‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 141 sur 255 · LETTRE CCXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXXV

1578. Novembre. Avila.

au père gratien, a madrid.

Elle le console dans ses épreuves et le détourne de son prétendu projet de sortir de la Réforme.

Plaise à Dieu de vous donner la force de demeurer

ferme dans la justice, au milieu de tous les grands dangers où vous êtes ! Heureuses épreuves, quand, malgré leur gravité, nous avons la justice de notre côté. Je ne m'é-

1. Fragment restitue à la Collection des Lettres. Nous y avons fait quelques additions et corrections d'après la copie de la Bibliothèque nationale de Madrid,

tonne pas que, si l'on aime Votre Paternité, on veuille vous voir délivré1 de ces dangers, et qu'on prenne les moyens d'y arriver. Mais il ne serait pas bon d'abandonner la Vierge à l'heure d'une si grande détresse8. Madame doña Jeanne ne vous le conseillera pas, j'en suis sûre, et ne consentira jamais à un tel changement. Dieu nous en préserve ! ¡Vous n'échapperiez point par là aux épreuves, vous vous y plongeriez encore. Celles où nous sommes passeront promptement avec l'aide de Dieu. Celles de l'autre Ordre dureraient peut-être toute la vie. [Veuillez bien considérer cela].

Plus je pense à l'hypothèse où l'on vous rendrait les pouvoirs de visiteur, plus je trouve cela dangereux. Il faut chaque jour vivre dans les alarmes et vous voir aux prises avec des difficultés de toutes sortes. Après tout, je le vois, ce pouvoir de visiteur passe aussi promptement qu'une bouchée de pain, tandis que nous pourrions longtemps encore voir Votre Paternité exposée à quelque grave danger. Pour l'amour de Dieu, je vous en supplie, dans le cas où le Nonce vous commanderait d'accepter de nouveau ces pouvoirs, faites votre possible pour vous excuser

1. Le Père Gratien était alors prisonnier chez les Carmes mitigés de Madrid.

2. On avait fait courir le bruit que le Père Gratien voulait entrer religieux chez les Augustins. Sa mère lui envoya dire que si cela arrivait, elle ne le regarderait plus comme son iils. Le comte de Tendilla voulait même le poignarder. Le Père Gratien répondit avec calme qu'il n'avait jamais eu môme la pensée de quitter l'Ordre de la Vierge.

LETTRE CCXXXVI. 1578. NOVEMBRE

LETTRE CCXXXVI.

Í578, Novembre. Avila.

AU pÈRfl AMWtOISK MARIANO, A ALCALA DE HÉNARÈS. Conseils à suivre au milieu de l'épreuve.

JÉSUS soit avec Votre Révérence, mon Père !

Monseigneur don Teutonio, qui est en ce moment à Madrid, m a écrit aujourd'hui que le Nonce ne partait pas. Dans ce cas. et à moins que vous ne soyez retenu par la maladie à Alcalá, il est absolument inadmissible que vous paraissiez refuser de lui obéir i Je vous dirai, mon Père, d'après ce que je comprends, que les mitigés voudraient déjà renouer amitié avec nous. Voyons tout d'abord ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner. Il est bon de temporiser, comme Votre Révérence l'a fait. Assurément, je ne jette pas la faute au Nonce, mais le démon a tellement bien dressé ses batteries que rien ne saurait m'étonner. N'ayez pas peur, quoique personne n'ose vous défendre ; le Seigneur est votre garde. Il nous a déjà accordé la grâce de voir Votre Révérence contenir sa colère jusqu'à ce jour; perfectionnez-vous encore sur ce point; que ce soit là maintenant votre croix; elle ne sera pas petite. Si le Seigneur ne vous avait soutenu d'une manière spéciale, croyez-le bien, vous n'auriez pas pu vous contenir. .

Quant à la réponse du Conseil, nous n'avons pas à l'espérer. Ne voyez-vous pas que ce ne sont là que des compliments? Quelle nécessité y a-t-il de nous réclamer

l'acte dont vous parlez, et de l'envoyer ? On en a la copie à Madrid, et on sait qu'elle est authentique. L'heure du repos n'est pas venue pour nous, attendons un peu. Le Seigneur sait mieux ce qu'il fait, que nous, ce que nous voulons.

Que vous semble-t-il de la façon dont on nous traite dans le billet ci-inclus ? Je ne sais pourquoi on cherche à prouver la fausseté de telles calomnies. Notre Père n'a pas raison en cela; c'est trop se rabaisser. Pour l'amour de Dieu, ne montrez cet écrit à personne. On dirait que nous avons peu de sagesse de nous troubler de telles folies, et d'en parler. A mes yeux, si nous voulons ne point commettre une grande imperfection, nous n'avons qu'à en rire.

Je vous le dis, mon Père, toutes ces lettres et toutes ces affaires, où j'étais si isolée, ont fini par m'occasionner un grand bruit et une grande fatigue dans la tête. On me commande de ne rien écrire de ma main, à moins d'une vraie nécessité. Je ne m'étendrai donc pas davantage. J'ajoute un seul mot. Quant à chercher à obtenir du Roi ce dont vous me parlez, n'y songez même pas, tant que vous n'aurez point étudié longtemps cette affaire. A mon avis, ce serait s'exposer à perdre beaucoup de crédit. Dieu, d'ailleurs, ne manquera pas d'y pourvoir par un autre moyen. Qu'il me garde Votre Révérence !

De Votre Révérence la servante,

Thérèse de Jésus.

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