‹ Lettres sur les Etats-Unis et le Canada [microforme]Chapitre 36 sur 81 · THE · texte numérisé non relu

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élection présidentielle? — Si Hayes est élu, la réforme est assurée, se dit la masse des bons votants du part républicain. — Si Tilden l’emporte, la réforme se fera, répète à son tour avec conviction le peuple des démocrates. — Mieux encore, affirme le New-York’ Herald qui compte des acheteurs dans les deux camps : soit que l’on nomme Iayes ou que l’on préfère Tilden, la réforme est certaine.

Je ne puis, bien à contre-cœur, partager la confiance du Herald, et j'ai bien peur que ni Hayes ni Tilden ne soient capables de réformer un état de choses qui provient de l'assiette vicicuse et des défectuosités flagrantes des institutions américaines. Et comme ni les politiciens, ni la masse passive des citoyens ne me paraissent disposés à chercher et à reconnaitre les vraies sources du mal, le cours naturel des choses ne peut manquer d’aggraver cette situation critique au lieu de l'améliorer. Faut-il tout dire ? Je ne puis m'empêcher de craindre qu'avant peu d'années la crise ne se dénoue, à la mode d’Europe, par la dictature d’un « général » qui se chargera, avec l’appui du parti républicain, de rétablir un ordre quiconque dans cette démocratie en désarrol. |

Les platforms que je viens d'analyser serviront de thème inépuisable aux milliers de discours qui se

prononceront dans les meetings et aux dizaines de

milliers de leading-articles qui se publieront dans les journaux d’ici à l'élection présidentielle, Je ne

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ET LE CANADA. 177 puis mieux faire, pour vous donner une idée de la nature et de la qualité de ces flots d’éloquence politique, que d'analyser encore le discours par lequel le sénateur Morton a inauguré la campagne républicaine dans l'État d’Indianä, à un meeting réuni dans la Musical Hall d'Indianapolis. Cela vous donnera le diapason du jour.

L’orateur commence par faire l'éloge du parti républicain, odieusement calomnié par les démocrates. Le parti républicain, dit-il, peut se rappeler ses actes avec orgueil et satisfaction : l’Union préservée, l'esclavage aboli, l'établissement de légalité devant la loi, le gouvernement bien administré ct conforme dans ses principes avec la civilisation avancée de notre siècle. Le parti démocrate, au contraire, essavant de faire oublier son passé, et incapable de lrouver dans l'histoire aucun argument en sa faveur, se présente sous le masque de la réforme; il fait profession d’une moralité supérieure et s’en tarque pour attaquer l'intégrité et le patriotisme des républicains. Dans une pareille campagne, où la calomnie est la seule arme de leurs adversaires, les républicains ont bien le droit de parler à bouche ouverte du caractère politique, de l’histoire et des desseins du parti démocrate.

L'orateur fait remarquer que si les peuples de l’ancien monde ajoutaient foi à toutes les infamies que les chefs du parti démocrate débitent sur Padministration républicaine, les États-Unis seraient

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considérés comme le plus corrompu et le plus dégradé des peuples, que l’émigration s’arrêterait et qu'ils perdraient tout crédit sur les marchés financiers. Il cite à ce propos un passage de la lettre d’acceplation du candidat démocrate, M. Tilden, dénonçant les abus et la corruption de l'administration, et il s’écrie avec indignation :

« Le fait qu'un candidat à la présidence ait pu porter de pareilles accusations est la preuve la plus forte que l’on puisse produire de notre dégradation politique. On ne pourrait rien trouver qui approche de cet état de choses, si ce n’est peut-être à New-York, sous sa propre administration et parmi la tourbe des démocrates qui lui ont donné la majorité. Bien loin que la moralité oflicielle se soit détériorée, que le service public se soit corrompu et que le pays se trouve sur le penchant de la ruine, je déclare que c'est le contraire qui est la vérité. La vérité est qu'en dépit de mécomptes et d'accidents imprévus qui se sont présentés et se présenteront toujours, 1l y a plus de moralité officielle, les revenus publics sont plus fidèlement perçus, et les services publics sont mieux gérés qu'ils ne l’ont été en aucun temps. Pendant la dernière année fiscale finissant le 50 juin 4876, l’excédant du revenu a été de 29 249 000 dollars, qui ont été appliqués à la réduction de la dette nationale. Dans les dix dernières années nous n'avons pas remboursé moins de 579 425 284 dollars de notre dette. Au 50 juin 1806, la dette na-

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