LETTRE IV
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LUS je réfléchis dans ce pays, plus je me persuade qu'il en est des mœurs comme des visages. Elles sont ditférenciées, mais elles se rapprochent toutes dans le fond parmi toutes les Nations. Les Turcs ont trois sortes de Femmes: les légitimes, celles qu'ils vont chercher au Kebin et les esclaves.
Les gens de condition en France en ont aussi communément de trois sortes. Premièrement, celle avec qui ils sont véritablement mariés, et qui leur est véritablement la plus inditférenie.
P^nsuitc, ils s'attachent a quelque Femme
à la mode, c'est-à-dire répandue dans le grand monde, afin qu'on se persuade, s'ils s'en font aimer, qu'il faut bien qu'ils ayent du mérite, puisqu'ils plaisent à une personne qui passe pour s'y connoître^ et qui n'a jamais eu que des aventures illustres.
Et en troisième, ils ont quelque Actrice, dont ils ne sont pas précisément amoureux, mais bien de la vie qu'ils mènent chez elle. C'est-là où ils sont dans leur naturel, sans soins et sans façon. Ils y reçoivent leurs amis, ils y soupent, ils tiennent longue table; leur Maîtresse y est aussi stable qu'eux , cela les enchante.
Ce que je dis, ma chère Fatime, de la manière d'aimer dans ce pays-ci, n'est pas cependant sans exception. Il y a des amans, mais ils sont rares, dont le cœur délicat s'est assorti par une ressemblance d'humeur, de vertus, de mérite et de naissance. Eloignés de tous airs avantageux, ils reçoivent comme une grâce les faveurs qu'on leur accorde. Leur sensibilité aux distinctions qu'on leur marque s'augmente par l'estime qu'ils ont pour ce qu'ils aiment, et par l'idée de soumission qu'ils se sont fait à ses volontés.
Je t'envoye une Lettre d'un de ces Amans, que j'ai trouvée par un hasard qu'il est inutile de te détailler.