SCENE IV
VERGOR
C’est compris, cher mentor:
Le reste importe peu. Qu’est-c que la patrie? La terre du berceau, les autels où l'on prie, Un sol dont les enfants sont morts en l’embrassant Et qu’ils ont arrosé de larmes et de sang. * C’est se donner beaucoup de mal pour peu de chose. Ah! qu’ils s’égorgent donc! Mais, moi, je me repose. Un lieu m'est aussi cher qu’un autre: je jouis Sous un Georges aussi bien que sous un Louis. Que m'importe l’amour! cette inconstante flamme, Premier rayon d’avril, qui fait fondre notre âme A ton sourire, Ô femme! et qui demain au cœur Ne laisse qu’un sanglot d’un rêve de bonheur!... Mais l'or, lui, je le sens, je le palpe et l’admire. Ah! combien il reluit! en ses feux, je me mire. L'or, comme il est réel! c’est mon tout, c’est mon
[dien!
Tiens! Vaudreuil, Bougainville avancent vers ce lieu. T' faut changer de ton.
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e SCENE V LE MÊME, VAUDREUIL, DE BOUGAINVILLE.
VAUDREUIL
Bonsoir! quelles nouvelles?
VERGOR
Tout est tranquille, ici.
VAUDREUIL
Passant près des tourelles On m’a fait remarquer sur l’eau des feux mouvants.
VERGOR
Les Anglais font ce jeu: le soir, selon les vents, On les voit on monter ou, comme ça, descendre, Sans débarquer au nord.
VAUDREUIL
Mais il faut les attendre.
Ce point me paraît faible et bien peu défendu.
DE BOUGAINVILLE Qui pourrait y monter? Voyez s’il est ardu.
VERGOR
Le général m’a dit qu’il faudrait des échelles Pour atteindre jusqu’à ces hauteurs.
DE BOUGAINVILLE (sourian!) Ou des ailes.
VAUDREUIL
Qui sait? Le régiment de Guienne, selon
Les ordres, devrait être à l’anse du Foulon,
Et je ne le vois pas. Et les hommes d'élite
Du fier Repentigny n’occupent plus ce site
Qu'ils défendaient hier. (A de Bougainville) [Avez-vous fait savoir
Au poste qu’un convoi de vivres n’a, ce soir,
Pu nous être envoyé?
DE BOUGAIN VILLE Vergor, je vous en charge.
VAUDREUIL * Mais à cet officier vous faites la part large. VERGOR Heureux de vous servir ainsi que mon pays.
VAUDREU 2
Bien! d’hommés comme vous et par le roi choisis Dépend notre avenir.
DE BOUGAINVILLE
Montcalm ne fortifie Que le camp de Beauport.
eu VAUDREUIL
Il faut qu’on se défie De débarquements faits en ces directions:
On veut nous couper, je crois, nos provisions. Etre battu, c’est là le malheur ordinaire Au faible; être surpris, c’est, pour le militaire, Comble de l’infortune.
DE BOUGAINVILLE
Ah! lon fait tout le temps La guerre à l’œil, Montcalm m’éerit hier: “ J'attends Les Anglais à toute heure et je dors sous les armes.”
VAUDREUIL
Noble exemple pour tous! que les fausses alarmes Sachent vous préparer au moment sérieux.
Wolfe a bien tâtonné, mais s’il frappe, messieurs,
Je crains bien que ce coup soit un coup de tonnerre. Cependant si Lévis en haut, comme j'espère,
Tient aussi bien que nous, nous verrons les efforts De nos envahisseurs échouer; jusqu’alors Rappelez-vous toujours que de la colonie
Le salut est dans vos mains. Bonsoir!