SCENE VIII LÉVIS
Ah! quel coup! quelle pensée assiège Mon âme! je ne puis tout dire devant eux.
Je rétiens mes sanglots, ces pleurs qui dans mes yeux Trahissent ma colère et tout ce qui m’indigne Contre ceux que mon cœur si hautement désigne. Votre œuvre inique va bientôt se consommer, Vous qui l’avez voulu. Devrais-je vous nommer? Mais j’essuyais, à peine un an, vos moqueries, Quand Bougainville et moi, de nos âmes aigries Vous laissaient voir la plaie et le dernier espoir! Crainte de nous aider: refus de recevoir.
Trop peu de millions pour Thérèse et l’Autrichel Pour le Canada seul, on voulut être chiche.
Ah! dans de pareils temps ne pas avoir un roi! Les grands hommes toujours, font les grands peu-
[ples. Quoi!
*Pourrait-il nous sauver, lui que perd une femme? 11 lui faudrait un cœur que l’honneur seul enflamme. Il est mort au passé, bien mort à l’avenir.... Comment, toi, courtisane, oses-tu donc venir A lui, franchir le seuil du temple de nos gloires, Sans craindre d’éveiller là nos vieilles victoires! La Pompadour en viole la majesté, Insulte à ce qui fut des siècles respecté.
Et le ciel souffre tout! l’ange de la patrie, De son épée en feu, ne l’a donc pas meurtriel Il te souffre, Voltaire aussi, vil insulteur De Dieu, de la patrie. Ah! ton verbe menteur
Qu'on sème aux quatre vents et ton rire qui glace “Ont trop bien secondé ton infernale audace!
Ils éteignent chez nous le foyer de la foi,
Dont la flamme embrasait ce monde trop étroit,
Le foyer où toujours s’allume l’héroïsme,
Où l’âme prend, ainsi qu’un rayon dans un prisme, Tout cet éclat qui met une auréole au front!
Dites: qui répondra pour l'éternel affront
Qui nous est infligé? Vous trois, mauvais génies! Que vos mémoires soient dans tous les temps honnies! Qu'on ne prononce ici vos exécrables noms
Qu’avec toute l'horreur qui donne des frissons,
Et qu’ils. soient, Ô mon Dieu, toujours à notre bouche Ce qu’est une vipère à la main qui lu touche!
(IT lombe épuisé sur un siège.)