‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 86 sur 129 · II. — Uéducation biblique · texte numérisé non relu

II. — Uéducation biblique

En Judée, comme ailleurs, l'éducation a commencé par être purement spontanée; ce fut ou ce dut être d'abord celle du clan, puis celle de la famille. C'est cette dernière seulement, l'éducation domestique, qu'aujourd'hui il nous est possible d'étudier. Cette période familiale a duré jusqu'à la destruction du premier temple, environ 588 ans av. J.-C. ; l'autre s'est développée à partir d'Ezra jusqu'à la rédaction définitive du Talmud, de 458 av. J.-C. à Tannée oOO de l'ère chrétienne (3). Pendant une période intermédiaire, il semble que tout souci d'instruction pour les enfants ait été abandonné: « Le père, qui

(1) Munck. Palestine. 424.

(2) Rois. VII. 23. — H. Chroniques. IV. 2).

(3) Jos. Simon. Instruction des enfants chez les anciens Juifs, 9.

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autrefois était préposé à Téducation de son fils, s*en désintéressait, comme d'une terre inculte, le laissant sans aucune espèce d'instruction^ les orphelins étaient encore plus à plaindre ; personne ne songeait à eux » (t).

Sur la période pédagogique, de genre familial, nous sommes assez bien renseignés. Nous savons que les mères juives, excepté dans les familles princières, nourrissaient elles-mêmes leurs enfants (2) jusqu'à Tàge de deux ou trois ans; ce qui, dans tout le genre humain, semble être la durée ordinaire et primitive de Tallaitement. Un festin célébrait ordinairement le sevrage (3). Suivant Tuniverselle coutume encore, les enfants, durant le premier âge, étaient élevés par leur mère; il n'y avait de gouvernantes que dans la maison des riches (i). Mais, avant tout, et, dès le huitième jour après la naissance, on procédait à la circoncision des enfants mâles. Isaac, nous dit la Bible, fut circoncis, le huitième jour, comme Dieu l'avait ordonné (3). Bien des travaux plein d'érudition, ont été composés pour déterminer le sens mystique de la circoncision. Nous avons trouvé cette coutume en usage dans tout le monde égyptien ((>), où, quoi qu'on en ait dit, elle devait avoir un autre molif que le souci de la propreté, puisqu'on y joignait (Slrabon) l'excision pour les filles (7). L'opinion la plus vraisemblable est, je crois, celle que j'ai proposée (8;. Elle consiste à considérer la circoncision, comme le symbole du traitement infligé aux vaincus dans le monde égyptien, comme le schéma de la

(i) Talmuilde Babylonc \ Baba Balhra, 210. (J. Simon. JLoc n7. 289).

(2) II. Rois. XI. 2.

(3) Genèse, XXI. 8.

(4) II. Samuel, IV. 4.

(5) Genèse, XXI. 4.

(6) Hérodote. II. CIV.

(7) Strabon..Liv. XVII. Cliap. II, :».

(8) Ch. Letourneau. (Bull. Soc. d'Authr. 1893), page 208.

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phallolomie. La loi mosaïque voulait primitivement que le premier-né fût offert au Seigneur, c'est-à-dire sacrifié en son honneur ; la circoncision symbolisait ce sacrifice et l'éludait en offrant seulement la partie pour le tout.

Une fois sorti des mains de la mère, le petit garçon juif devenait l'élève de son père. Nous savons que les parents, surtout le père, avaient sur leurs enfants un droit presque absolu; puisqu'ils pouvaient, pour crime d'indocilité, de rébellion, solliciter des anciens l'autorisation de les faire lapider par le peuple. Le texte biblique, constatant ce droit un peu excessif du père de famille, a quelque chose de farouche: « Si un homme a un fils désobéissant et rebelle, n'écoutant ni la voix de son père, ni celle de sa mère, châtié, mais insensible à la correction, alors, le saisissant, son père et sa mère le mèneront aux anciens du bourg et vers la porte de Tendroit: « Celui-ci, diront-ils aux zéqénims, c'est notre fils, désobéissant et rebelle, n'écoutant point notre voix, débauché et ivrogne ». Sur ce, tous les gens du bourg l'écraseront sous les pierres, jusqu'à ce qu'il meure. Ainsi effaceras-tu le mal du milieu de toi. Tout Israël l'apprenant, se tiendra dans la crainte » (1). C'est qu'Israël n'avait pas précisément le cœur tendre ; aussi, quoique durant toute la période dite biblique, l'éducation juive ait été familiale, elle recourait volontiers à la correction ; même le Livre sacré l'ordonne en termes très nets: « Qui épargne la verge hait son fils, — mais qui l'aime se hâte de le châtier » (2), disent les Proverbes, ou encore: « A l'enfant ne ménage pas la correction;— frappe-le du bâton, sans cependant le tuer. Avec le bâton tu le frapperas, mais en le délivrant luimême du Cheol » (3). — En retour les enfants devaient

(1) Deuléronome. XXT, 18-21, (Trad. Ledrain).

