II
Vous pouvez saris crainte parler de votre oraison à Monsieur Garcia Alvarez; elle n'est pas telle, qu'elle donne prise à la critique ; je donne le même conseil aux autres sœurs qui suivent cette voie. Il paraîtrait étrange d'agir autrement, quand surtout notre Père Visiteur l'a ainsi prescrit; présentez tous mes respects au confesseur.
Oh! comme je voudrais envoyer mon petit livre au saint prieur de Notre-Dame des Grottes î II me l'a demandé. Et j'ai de si grandes obligations envers lui, que je voudrais lui procurer cette satisfaction. Je crois même que Monsieur Garcia Alvarez le lirait avec profit; il y verrait notre manière de vivre et comprendrait mieux notre genre d'oraison. Que n'ai-je ce petit livre? je l'enverrais à ce saint prieur, puisque nous ne pouvons lui montrer notre reconnaissance pour tout son dévoûment qu'en répondant à son désir; peut-être cela se réalisera-t-il un jour.
J'ai été tellement occupée aujourd'hui que je ne puis m'entretenir plus longuement avec vous.
[Je vous ai déjà écrit que votre paquet m'a été remis par le muletier, mais qu'il n'était pas arrivé en bon état. Ce n'est déjà plus le temps de faire de tels envois, à cause de la chaleur. Ne m'expédiez rien , si ce n'est de l'eau de fleur d'orange, car la fiole où était la nôtre s'est brisée. Je vous demande, en outre, un peu de fleur d'oranger; je la voudrais sèche, sur sa tige, le tout confit dans le sucre ; je vous paierai ce que vous aurez dépensé. Si vous n'en trouviez pas, vous m'enverriez des bonbons. Mais coûte que coûte, procurez-moi des fleurs d'oranger sur leur tige, alors même que ce ne serait qu'une petite quantité].
Je vous ai déjà dit qu'une de nos sœurs s'en était allée au ciel, que nous avions eu à souffrir beaucoup et que j'avais eu une grande joie de l'entrée au noviciat de Mon-
LETTKE CLXIX. 1577. 9 AVRIL 83
sieur Nicolas'. J'apprécie voire sollicitude à secourir nos so'ius de Paterna; elles viennent de m'écrire pour me raconter vos largesses. Croyez-le, c'est une providence de Dieu que nous ayons à Se ville une prieure qui soit charitable et entendue comme vous, et qui fasse du bien à tous. J'espère que ces belles qualités grandiront encore en vous.
Je crains de ne pouvoir écrire aujourd'hui au Père prieur de Notre-Dame des Crottes. Mais ce sera un autre jour; ne lui dites rien de cette lettre. Je me recommande à toutes les sœurs, et surtout à ma sœur Gabrielle, à qui je voudrais tant écrire. Oh! comme je souhaite voir enfin cette dame veuve entrée au monastère, et engagée par les vœux! Plaise à Dieu d'exaucer ce désir et de gàrider Votre Révérence à mon affection ! Amen. Je vous remets une lettre de doña Louise.
C'est aujourd'hui la dernière fête de Pâques-.
L'indigne servante de Votre Révérence,
Thérèse de Jésus.
[Je vous annonce qu'on a renvoyé de la Compagnie de Jésus le frère de la sœur Saint-François3, ce qui m'a causé «lu chagrin. Je n'ai pas osé l'annoncer à cette pauvre sœur pour lui épargner de la peine. Mais peut-être est-il mieux que nous lui disions nous-mêmes. Par le papier ci-inclus d'un de vos amis qui est à Salamanque, vous verrez que j'ai tenu à me renseigner sûrement près des Pères de la Compagnie. Je vous envoie encore ce que m'écrit la prieure de Salamanque. Une chose me console, c'est que ce pauvre religieux ait déjà trouvé de quoi vivre. Il sera peut-être
1. Le P. Nicolas Doria prit l'habit de la Réforme à Séville le jour de l'Annonciation, le 25 mars 1577.