A ROCH DE HUERTA, MADRID
Regret de n'avoir pas vu Marie de Montoya. Joie des bonnes nouvelles qui arrivent de Rome.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit toujours avec vous! Amen.
J'ai reçu votre lettre, et j'ai éprouvé une grande joie en apprenant les bonnes nouvelles que vous m'y donnez de la réponse favorable du Roi. Plaise à Dieu de nous le garder de longues années, ainsi que les quatre messieurs qu'il a nommés assesseurs !
Je vous dirai qu'à l'arrivée de votre lettre où vous m'annonciez la présence à Valladolid de doña Marie de Montoya, cette dame était déjà partie pour Madrid. J'ai beaucoup regretté de n'avoir pas été avisée plus tôt ; car j'aurais bien voulu la voir.
[Veuillez me dire ce qu'est devenue la quittance; j'en suis préoccupée. Plaise à Notre-Seigneur que tout marche aussi parfaitement que vous le souhaitez] !
Le porteur de la lettre m'a procuré une vive consolation en me donnant des nouvelles de nos voyageurs, au sujet desquels j'étais très inquiète. Réni soit Dieu qui les a pré-
1. Cette lettre contient un fragment traduit pour la première fois en français.
servés de tant de périls et leur donne maintenant asile dans un bon port ! Quoique le Père Nicolas me tienne au courant des affaires, je suis contente, sachez-le, que vous le fassiez de votre côté ; ce qui cause tant de joie, ne lasse jamais, si souvent qu'on en entende parler. Plaise à Notre- Seigneur de nous montrer au plus tôt la fin tant désirée de nos épreuves, et de vous donner sa sainte grâce!
C'est le 26 juillet.
Votre servante,
Thérèse de Jésus.
LETTRE GGLXXVII1.
1579. 27 Juillet. Valladolid.
A DON LAURENT DE CÉPÉDA, SON FRÈRE, A AVILA
Achat d'un beau calice. Patience dans les croix. Heureuses nouvelles de Séville et de Rome.
JÉSUS
Que la grâce du Saint-Esprit soit avec vous !
Ce parent m'a bien fatiguée en venant me voir. Voilà la vie. Nous autres, qui avons tant de raisons d'être séparées du monde, nous devons encore avoir des égards pour lui. Ne soyez pas étonné qu'après tout le temps que j'ai passé dans cette maison, je n'aie pu parler aux sœurs en particulier ; quelques-unes, cependant, le désiraient vivement ; mais le temps m'a manqué.
Avec la grâce de Dieu, je partirai jeudi, sans faute. Je 1. Cette lettre contient un fragment nouveau.
vous laisserai un petit mot d'écrit, si court qu'il soit, pour que celui qui d'ordinaire vous aporte l'argent porte également ma lettre.
Il y a trois mille réaux de prêts, m'a-t-on dit ; j'ai été contente de cette nouvelle. Vous aurez, en outre, un très beau calice ; je ne crois pas nécessaire qu'il soit plus riche ; il pèse douze ducats et un réal, ce me semble. La façon est de quarante réaux; cela fait en tout seize ducats, moins trois réaux. Il est tout entier en argent. Vous en serez content, j'en suis persuadée. Les sœurs de ce monastère m'en ont montré un qui est de ce métal dont vous me parlez. Il ne sert que depuis peu, et bien qu'il soit doré, on voit déjà ce qu'il vaut : il est tout noir à l'intérieur du pied; cela vous dégoûte. J'ai aussitôt pris le parti de ne pas en acheter un semblable. Dès lors que vous prenez vos repas dans de la vaisselle d'argent, vous ne pouviez convenablement chercher pour Dieu un autre métal. Je ne comptais pas en trouver un à si bon marché et d'une si belle grandeur. Mais cette prieure est une femme entendue; elle s'est aidée d'un ami et a acheté le calice comme pour ce monastère. Elle se recommande instamment à vos prières ; et parce que je vous écris, elle se dispense elle-même de le faire. Il y a de quoi louer Dieu quand on voit comment elle gouverne le monastère, et quel talent elle possède !
Je me porte comme à Avila, et même un peu mieux. Quant à celui dont vous me parlez, il est préférable de faire en sorte que personne de l'entourage ne le voie, et que sa mélancolie (car ce n'est pas autre chose) se dirige de ce côté, et non sur un autre qui serait plus pénible. J'ai été heureuse qu' Avila1 ne fût pas mort. Enfin, dès lors
1. Probablement Julien d' Avila, chapelain du monastère de Saint- Joseph.
que ses intentions sont très droites, Dieu lui a accordé la grâce de tomber malade dans un endroit où il a été parfaitement soigné.
Je ne m'étonne pas de votre mécontentement. Ce qui me surprend, c'est qu'avec un tel désir de glorifier Dieu, une croix si légère vous paraisse si pesante. Vous me répondez que vous ne la voudriez pas, afin de pouvoir servir davantage Sa Majesté. Oh ! mon frère, comme nous nous connaissons mail tout cela n'est qu'un peu d'amourpropre. [Ne vous étonnez point des caprices de François1; c'est son âge qui en est cause]. Mais y aurait-il à cela un autre motif, ne vous imaginez pas que tout le monde soit exact, comme vous l'êtes, à remplir ses devoirs. Bénissons Dieu de ce qu'il n'ait pas d'autres défauts !
Je resterai à Médina trois ou quatre jours au plus, et à Albe à peine huit. En outre, il m'en faudra deux pour aller de Médina à Albe, d'où je me rendrai aussitôt à Salamanque.
Par la lettre ci-incluse que j'ai reçue de Séville, vous verrez comment on a réélu la prieure2, ce qui a été pour moi une grande joie. Dans le cas où vous voudriez lui écrire, envoyez-moi votre lettre à Salamanque. Je lui ai recommandé de vous payer peu à peu, à cause du besoin d'argent où vous êtes; je veillerai à cette affaire.
Le Père Jean de Jésus est déjà arrivé à Rome. Nos affaires vont bien et s'achèveront promptement. Le chanoine Montoya3, qui s'en occupait, est revenu, et a porté le