(2) Proverbes, Wn.U. (Trad. Ledrain).

(3) /6iW. XXIII. 13-14. (Trad. Ledrain).

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honorer quand môme leur père et leur mère, si du moins ils voulaient vivre longtemps (1).

Maison désirait beaucoup d'enfants; le Malthusianisme était inconnu des Hébreux; à leurs yeux, jamais une famille n'était trop grande ; son accroissement était une récompense d'en haut. Le livre de Job promet an juste une postérité nombreuse, « comme l'herbe de la terre » (2). Les Psaumes parlent dans le même sens : « Voyez; c'est un hérilagc d'Iahveh que les fils — et c'est sa récompense que le fruit du ventre; — comme les flèches dans la main du guerrier, — ainsi les fils de la jeunesse » (3). — « Tu es florissant et chargé de bonheur ! — Ta femme est, comme une vierge abondante en fruits — au dedans de ta maison, — et tes fils, comme des plants d'oliviers — à l'entour de ta table ! » (4).

Quel enseignement les parents donnaient-ils* à ces nombreux enfants; car il n'y avait de gouverneurs et de gouvernantes que dans la classe supérieure? (5). Les gar* çons accompagnaient leur père aux champs, l'aidaient dans ses travaux et faisaient ainsi leur apprentissage lairal (6). Les jeunes filles étaient dressées par leur mère aux occupations d'intérieur; elles apprenaient d'elle à filer la laine, à tisser des étoffes, à confectionner des vêtements, à cuisiner (7). On enseignait en outre aux enfanl^ la musique et la danse, la lecture et l'écriture (8) ; mais le principal objet de l'éducation familiale, celui que hi Bible recommande par dessus tout, c'est l'enseignement

vt) Exode. XX. 12.

(2) Job. V. 23.

(3) Psaumes. CXXVII. 3.

(4) Psaumes. CWWU. 3. (Trad. Ledrain^

(5) Jos. Simon. Loc. cit. 12.

(6) II. Rois. IV. 18.

(7) Exode. XXV. 2:i. — I. Samuel. II. 19. — II. Samuel. XIII. 8. II. nois. IV. 18. — Proverbes. X.XXI. 13, 19.

(8) Jos. Simon. 13.

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religieux; celui du dogme de Tunité de Dieu est même obligatoire : « Écoule, ô Israël ; lahveh, notre Elobim, est Tunique lahveh; aime-le de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces. Ce que je le prescris aujourd'hui, que cela soit sur ton cœur; inculque-le à tes fils et en devise souvent, soit que tu séjournes chez toi ou que tu parcoures le chemin, soit que tu te couches ou que tu te lèves, etc. » (1). Les vieilles légendes naîionales: la sortie d'Egypte, la proclamation de la Loi et les miracles, qui l'accompagnèrent, tout cela doit être appris aux enfants et leur inculquer la* crainte de TEternel (2). Et ces enseignements tenus pour primordiaux, il convient de les donner de très bonne heure « Instruis le jeune enfant à Tentrée de son chemin ; — car, même devenu vieux, il ne déviera pas » (3).

L'enseignement moral se donnait oralement par sentences, allégories, paraboles (4) ; aussi par exhortation. Les Proverbes nous en fournissent des spécimens: « Le commencement de la sagesse, c'est : « Achète sapience, — et par dessus tout acquiers finesse » (5). — « Bois l'eau de ton puits et l'onde de ton réservoir. — Prends ta joie en la femme de ta jeunesse, — biche des amours, gazelle de la grâce. — Qu'en tout temps ses mamelles te donnent largement à boire! ». « Pourquoi donc, ô mon fils, seraistu ravi de l'étrangère et embrasserais-tu le sein de la foraine? » etc. etc. (fi).

Durant toute la période biblique, il n'y eut pas d'écoles en Judée et l'éducation domestique, à la fois pratique et morale, mais principalement religieuse, dut suffire à

(1) Do.utàrnnome. VI. 7, etc. (Ledrain).

(2) Deulérnnome XXXI. 11». — 10-13. (Tr. l.edrain).

(3) Proverbes. XXII. 6.

(4) Proverbes. I. 4, 8. (!)) Proverbes. IV. 4-0.

(6! Proverbes. \.passim. (Tr. Ledrain).

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tout. Il est vraisemblable que la lecture s'enseignait plus ou moins à tout le monde; car il fallait lire la Bible ; mais la chose est plus douteuse pour l'écriture, puisqu'il y avait en Judée des scribes de profession, portant leur écritoire attachée à la ceinture (1) et écrivant tantôt sur des tablettes de bois, tantôt sur des peaux, de la toile, des feuilles de palmier. Cette instruction sommaire suffit à Israël jusqu'à son retour de la captivité. Plus tard commença et se développa l'instruction scolaire, dont'j'ai maintenant à parler, l'instruction dite thalmudique (2).

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