‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 15 sur 81 · N'N BRENT · texte numérisé non relu

N'N BRENT

LETTRES SUR LES ETATS-UNIS ET LE CANADA. 710 lence, la coiffure américaine; les femmes sont vélues d’un indescriptible ramassis de vieilles robes, de vieux chäles troués et tachés, et de chapeaux fanés, à ne pas toucher avec des pineettes. Cette habitude de se vèêtir de défroques de seconde ou de troisième main, que les Irlandais ont importée aux États-Unis, doit évidemment contribuer à conserver la pureté des mœurs, ct nous commençons, gràce au ciel, à nous désinfecter assez de la corruption de la vicille Europe pour ne pas préférer des mœurs moins pures et des robes plus propres. Peutêtre, à la vérité, la cherté des étolfes neuves — n'oublions pas que nous sommes dans ‘un pays protectionniste à outrance — oblige-t-elle les gens pauvres à user jusqu'à la corde et au delà ce qui a été une robe et un habit. Quoi qu'il en soit, c’est une habitude plus économique et morale qu’esthétique,

Le Middland railway, qui nous emporte avec un nombre formidable de boîtes à lait, à une gare commune ave le chemin de fer de Pennsylvanie. C'est un chemin de fer en faillite; on Pexploite pour le compte des créanciers de la Compagnie, et le fuit n'est pas rare aux États-Unis, où un chemin de fer est une entreprise cémme une autre, La concurrence non funitée et réglementée produit naturellement, dans cette industrie, ses effets bons et mauvais ; mais Les premiers l’emporteut singulièrement sur les seconds. Les actionnaires des lignes qui tombent en déccaliture sont à plaindre sans

doute, mais comme le public est servi! Avec quelle sollicitude les Compagnies concurrentes s'occupent de son bien-être, et parfois aussi avec quelle ardeur salutaire elles se disputent sa clientèle! En ce monent, par exemple, d'immenses paneartes aflichées dans Broadway annoncent d’énormes réductions de prix pour Chicago et les autres grandes villes de l'Ouest, trains directs. Quatre lignes rivales se disputent dans cette direction les voyageurs à grande distance; 1l est possible qu’elles finissent par s’entendre, — mais, en attendant, les voyageurs prolitent de la concurrence qu’elles se font, — et s’il leur arrivait de s'entendre trop après ne s'être pas entendues assez, un cinquième concurrent ne manquerait pas d'intervenir. En tout cas, limmense avantage de ce système, c’est d'avoir porté à son maximum la multiplication des chemins de fer, — les États-Unis en ont à eux seuls, pour 40 millions d'habitants, presque autant que lEurope pour 900 millions, — La production des moyens de locomolion y est aussi abondante qu’elle peut l'être, et l’on suit qu'abondance est partout et Loujours syno-

nyime de bon marché. À ne consulter que les tarifs, les prix peuvent sembler aussi élevés qu’en Europe, mais ilne faut pas oublier qu'on dépense ici aussi aisément Ÿ dollar que chez nous une pièce de 2 francs où mème de À franc, et, d'un autre côté, que les localités où n'existent mi chemins de fer ni Lr'amways sont l'exception, tandis qu’elles sont en-

elle ent leur N0- 1ées s de s de disnde ’enpr'osil pas lannse son

ET LE CANAD\, 77 core la règle dans la plus grande partie de l'Europe ; or, l'absence ou l'insulfisance des moyens de transport perfectionnés, n'est-ce pas l'équivalent du maximum de eherté des moyens de transport?

Le Middlend raihvay est aménagé d’une façon confonme à l'état de sa fortune ; les bancs de notre longue voiture sont en bois, mais on y trouve comme partout une fontaine d’eau glacée où l’on peut aller s’abreuver à discrétion et sans frais, et dans l'allée du milieu cireulent librement les marchands d’ice creams et les boys, pieds nus, avec leurs assortiments de journaux. Le pays est montueux et Loisé : on se croirait dans les Vosges. Les maisons, comme la plupart de celles que j'ai vues dans les campagnes, sont en planches, et, grâce à l'abondance du bois, elles coûtent peu à bâtir : les plus élégantes sont peintes en blanc avec des persiennes vertes : le plus grand nombre ne sont pas peintes du tout. Les stations de chemins de fer, en bois comme les maisons, sont d’une simplicité primitive ; 11 y a un bureau pour les tickets, un bureau pour le télégraphe dont le cliquetis se fait entendre sans désemparer, une salle pour les gentlemen, une autre salle pour les Ladies, avec des chaises de bois: grandes ou petites, voilà toutes los stations américaines. |

Même simplicité dans les aménagements industriels. À Franklin, petite agglomération de quel-

ques centaines d'habitants, nous visitons une mine,

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