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LETTRE XV

DES MAMMIFÈRES MARINS

Pour terminer ce qui est relatif à la zoologie antédiluvienne des classes supérieures, il ne nous reste plus qu’à dire quelques mois sur les mammifères marins.

Ces et! es, remarquables par la réunion des caractères qui leur permettent de vivre à la fois dans l’air et dans l’eau, ont dû naturellement précéder les mammifères terrestres. Aussi commence-t-on à trouver leurs débris dans des terrains plus anciens que ceux même qui renferment les ossements de palæotheriums et de lopbiodons.

Il semble, au premier coup-d’œil, que les mammifères marins dussent être plus capables que les animaux terrestres de résister aux grandes catastrophes, produites par les irruptions de la mer; mais l'observation ne confirme pas cette supposition, et la comparaison des espèces fossiles avec celles qui existent encore aujourd’hui tend à prouver qu’aucune d’elles ne s’est maintenue telle qu’elle existait à son origine.

C’était une idée assez naturelle à une époque où l’on confondait toutes les espèces de terrains, et où on les considérait toutes comme les produits de la mer, que d’attribuer aussi à des animaux marins les ossemenls qui se rencontrent en si grand nombre dans quelques

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mers; aussi voit-on que les anciens descripteurs de fossiles ont souvent prétendu que les os dont ils parlaient avaient appartenu à des phoques, à des lamantins ou autres animaux semblables.

Mais aujourd’hui qu'il paraît certain que les ossements de mammifères renfermés dans un si grand nombre de couches proviennent d’une terre qu’une ou plusieurs grandes inondations ont détruite, on doit s’attendre à trouver, au contraire, parmi les êtres antédiluviens, très-peu d’animaux marins.

Rien de plus rare en effet que les os de phoques et de lamantins parmi les fossiles. Il en est de même des morses et de tous les grands cétacés.

Vous connaissez sans doute, au moins d’une manière générale, l’organisation extérieure du lamantin. Vous savez qu’il manque de membres postérieurs et que ses membres antérieurs, tout raccourcis , font principalement l’office de nageoires, quoiqu’il s’en serve encore avec assez d’adresse et de force pour s’accrocher à la terre, et porter ses petits; on distingue aisément, au ' travers de la peau qui enveloppe l’extrémité de ses membres, cinq doigts, dont quatre sont terminés, comme les nôtres, par des ongles plats et arrondis, ce qui a pu leur faire donner, à juste titre, le nom de mains , par comparaison avec les nageoires des autres cétacés, tels que les baleines et les marsouins.

Comme ces animaux ont leurs mamelles sur la poitrine, et qu’ils élèvent souvent la partie antérieure de leur corps au-dessus de l’eau; comme le nom de mains , donné a leurs nageoires, a fait exagérer l’idée de la

ressemblance de ces membres avec les nôtres; comme enfin leur mufle est entouré de poils, qui de loin peuvent faire l’effet d’une sorte de chevelure, on leur a donné, dit M. Cuvier, des noms plus ou moins singuliers qui ont conduit ensuite à des récits extrêmes et entièrement fabuleux. Les Portugais et les Espagnols ont appelé le lamantin pesce mulher , pesce dona (poisson-femme). Le dugong, animal de la même famille que les lamantins, et dont l’espèce est très-voisine de la leur, avait reçu de son côté le nom d’homme barbu . De ces noms à l’idée d’un être demi -homme et demi-poisson, il n’v a pas loin. Il suffit d’un voyageur peu scrupuleux ou de peu de mémoire pour compléter la métamorphose.

C’est en effet à la vue des lamantins et des dugongs, et à des descriptions inexactes de ces animaux, qu’on doit rapporter tout ce qu’on a dit des Tritons , des Sirènes, etc. Dans toutes les figures données sur ces êtres imaginaires, le naturaliste tant soit peu instruit découvre au premier coup d’œil le modèle d’après lequel elles ont été inexactement copiées. Et voilà à quoi se réduisent ces récits d’hommes et de femmes de mer, accumulés par Maillet1, par Lachesnaye-des-Bois , par Sachs, et par d’autres auteurs plus érudits que judicieux.

