Saint- Domingue , un homme très cooime il faut , M. Grainville , vint visiter les Etats du nord et persuader à une grande quantité de pei> sonnes d'émigrer à Haïti ; mais elles sont presque toutes revenues , préférant TcHsiveté et la corruption de nos grandes villes , à une honnête industrie dans un pays libre.
En terminant ce tableau de l'esclavage et de ses suites, permettez -moi de vous faire une nouvelle observation contre les projets ridicules de nos Don Quichottes émancipateurs.
A quoi bon presser le temps ? L'abolition totale
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de l'esclavage aura lieu am Etats-Unis , lorsque le travail libre sera à ffleiOeor marché que le travail des esclaves. Est-ce le christianisme qui a aboli Fesdistvage en Europe ? Estce Tislamisme qui le perpétue en Asie? Ni l'un ni l'autre n'ont eu cet effet; ce n'est qu'aux calculs de l'intérêt privé que Pon doit attribuer ces effets contradictoires. Autrefois feselavage était général aux Etats-Unis ; mais à Biesure que le travail libre est devenu à meilleur marché , les législateurs fent aboli. La même chose a lieu sous nos yeux maintenant en Virginie et Maiyland: la population s'étaut augmentée, le prix du travail et celui des nègres ont baissé. Les propriétaires s*en défont aussi vite qu'ils le peuvent; ces nègres sont achetés pour être transportés dans les Etats nouveaux où la main d'œuvre est chère.
Dans quelques années, il ne restera presque
pfatf cTesdcTes dav ces deaz Etats , et alors W l%iflatn« leia lân d'y aiMiir PcsciaTa^ pOHrW IboM. La Bêflw ckofe «na lienarec le tMBps pour tous les Etats pviseiis et fHtnrs, et rUoion seia enin débamsiée de cette peste domestique.
Il est plos diiicile de saroir comment noos Doas déferons des nègres libres; il est cependant bien cbjr qu'ils cesseraient d'être dangereux s'ils n'étaient pas soutenus par ceux dont la grande afl^re est de se mêler de ce qui ne leê regarde pas. La philantropie générale et oniTerselle est sans doute une bien belle chose; mais ce n'est pas à elle que nous deyons notre liberté et notre prospérité; elle n'a , que je sache , enrichi personne ; c'est à nous à nous occuper assidûment de nos propres affiiires , sans regarder celles de nos voisins. C'est une maxime en politique
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qui nous a été léguée par Washington, et qui deyrait bien être adoptée par les diff^ rentes sectes religiemses dont nous sommes iMgarrés.