Le reste de la lettre manque
2. Cette lettre renferme quelques corrections et un fragment nouveau d'après la copie de la Bibliothèque nationale de Madrid.
par là que les Carmes déchaussés sont appelés à de plus grandes œuvres que nous ne pensons. Plaise à Sa Majesté de garder Paul de longues années, afin qu'il puisse contempler ce spectacle et exercer son zèle ! Pour moi, je le verrai du haut du ciel, pourvu que je sois digne d'y aller.
On m'a déjà envoyé de ValladoHd la lettre de quittance. L'argent est expédié, et j'en suis très contente. Plaise au Seigneur de diriger lui-même les événements, et que tout soit terminé au plus tôt ! Notre supérieur actuel est bon, j'en conviens, mais non tel qu'il faudrait pour établir les choses comme il serait nécessaire. En définitive, c'est un supérieur d'emprunt.
Par la lettre ci-incluse, vous verrez ce qu'on demande de la pauvre petite vieille. Je puis me tromper ; néanmoins, d'après toutes les apparences, ces Frères mitigés désirent mon voyage parce qu'ils me veulent loin d'Avila, et non parce que la maison de Malagon a besoin de moi ; cela m'a été un peu sensible. Quant au reste, je veux dire le voyage, il m'a laissée complètement indifférente ; si cependant j'allais à Malagon pour exercer la charge de prieure, j'en aurais de la peine, car je ne vaux rien pour cela, et je craindrais d'être impuissante au service de Notre-Scigneur. Veuillez Le supplier de m'aider à travailler toujours à sa gloire, et ensuite, advienne que pourra ; plus il y aura de travaux, plus il y aura de profits. En tout cas, déchirez cette lettre.
C'est une très grande joie pour moi de vous savoir en bonne santé. Mais je désire que vous ne restiez pas là où vous êtes durant ces chaleurs. Oh! comme mon âme se sent chaque jour plus isolée d'être si loin de Votre Paternité! Sans doute, il lui semble toujours être près du Père Joseph* \ et avec cela, elle passe la vie sans goûter de 1. Notre-Seigneur.
contentement du côté de la terre, et dans un tourment continuel. Pour vous, vous ne devez plus vivre sur la terre, tant le Seigneur vous a donné d'occasions de vous en détacher et procuré de moyens de mener une vie toute céleste. En vérité, plus je songe à cette tourmente et aux moyens dont le Seigneur a voulu se servir pour y mettre un terme, plus je suis stupéfaite; supposé qu'il daignât corriger quelque peu ces Pères andalous, j'aurais un bonheur tout particulier que ce ne fût pas par votre intermédiaire; ce n'est point à vous qu'il convient d'user de rigueur à leur égard, quand vous avez triomphé de tous les obstacles. Tel a toujours été mon désir.
J'ai beaucoup apprécié ce que me dit le Père Nicolas sur ce point, aussi, je vous envoie sa lettre. Toutes les sœurs de Saint-Joseph se recommandent instamment à vos prières. Elles sont très sensibles à la pensée de mon départ. Je vous aviserai de tout. Par charité, recommandez cela à Notre-Seigneur. Vous vous souvenez des murmures soulevés au sujet de mes voyages, et vous en connaissez les auteurs. Voyez quelle vie est la mienne Í Mais tout cela importe peu.
J'ai écrit au Père vicaire pour lui montrer quels inconvénients il y aurait à me nommer prieure, car je ne puis suivre les exercices de la Communauté. Pour le reste, je n'ai aucune peine; j'irais jusqu'au bout du monde, si l'obéissance l'exigeait. Et même, plus il y aurait de travaux, plus, ce me semble, je Gérais heureuse d'accomplir au moins quelque petite chose pour ce grand Dieu envers qui j'ai tant d'obligations : on le sert mieux quand on agit seulement par obéissance. Il me suffirait de savoir que je fais plaisir à mon Paul pour tout entreprendre avec joie. Je pourrais lui dire sur ce point plusieurs particularités qui lui seraient très agréables, mais je crains
d'en parler dans une lettre, surtout quand il s'agit des choses de l'àme.