Bien que le lamantin ne se rencontre aujourd’hui

1. Quant à Maillet, il paraît évident, comme nous l’avons déjà dit, qu’au moins dans un cas un de ces prétendus hommes de mer était réellement un homme , un Eskimau pris par les Anglais avec sa barque, et qui mourut peu de temps après à bord du navire qui l’avait enlevé à son pays,.

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que dans la Zone Torride 1, il est certain qu’il habitait jadis l’ancienne mer qui a couvert l’Europe de ces coquillages, à une époque antérieure à celle où vivaient sur notre sol les palæotheriums et les genres leurs contemporains. On a trouvé, en effet, des ossements fossiles appartenant bien évidemment à des lamantins, en différents lieux de France : près d’Angers, près de Montauban (Vendée), dans les environs de Mantes, dans les terrains déplacés pour la construction de la nouvelle machine de Mari y, et près de Longjumeau.

La considération de ces ossements trouvés dans des terrains très-anciens, avec des formes qui ne se rapprochent pas moins de la nôtre que celle des espèces actuellement vivantes du même animal, fournirait à elle seule une puissante objection contre le système des transformations successives des êtres, si ce système n’était d’ailleurs réfuté par tant d’autres considérations victorieuses.

Les ossements de dauphins sont aussi rares à l’état fossile que ceux des animaux dont nous venons de parler. Quelques ossements trouvés dans différentes parties de la France nous apprennent que les espèces anciennes sont essentiellement différentes de celles qui vivent encore actuellement.

Même remarque relativement au narwal, cétacé si célèbre par la corne ou plutôt la dent qu’il porte, et qui est, depuis des siècles, un objet de curiosité et de commerce.

1. Des os de lamantin se trouvent également à Belleville à la base des sables de Fontainebleau,

Quant aux cachalots et aux hvperoodons, il paraît qu’on en a trouvé encore moins de débris à l’état fossile.

Les mers de l’ancien monde contenaient, comme nos mers actuelles, des baleines dont les espèces (autant que l’état très-imparfait de la science sur cet objet peut permettre de l’assurer) différaient assez peu des espèces actuellement vivantes. Les ossements de ces énormes animaux, quand on vient à les mettre à nu, donnent souvent lieu à des méprises de la part des hommes peu instruits, qui, les prenant pour des ossements de mammifères terrestres, se font l’idée d’animaux de dimensions exagérées1.

Parmi les découvertes d’ossements de baleines fossiles, l’une des plus célèbres est celle que fit à Paris, en 4779, un marchand de vins de la rue Dauphine, qui déterra un très- gros fragment de la tète d’un de ces animaux. Cet homme, en faisant des fouilles dans sa

]. Telle est probablement la cause de l’erreur de l’article suivant, inséré dans plusieurs journaux scientifiques.

Squelette du plus grand des animaux antédiluviens.

« On a découvert dans la Louisiane, sur les bords du Mississipi, les « os d’un animal colossal : l’épine dorsale avait seize pouces de dia- « mètre, et les côtes neuf pieds de long; plusieurs débris avaient « chacun vingt pieds de long, et pesaient plus de cent vingt livres. « On estime, d’après les dimensions de ces os, que l’animal vivant « devait avoir environ cinquante pieds de longueur, vingt à vingt-cinq « de largeur, environ vingt pieds de hauteur, et qu’il a dû peser au « moins vingt tonneaux ou 20,000 kilogrammes. C’est, dit-on, la plus « grande curiosité naturelle qu’on ait découverte jusqu’ici ; et cet « animal, pour la dimension, doit avoir surpassé le mammouth, au- « tant que celui-ci surpassait le chien de taille moyenne. »

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cave, découvrit une pièce osseuse d’une grandeur considérable, enfouie dans une glaise jaunâtre qui paraît avoir fait partie du sol naiurel de cet endroit. Ne voulant pas se livrer aux travaux nécessaires à l’extraction complète de ce morceau, il le brisa, et en enleva une portion qui pesait deux cent vingt-sept livres, et qui fut vue d’un grand nombre de curieux. Mais parmi les naturalistes de profession, il n’v eut que le seul Lamanon qui se donna la peine d’en prendre connaissance. Il fit faire de cet os mutilé une copie en terre cuite, et en publia un dessin et une description dans le Journal de physique. Tl conjectura dès lors, avec raison, que ce devait être quelque os de la tête d’un cétacé.

