‹ Lettres sur les révolutions du globe (volume 4)Chapitre 41 sur 44 · ÉRUPTION DU VÉSUVE EN · texte numérisé non relu

ÉRUPTION DU VÉSUVE EN

( Détails donnés par le grince Cassano, membre de la société royale de Londres; extrait des Tranmctioiis ptàlo»ophi<fue*.)

Le mont Vésuve est à la distance d'environ sept milles de IN a pies , et à plus de quatre milles de la mer. Le pied de la montagne commence à la côte, et va en montant insensiblement jusqu'à la première plaine, où Ton peut aisément aller à cheval ; celte plaine est presque circulaire , elle a environ six milles de diamètre et un demimille de hauteur perpendiculaire au-dessus du niveau de la mer. C'est de là que s r élève une autre montagne qu'on nomme dans le pays Monte-Vecchio : sa hauteur perpendiculaire est d'enviion quatre cents p*s ; elle n'a guère que deux milles de circonférence au sommet , et , est de forme irréguïîère. Ce sommet, avant l'année i63i, avait la forme d'un bassin ; il était environné de vieux chênes, d'énormes châtaigniers, dont les fruits nourrissaient un grand nombre de bestiaux : on y voyait dan9 le fond une caverne dans laquelle on pouvait descendrp 'jusqu'à plus de deux cents pas, quoique arec un peu * de difficulté. On regardait cette ouverture comme l'ancienne bouche , qui pendant long-temps avait vomi une

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prodigieuse quantité de matières bitumineuses, et brûlé une partie considérable du pays d'alentour.

Quant aux éruptions qui se sont succédé jusqu'à nos jours, on peut les diviser en anciennes et modernes. Bérosc, Polybe , Strabon , Diodore et Vitruve ont parlé de quelques-unes des premières. Le Vésuve , sous le règne de Trajan, devint fameux par la mort de Pline: depuis cette époque mémorable, il est bors de doute que les éruptions furent moins fréquentes jusqu'à l'année 1 i3<), où, après une éruption considérable, le Vésuve commença à se reposer, et demeura tranquille pendant près de cinq siècles. Ce long repos effaça le souvenir des anciens désastres : les hahitans du voisinage se flattèrent que la matière inflammable était épuisée , et plantèrent tous les alentours de la montagne, qui, par leur fertilité , devinrent les délices du pays ; mais , dans la suite des temps, ils furent trompés dans leurs espérances, car en l63l , pendant six mois, on entendit des mugissemens continuels , on essuya des tremblemens de terre; et en décembre il se fit une terrible éruption de feu, qui d'abord fit sauter en l'air une partie de la montagne, et vomit ensuite de l'eau , des cendres, des pierres et du feu, inonda presque toute la contrée jusqu'à la mer, sur une largeur de plus de sept milles, et fit périr audelà de quatre mille personnes (i).

(\) On pourra juger delà violence de cette éruption par I» relation suivante , que j'ai tirée du numéro ai des Transactions philosophiquêt , année »666. Elle fut communiquée par le capitaine Guillaume Badilly.

Le G décembre i63t , étant à l'ancre dans le golfe de Volo dana l'Archipel, vers les dix heures du soir, il commença à pleuvoir du

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La montagne après cela demeura en repos, et beaucoup moins élevée qu'auparavant. Après uo repos de 29 ans, elle se ralluma en i65o ; son feu remplit toute la capacité du creux immense qui était resté depuis i6ii, et dans lequel , après plusieurs moindreà éruptions , il s'éleva une nouvelle montagne en i6"85.

En 1707, tous Içs hahitans des environs et toute la ville de Naplcs furent en alarme à cause des explosions et des secousses fréquentes qu'on éprouvait, et du feu quise faisait voir au sommet de la montagne. Une énorme quantité de cendres lancées avec impétuosité remplirent toute l'atmosphère, et obscurcirent le soleil pendant un jour entier ; mais heureusement ce jour eirrayant fut suivi du calme, et la montagne s'apaisa.

En 1724, la quantité de cendres et de pierres lancées par la montagne fut si grande , qu'elle remplit tout l'espace entre l'ancien et le nouveau mont.

En 17.30, il y eut une nouvelle éruption du Vésuve, qui , quoique peu considérable en comparaison de la dernière, occasiona néanmoins beaucoup de craintes.

sable ou de la cendre, et cette pluie continua } usqu a deux beures du matin. II y en avait environ deux pouces d épaisseur sur le pont, en sorte que nous le nettoyâmes avec des pelles comme nous avions fait pour la neige le jour d'auparavant; il ne faisait point de veut lorsque cette cendre tomba. 11 n'en tomba pas seulement où nous étions, mais encore en d'autres endroits , sur des vaisseaux qui venaient de Saint-Jean d'Acre à notre port, et qui étaient alors à cent lieues de nous. Nous comparâmes les cendres , elles étaieut de même nature.

N. B. Cette pluie de cendres venait de l'éruption du Vésuve dont il est question.

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Cette année 1737, au mois de mai, la montagne ne fut jamais tranquille : elle jetait tantôt beaucoup de fumée, tantôt des pierres ardentes qui retombaient sur la montagne. Du 16 au 19 on entendit des mugissemens souterrains.