Pour que vous puissiez rire un peu, je vous envoie ces strophes que m'ont transmises les sœurs de l'Incarnation. L'état de cette maison est, sans doute, plutôt de nature à attrister qu'à réjouir; mais les pauvres sœurs cherchent à dissiper leurs chagrins. Mon départ d' Avila leur causera autant de peine qu'un événement malheureux. Elles espèrent toujours, comme moi d'ailleurs, que leurs affaires s'arrangeront.
Les sœurs de Valladolid ont donné de très bon cœur les deux cents ducats. La prieure était animée de la même charité; au besoin, elle les aurait cherchés; elle m'a expédié la lettre de quittance de quatre cents ducats. Je lui en sais d'autant plus de gré qu'elle aime à amasser pour son monastère. Mais aussi, quelle lettre je lui ai écrite ! [Madame dona Jeanne m'a fait rire, quand j'ai vu comme elle la connaissait bien; elle n'a pas laissé de m'étonner lorsqu'elle m'a dit qu'elle la redoutait un peu et qu'elle voulait lui remettre l'argent sans lui exposer sa gêne]. Cependant, je vous l'assure, j'ai toujours trouvé la prieure bien disposée pour tout ce qui concerne la sœur Marie de Saint-Joseph; c'est là une preuve de l'amour qu'elle vous porte. Que Dieu vous garde, mon Père ! Amen, Amen.
Veuillez présenter mes respects au Père recteur; offrezles, en outre, au Père qui m'écrivit l'autre jour.
C'était hier le dernier jour des fêtes de la Pentecôte. La mienne n'est pas encore venue.
L'indigne servante de Votre Paternité,
Thérèse de Jésus.
LETTRE GGLXV.
1579. 18 Juin. Avila.
a la mère anne de l'incarnation, prieure a salamanque.
Prochain départ pour Valladolid et Salamanque. Isabelle de Jésus. André de Ximène.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit avec Votre Révérence !
Aujourd'hui, solennité de la Fête-Dieu, le Père vicaire, Ange de Salasar, m'a envoyé la lettre ci-incluse pour Votre Révérence, et un ordre formel de me rendre à votre monastère. Plaise à Dieu que ce ne soit pas là un tour d'adresse de Votre Révérence ! Cet ordre, en effet, m'a été donné, dit-on, à la prière de Monsieur don Louis Manrique. J'avoue que, si je puis contribuer tant soit peu à vous procurer du repos, j'y suis toute disposée ; je voudrais même que ce fut immédiatement. Mais le Père vicaire me commande d'aller d'abord à Valladolid. Sans doute, il n'a pu se dispenser de prendre cette mesure ; en tout cas, je n'y suis pour rien; j'ai même fait tout bonnement mon possible, soit dit entre nous, pour éviter ce voyage, qui ne me paraissait pas nécessaire en ce moment. Toutefois, celui qui tient la place de Dieu voit mieux que moi ce qui convient.
Sa Paternité me prescrit de rester peu de temps à Val-
LETTRE CCIA'V. 4579. 18 JUIN 363
ladolid ; mais si peu que ce soit, il me faudra bien y rester le mois prochain, et plaise a Dieu que cela suffise ! Le retard ne sera pas, je crois, de grande conséquence pour votre affaire. Veuillez, néanmoins, garder le secret de tout cela vis-à-vis de Pierre de la Valida1; car il viendrait immédiatement nous accabler avec ses arrangements, et le mieux pour nous est de n'en accepter aucun.
S'il se présente quelque chose de nouveau, vous pouvez me l'écrire à Valladolid. Vos lettres ne sont pas venues, et le père de l'étudiant cherche son fils partout. N'ayez aucune peine de mon voyage; je vais me trouver près de l'endroit où est le Père Balthasar Alvarez. On m'a annoncé que l'évéque de Salamanque va mieux, et j'en suis très heureuse.
Dites à la sœur Isabelle de Jésus 2 que je suis très chagrinée de la savoir malade. J'ai mandé à la Mère prieure de Ségovie de prévenir Monsieur André de Ximène3 qu'il arrive promptement, s'il veut me parler; je ne sais quel parti il prendra. Le Père vicaire m'écrit pour m'autoriser à régler cette affaire. Je désire que ce monsieur ne manque pas de venir; et, avec l'aide de Dieu, nous ne nous brouillerons pas; je ne demande qu'à lui donner satisfaction et à le contenter.