‹ Lévis, ou, Abandon de la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 7 sur 70 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

(Les colons de Montréal)

DUVAL Modérez-vous, Viger, Ou vous nous perdrez tous.

VIGER Je suis un étranger En pareille demeure et ne sais quel ton prendre.

DUVAL

Ce ton, nos maux affreux auraient dû vous l’ap- [prendre:

Avez-vous oublié qui, pour nous, sous ces murs,

Représente le Roi, que ses arrêts si durs

Portent la pauvreté, peut-être la famine?

Pensez à ce pays qu’un autre Verrès mine,

Pensez à vos enfants qui demandent du pain.

VIGER

Ah! oui, pensons à ceux qui souffrent de la faim, A notre cher pays semblable à la tourelle

Où pour ne pas mourir sur la pierre cruelle

Un père affamé n’eut que la chair de ses fils!

DELORIMIER

Terrible Ubaldino! ce qu’à Pise tu fis,

Sur cette terre vierge, un Bigot peut le faire. A t'aider, Canada, trop longtemps l’on diffère! Tu t’épuises en-vain contre tes ennemis.

Effrayé, j’aperçois tes prétendus amis,

Jusqu’en ton agonie, acharnés à ta perte.

Pour ces traîtres, hélas! tu n°es que proie offerte, Sanglante, riche encore; à leur avidité.

‘La meute dévorante est de chaque côté

Qui te suit, haletante «: la paupière fauve:

Que ferons-nous?

“6 DUVAL Que Dieu seul encore le sauve!

DELORIMIER

Comme il sut le sauver, lorsque Phipps vint ici,

Et comme à Carillon, comme à Montmorency!

VIGER

Bien dit! Pour triompher de ce mal qui nous mine, Amis, il nous faudrait l’assistance divine.

La guerre n’a, cessé, monstre avide de sang,

De faucher le vieillard avec l’adolescent. :

Faute de bras, les champs sont restés sans culture. Cet automne, où trouver pour tous la nourriture? Qui la doit aux soldats, ainsi qu’aux habitants, Achète pour revendre à prix exhorbitants.

La faible ration chaque jour diminue:

Et que deviendrons-nous si ce temps continne? Nous voilà bien réduits à manger du cheval.

Qu’attendre d’un régime inique et si vénal?

EN Ven

DUVAL

Toutes sortes d'impôts, les plus dures corvées Nous sont depuis longtemps tour à tour réservées. Sous chaque nouveau joug, il faut plier le dos:

Le peuple est écrasé sous tant de lourds fardeaux. Et, contre ce torrent d’abus qui vers l’abîme Emporte tout un peuple héroïque, sublime,

Où trouver le salut de la patrie en deuil?

C’est une main de fer qu’il faudrait, et Vaudreuil. . ?

VIGER

Il est honnête, bon, mais quand se réfugie . Le crime en son repaire, il n’a pas l’énergie Qui le traque partout ou qui meurt en luttant.

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