Daubenton s’en occupa depuis, toujours d’après le modèle exécuté par Lama non; car, pour la pièce ellemême, elle ne resta pas en France : elle existe maintenant dans le cabinet de Teyler, à Harlem, d’où on a bien voulu en envoyer, pour notre musée, une copie plus exacte à certains égards que celle de Lamanon. Sur ces données, M. Cuvier a été à portée de reconnaître que les os trouvés rue Dauphine établissaient une espèce antique de baleine différente non-seulement des espèces vivantes, mais encore de toutes les espèces fossiles connues jusqu’ici.

Non-seulement on peut faire, sur les cétacés fossiles, cette remarque que nous avons eu déjà occasion d’indiquer relativement aux autres mammifères marins, que les espèces fossiles qu’il a été possible de caractériser dans leurs familles ne différaient pas moins de celles qui habitent aujourd’hui nos côtes, que les animaux

terrestres de l’ancien monde ne diffèrent de leurs correspondants actuels,; mais encore on a découvert trois ou quatre espèces tellement éloignées de celles des autres cétacés, que M. Cuvier s’est cru obligé d’établir pour elles un genre particulier sous le nom de ziphius.

Les animaux qu’il désigne sous ce nom ne sont en effet ni tout à fait des baleines, ni tout à fait des cachalots, ni tout à fait des hyperoodons. Ils tiennent, dans l’ordre des cétacés, la place qu’occupent dans l’ordre des pachydermes les anoplotheriums et autres animaux de Montmartre , et dans celui des édentés , le mégathérium et le mégalonyx. Ce sont probablement aussi des restes d’une nature détruite, et dont on chercherait vainement aujourd’hui les originaux à l’état de vie.

« Par là, dit M. Cuvier, se confirme de plus en plus cette proposition à laquelle l’examen des coquilles fossiles avait déjà conduit : que ce ne sont pas seulement les productions de la terre qui ont changé lors des révolutions du globe, mais que la mer elle-même, agent principal de la plupart de ces révolutions, n’a pas conservé les mêmes habitants; que lorsqu’elle formait, dans nos environs, ces immenses couches calcaires peuplées de coquilles aujourd’hui presque toutes inconnues, les grands mammifères qu’elle nourrissait n’étaient pas ceux qui la peuplent aujourd’hui, et que, malgré les forces que semblait leur donner l’énormité de leur taille, ils n’ont pas mieux résisté aux catastrophes qui ont bouleversé leur élément, que n’v ont résisté sur terre les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, et tous ces autres quadrupèdes si robustes, qu’à défaut des arts

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de l’homme une révolution générale de la nature pouvait seule extirper leurs races. »

Les naturalistes ont été longtemps en doute sur la question de savoir si on trouvait des ossements d’oiseaux à l’état fossile. Plusieurs auteurs, il est vrai, prétendaient depuis longtemps en avoir observé, mais leurs assertions étaient exposées à des objections insurmontables. En 1782, l’affirmative était encore loin d’être' prouvée, et ce n’est qu’à cette époque qu’on présenta un véritable ornitholithe (c’est ainsi qu’on appelle les débris fossiles d’oiseaux) trouvés à Montmartre. Depuis ce temps, M. Cuvier en a reçu, des carrières de nos environs, un nombre assez considérable pour qu’il ne soit plus permis de conserver aucun doute ; il en existe particulièrement plusieurs empreintes parfaitement bien conservées au Muséum.