Le 19, on vit le feu- sortir dans d'épais nuages noirs, et le même jour il se fit plusieurs détonations bruyantes qui devinrent plus fréquentes vers le soir, et augmentèrent dans la nuit» La montagne vomissait alors une très-épaisse fumée mêlée de cendres et de pierres , et on sentit aux environs quelques légères secousses de tremblement de terre.

Le lundi 20, à 9 heures du matin, la montagne fit une si forte explosion , que le cboc fut sensible à plus de douze milles à^a ronde. Une fumée noire mêlée de cendres parut «'élever tout d'un coup en vastes globes ondoyans , qui se dilataient en s'éloignant du cratère Les explosions continuèrent très -fortes et très - fréquentes toute la journée , lançant de très-grosses pierres au milieu des tourbillons de fumée et de cendres, jusqu'à un mille de hauteur.

A huit heures du soir, au milieu du bruit et des affreuses secousses, la montagne creva sur la première plaine à un mille de distance du sommet , et il sortit un vaste torrent de feu de la nouvelle ouverture : dès lors toute la partie méridionale de la montagne parut embrasée. Le torrent coula daus la plaine en-dessous , qui a plus d'un mille de longueur et près de quatre milles de largeur. 11 s'élargit bientôt de près d'un mille, et à la quatrième heure delà nuit il atteignit l'extrémité de la plaine et le pied des monticules bas qui sont du

côté du sud. Mais ces monticules étant composés de rochers escarpés , la plus grande partie du torrent coula dans les intervalles de ces rochers , parcourut deux vallons, et tomba successivement dans l'autre plaine qui forme la base de la montagne. Après s'y être rc'uni , il se divisa en quatre branches, dont Tune s'arrêta au milieu du chemin , à un mille et demi de Torre-del- Greco ; la seconde coula dans un large vallon ; la troisième finit sous Torre-del-Greco , au voisinage de la mer, et la quatrième à une petite distance de la nouvelle bouche.

Le torrent qui roulait dans le vallon arriva entre l'église des Carme'lites et celle des Ames du purgatoire à quatre heures du matin. La matière courait comme du plomb fondu, et fit quatre milles en huit heures ; vitesse remarquable et extraordinaire, puisqu'on avait trouvé surprenant que dans l'éruption de 1618 la lave eût avancé de soixante pas dans une heure.

Le torrent qui courait derrière le couvent des Carmélites, après avoir mis en feu la petite porte de l'église, y entra, et se fit jour aussi par les fenêtres dans la sacristie et dans deux autres pièces; il brûla les fenêtres du réfectoire, et les vaisseaux de verre qui étaient sur les tables furent mis en pâle par la violence du rvu. Seixc jours après , la matière était encore chaude et très-dure, mais on la brisa à force de coups.

Un morceau de verre fixé au bout d'un bâton et approché de cette matière se réduisait en pâte au bout de quatre minutes; on entendait sous la masse du torrent des détonations fréquentes qui faisaient trembler réalise. Sur toute la surface du torrent on vovnit de

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petites fentes par lesquelles sortait une fume'e ayant l'odeur du soufre mêlé avec de l'eau de mer , et les pierres qui e'taient autour étaient couvertes de subli mations salines; le fer introduit dans ces fentes en sortait humide, mais le papier paraissait s'y durcir.

En même temps que la nouvelle bouche s'ouvrait , celle du sommet vomissait une vaste quantité de matière brûlante, qui se divisant en torrens et en petits courons , se dirigea en partie vers le Salvadorc , et en partie vers Ottajano; et on voyait en outre des pierres ardentes s'élancer du haut de la montagne au milieu d'une épaisse fumée accompagnée d'éclairs et de tonnerres fréquens.

Les vomissemens enflammés continuèrent jusqu'au mardi, et ce jour l'éruption des matières fondues, les éclairs et le bruit cessèrent; mais un vent du sud-ouest s'étant mis à souffler fortement , les cendres furent charriées en grande quantité jusqu'aux extrémités du royaume. Dans quelques endroits elles étaient très-fines, dans d'autres grosses comme du gravier. Dans le voisinage du Vésuve , on éprouva non-seulement la pluie de cendres , mais encore une grêle de pierres ponces et autres

La furent du volcan ayant commencé à s'apaiser le mardi au soir, le dimanche suivant il n'y avait presque plus de flammes à la bouche supérieure, et le lundi on ne vit que peu de fumée et de cendres. 11 commença de pleuvoir abondamment ce jour-là, et la pluie continua le mardi et plusieurs jours ensuite ; circonstance qui a constamment accompagné les éruptions.

Les dommages occasionés dans le voisinage par cette

éruption de feu et de cendres sont incroyable* À Ottajano, situe' à quatre ou cinq milles du Vésuve , les cendres avaient quatre palmes de hauteur sur le terrain.

Tous les arbres étaient Lrûlés , les habitans dans la consternation et l'effroi , et beaucoup de maisons écrasées sous le poids des cendres et des pierres.

t\\o NOTES.

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