A LA PRIEURE ET AUX CARMÉLITES DE SÉVILLE
Vœux pour les nouvelles professes et postulantes. Félicitations pour l'élection de la prieure. Conseils aux sœurs Béatrix et Marguerite.
JÉSUS î
Que la grâce du Saint-Esprit soit avec vos Charités, mes sœurs et mes filles î
Vos lettres m'ont grandement consolée, et je souhaiterais répondre longuement à chacune d'entre vous en particulier. Mais le temps me manque, tant je suis occupée. Veuillez donc m'excuser et agréer mon bon désir. Ce me serait une joie très vive de connaître les sœurs qui viennent de faire profession et celles qui sont entrées récemment. Que les premières goûtent le bonheur d'être les épouses d'un si grand Roi. Plaise à Sa Majesté de les rendre telles que je le souhaite et que je le Lui demande ! Qu'EUe leur donne le bonheur de jouir de sa vue dans cette éternité qui n'a pas de fin !
La sœur Hiéronyme se signe fumier. Dieu veuille que cette humilité ne soit pas seulement en paroles! J'annonce à la sœur Gabrielle que j'ai reçu le Saint-Paul ; il est très joli. J'en suis d'autant plus contente que ce Saint était petit comme elle. J'espère de la grâce d'en haut qu'elle grandira en perfection. A la vérité, le Seigneur veut, ce 1. Un fragment de cette lettre est traduit pour la première fois.
LETTRE CCXCI. 1580. JANVIER 425
semble, vous rendre meilleures que les sœurs de Gastille, dès lors qu'il vous a envoyé de telles épreuves ; veillez, toutefois, à n'en point perdre le mérite par votre faute. Que Sa Majesté soit bénie de tout, puisque vous avez si bien rencontré dans l'élection que vous venez de faire. Ce choix m'a causé une grande consolation. Gomme l'expérience nous l'a montré dans ce pays, Dieu assiste d'une manière spéciale les sœurs qu'il désigne pour premières supérieures d'une fondation, et les anime d'un zèle plus ardent pour le bien du monastère et de leurs filles que celles qui leur succèdent. [Voilà pourquoi elles réussissent à porter les âmes dans la voie de la perfection]. Il ne faudrait donc pas, à moins de faute notable, changer ces prieures; il y aurait à cela plus d'inconvénients que vous ne sauriez l'imaginer. Daigne le Seigneur vous éclairer et vous aider à accomplir en tout sa volonté ! Amen.
Je demande à la sœur Béatrix de la Mère de Dieu et à la sœur Marguerite, comme j'en ai conjuré précédemment les autres sœurs, de ne plus parler du passé, si ce n'est avec Notre-Seigneur, ou avec le confesseur. Elles ont été dans l'erreur en manquant de cette simplicité et de cette charité auxquelles Dieu nous oblige ; mais elles veilleront à agir maintenant avec droiture et franchise. Elles auront soin, en outre, de donner satisfaction à qui de droit; sans cela, elles ne goûteraient point la paix, et le démon ne cesserait de continuer à les séduire. Pourvu qu'elles contentent Notre-Seigneur, il n'y a plus à se préoccuper du passé; le démon était plein de rage et voulait arrêter les progrès de ces saints débuts. Ce qui doit nous étonner, c'est qu'il n'ait pas fait plus de mal partout.
Dieu permet souvent une chute pour nous tenir ensuite dans une plus profonde humilité. Que l'àme se relève avec droiture et connaissance d'elle-même, et elle réalise de
plus beaux progrès dans le service de Notre-Seigneur, comme nous le démontre l'histoire d'un grand nombre de saints. Aussi, mes filles, puisque vous êtes les enfants de la Vierge et que vous êtes sœurs, tâchez de vous aimer beaucoup les unes les autres et ne songez pas plus au passé que s'il n'avait jamais existé. Je m'adresse à toutes.
J'ai eu un soin spécial de prier Dieu pour celles qui me croient fâchée contre elles. Mais ce qui m'a vraiment peinée, c'est qu'elles ne se conformaient pas à mes conseils ; mon chagrin serait plus vif encore, si elles continuaient. Je les supplie donc d'obéir pour l'amour de Notre-Seigneur. J'ai eu bien présente à l'esprit ma chère sœur Jeanne de la Croix ; cette épreuve lui aura servi, je le pense, à augmenter toujours ses mérites; comme elle a pris le nom de la Croix, la croix a été en grande partie pour elle. Qu'elle veuille me recommander à Notre-Seigneur I Elle peut m'en croire, dès lors que Dieu nous a toutes éprouvées, ce n'est ni à cause de ses péchés, ni à cause des miens, qui sont bien plus grands. Je demande à vos Charités de ne point m'oublier dans vos prières ; vous me le devez beaucoup plus que les sœurs de ce pays. Daigne Notre-Seigneur vous rendre aussi saintes que je le désire ! Amen.
De vos Charités la servante,
Thérèse de Jésus, Carmélite.
LEITRE CCXCII. 1580. 13 JANVIER
LETTRE CCXCII.
1580. 13 Janvier. Malagon.