On a les preuves de onze ou douze espèces d’oiseaux ensevelis dans nos carrières, parmi lesquelles il paraît que deux au moins ont dû être des oiseaux de proie; au reste, on ne peut guères espérer, pour les animaux de cette classe, des déterminations aussi précises que celles qu’on a obtenues pour l’autre classe, les différences entre les oiseaux élant beaucoup moins marquées que celles entre les mammifères.

L’existence, bien constatée aujourd’hui, des oiseaux à l’état fossile, prouve qu’à l’époque reculée où ils ont été ensevelis, et lorsque les espèces étaient si différentes de ce qu’elles sont maintenant, on voyait déjà pourtant, entre les classes et les ordres, les mêmes rapports d’organisation générale que nous observons maintenant, et

qu’aucune classe d’animaux ne manquait dans la série des êtres vivants : aussi chacune d’elles est- elle si nécessaire à l’existence du tout, que peut-être la destruction totale d’une seule suffirait pour entraîner celle de toutes les autres.

Quelques genres d’oiseaux, comme les aquatiques, ont du nécessairement vivre avant les mammifères terrestres, puisque les premières terres mises à découvert étaient propres à les recevoir avant que les mammifères pussent y trouver leur nourriture. Cette idée si naturelle est confirmée par les recherches géologiques. Tandis qu’on ne trouve aucun mammifère dans les terrains secondaires,- on y connaît au contraire des ossements d’oiseaux nageurs, comme dans le calcaire de Pappenheim, et des débris d’échassiers, comme dans le calcaire de Stonesfield 1.

Cependant où les restes fossiles d’oiseaux sont le plus communs, c’est dans les dépôts tertiaires tels que ceux des environs de Vérone, ceux d’OEningen , le terrain d’eau douce de l'Auvergne, où l’on a même trouvé récemment des œufs parfaitement reconnaissables pour avoir appartenu, comme nous venons de le dire, à plusieurs genres et espèces assez rapprochés de la caiile, de la bécasse, de l’alouette de mer, de l’ibis,

1 . Trois mâchoires trouvées dans le calcaire de Stonesfield ont été considérées comme provenant de petits carnassiers voisins des "didelphes; mais l’exactitude de cette détermination n’est pas admise par tous les naturalistes. Au reste, on peut remarquer que parmi les espèces vivantes de didelphes, il en est une de la taille du rat, dont les habitudes sont aquatiques; c’est celle que Buffon a décrite et figurée sous le nom très-impropre de petite Loutre de la Guyane.

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du cormoran, du busard, du balbusard et de la chouette.

Terminons par une seule remarque sur la distribution des os fossiles provenant des deux classes supérieures d’animaux vertébrés, c’est-à-dire des vertébrés à sang chaud, des mammifères et des oiseaux.

Vous avez déjà pu remarquer que certains lieux paraissent privilégiés pour fournir presque exclusivement telles ou telles espèces qu’on ne trouve point ailleurs, ou qui ne se trouvent nulle part, à -beaucoup près, aussi communes. Nos environs sont dans le premier cas, relativement aux palæotheriums et aux anoplotheriums. On peut citer comme étant dans le second le val d’Arno, où on a trouvé plus d’ossements de rhinocéros que dans tout le reste de l’Europe ensemble ; le Camp des Géants, dans l’Amérique méridionale, pour les mastodontes à dents étroites; et, dans l’Amérique septentrionale, les bords de l’Ohio, pour le grand mastodonte.

On explique cette accumulation de débris d’animaux de meme espèce dans un même lieu, en supposant qu’à l’époque où la mer a envahi les pays dans lesquels ils vivaient, ils ont fui, devant l’inondation, vers les lieux qui ont été les derniers envahis par elle, et où ils ont été détruits tous ensemble. Il serait difficile, sans cette considération, de se rendre raison de la prodigieuse quantité d’ossements fossiles trouvés à Montmartre, par exemple, où on ne peut supposer que les palæotheriums et les anop'oiheriums se soient trouvés par hasard entassés par milliers avec les animaux carnassiers, qui, quoique moins nombreux, s’y trouvent aussi en grande quantité.

