‹ Lettres turquesChapitre 14 sur 23 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

ROSALIDE A FaTIME.

N jeune Officier fut présenté l'autre jour, par un de ses amis, chez une Dame oh il joua. Après le jeu, il y soupa, et après le souper, il s'étendit dans un sopha, d'oîi avec empressement, et de Tair d'un homme qui n'est pas accoutumé à être refusé, il offrit à cette Dame tous les services d'un tendre Cavalier. Jugeant l'affaire assez entamée^ il se lève , il se chauffe le dos à une cheminée^ et demande légèrement à un gros homme vêtu de noir, qui s'étoit écarté pour lui faire place : « Monsieur, quoique je ne déplaise pas dans cette maison ^ j'y suis tout nouveau, j'y entre pour la première fois. La

Maîtresse est jolie. Faites-moi le plaisir de me parler. A-t-elle quelqu'un sur son compte?

J'ai dessein de m'y mettre. Est-elle Veuve?— Non, lui dit-on. — Ahl elle est mariée, continua cet étourdi. Oh est donc son benêt de mari ? — Le voici » , lui répondit le gros homme, en marquant cette annonce d'une profonde révérence.

Dans ce pays-ci, une Femme du bel air anéantit, pour ainsi dire^ son mari, il n'en est point fait mention. Rarement fréquente-t-il dans son appartement; et si par un grand hasard on l'en voyoit sortir, on le prendroit, le plus souvent^ plutôt pour un Créancier qui vient de faire arrêter ses comptes que pour le Maître du Logis. Adieu, ma sœur, ainsi soit un jour oti tu es !

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