On dira peut-être que ce sont des milliers de générations qui s’y découvrent successivement. A la bonne heure : mais pourquoi les mêmes débris sont-ils beaucoup moins nombreux dans toutes les autres plàtrières des environs? Notre hypothèse n’est-elle pas la seule qui puisse rendre raison de cette surabondance d’ossements fossiles dans une seule colline si peu étendue1?

1. On pourrait aussi coneevoir les accumulations d’ossements comme dues, au moins en quelques cas, à l’action des eaux elles-mêmes, qui, après avoir balayé une grande étendue de pays , emportaient les corps des animaux vers les points particuliers où se. dirigeait leur cours, et les y abandonnaient en se retirant. C’est ce qui s’observe de nos jours à la suite des inondations , et quoique sur une petite échelle, les effets produits sont encore quelquefois très-frappants ; nous n’en citerons qu’un exemple. Au mois de janvier 1794, une partie de la frontière méridionale d’Écosse, le long du golfe de Solway, fut ravagée par une inondation qui fit périr un grand nombre d’animaux. Lorsque les eaux furent rentrées dans leurs limites, elles amoncelèrent en divers points les corps qu’elles avaient charriés ; sur un long banc de sable qui se trouve au point où l’action des marées s’oppose à celle des cours d’eau douce , les cadavres étaient par millers. On y compta , outre deux hommes et une femme, neuf vaches , trois chevaux, dix -huit cent quarante moutons , quarante-cinq chiens , cent quatre-vingts lièvres, sans parler d’une multitude d’animaux plus petits, taupes, rats, souris, etc.

Les deux causes que nous venons de signaler, la fuite des animaux devant les eaux et le transport de leurs cadavres par les courants, sontelles les seules qui aient pu déterminer la réunion d’une grande quantité d’ossements dans un même lieu? nous savons déjà que non. Les carnassiers, lorsqu’ils sentent leur fin prochaine, vont presque toujours chercher quelque retraite profonde où ils puissent mourir en paix, et le même lieu a pu servir pendant des siècles de dernier asile à presque tous les individus d’une même espèce , qui ont habité successivement le canton. C’est sans doute en partie à cette cause qu’est due l’accumulation des ossements d’ours dans les cavernes de Gailenreuth et dans celles d’Oselles.

Les herbivores n’ont pas coutume de se retirer ainsi dans les ca-

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Ces animaux^ si différents, qui, effrayés de la grande catastrophe qui détruisait à la fois tout ce qui jouissait de la vie, périssent ensemble, quand la nature les avait destinés à se fuir, ne nous rappellent-ils pas l’ingénieuse fiction du poete qui, dans sa description du déluge, nous représente la brebis fuyant auprès du loup, qui, dans sa frayeur, n’est plus à craindre pour elle?

Tout prouve qu’aux différents âges de l’ancien monde, les terres sèches étaient, bien plus qu’elles ne sont aujourd’hui, séparées en îles, où les animaux terrestres étaient comme parqués. C’est ainsi que, dans toutes les îles un peu considérables, découvertes de nos jours, on a trouvé une population particulière; et si l’homme n’avait pas de tout temps cherché à transplanter les animaux d’une contrée dans une autre, on verrait leur séparation géographique des genres et des espèces bien plus marquée qu’elle ne l’est : or, l’homme n’existant pas à ces époques, c’était une raison d’isolement ajoutée à celle de la plus grande division des terres.

vernes pour y mourir, et quand leurs débris se rencontrent dans ces sortes de lieux, c’est qu’ils y ont été , comme nous l’avons déjà dit, entraînés par les hyènes ou par d’autres bêtes féroces; cependant il paraît que dans certains cas les herbivores recherchent de préférence certains lieux pour y aller rendre le dernier soupir. Dans l’expédition du Beagle on trouva sur une foule de points des bords de la rivière de Santa- Cruz ( côté orientale de la Patagonie ) de grands espaces couverts d’os de guanacos (une espèce de lama), et quelquefois même ces os formaient de véritables monceaux. On ne pouvait guères supposer qu’ils eussent été ainsi accumulés par la main des hommes ; mais les couguars et les condbrs pouvaient bien y avoir un peu contribué.

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