‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 99 sur 129 · III. — Les écoles d'Athènes · texte numérisé non relu

III. — Les écoles d'Athènes

Vers l'âge && sept ans, le petit Athénien entrait à Técole. A Athènes, les écoles étaient bien anciennes. On pense môme que leur établissement remonte au VII^ siècle av. J. Chr. ; mais, jusqu'à Solon, elles ne furent soumises à aucun règlement (3). Nous avons vu, que, môme quand elles devinrent l'objet d'un contrôle, d'une réglementation officielle, les écoles athéniennes n'eurent jamais de programme imposé. Les règlements scolaires étaient de simple police et destinés à faire observer la décence et le bon ordre (4). Les écoles se tenaient toujours dans des édifices privés ; les maîtres étaient indépendants et ne recevaient de TEtat nul salaire ; môme on ne s'assurait de leur capacité par aucun examen spécial. Ouvrait une école qui s'en croyait capable et les pères de famille choisissaient pour leurs enfants celle qui leur agréait le plus (S). Ce régime de liberté dura aussi longtemps qu'Athènes conserva son indépendance. Les chaires officielles, occupées par des maîtres recevant de l'Etat un traitement, n'apparurent à Athènes que sous le règne de l'empereur Hadrien (G). Au beau temps de la République,

(1) Aristote. Politique. L. VII. Ch. XV. 1-9.

(2) Ibid. Ch. XV, 5.

(3) P. Girard. Iiitrod. Loc. cit. 5.

(6) Ibid. 19.

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la liberté d'enseigner devint même absolue, car les anciens règlements, quoique de portée surtout morale, tombèrent en désuétude à partir du IV* siècle avant J. Chr. (1).

Au Ve et IV** siècle, l'éducation athénienne compte trois degrés. On apprend les lettres chez le grammatiste, la musique chez le cithariste et la gymnastique chez le pœdolribe (2). A nous, il peut sembler illogique de faire de la gymnastique le couronnement des études ; mais les Athéniens y avaient sans doute été déterminés par les exigences du service militaire. L'enfant devait entrer à l'école du grammatiste vers l'âge de sept ans. Là on s'occupait d'abord à lui apprendre à lire. On le familiarisait avec le nom des lettres et on lui en montrait la forme ; puis on lui apprenait à épeler. Pour faciliter le travail de l'enfant, on se servait parfois de plaques de terre cuite sur lesquelles on avait tracé des syllabes (3). Par la matière, mais par là seulement, ces syllabaires rappellent la Chaldée. Les mœurs athéniennes rendaient à peu près obligatoire la connaissance de la lecture et celle de la natation. Qui ne savait ni lire, ni nager tombait au dernier rang social (i) et ces deux arts s^apprenaient dès l'enfance.

Après la lecture, l'écriture. Les premiers essais se faisaient sur des tablettes de cire. Le maître y traçait d'abord légèrement les caractères, que Tclève suivait ensuite avec son style, on les creusant (3). La tablette scolaire, enduite de cire, était parfois composée de trois planchettes, unies par leurs extrémités inférieures et se déployant en éven-

(1) P. Girard. Loc, cit. 60.

(2) Platon. Prolagoras,

(3) P. Girard. Loc. cU. 130.

(i) Ibid. 132.

(5. IbicL 100. 133.

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lail (1). Quand ces plaachettes étaient couvertes d'écritures, on en effaçait les caractères avec le plat du style. Parfois, mais sans doute assez tardivement, le papyrus remplaçait les tablettes (2).

L'enseignement des lettres suivait de près celui du syllabaire. Dès que l'enfant savait à peu près lire, on lui faisait lire et apprendre par cœur des fragments poétiques, extraits des meilleurs auteurs. Ces morceaux choisis avaient toujours un caractère moral. C'était des récils d'actions vertueuses ou héroïques, entremêlés de préceptes. Pour graver ces vers dans la mémoire des élèves, le maître les déclamait devant eux, en leur faisant répéter après lui le morceau vers par vers, phrase par phrase (3). De ces recueils poétiques deux surtout étaient en faveur. C'étaient d'abord les préceptes soi-disant formulés jadis par le centaure Chiron, précepteur d'Achille; puis l'anthologie, qu'Hipparque, fils de Pisistrate, avait dispersée sur les Hermès^ le long des roules. — Après ces recueils classiques venaient des fragments de divers poètes mais surtout d'Homère et d'Hésiode (4).

Ces premières études se faisaient à l'école et rien qu'à l'école. Hors de la classe, l'enfant était entièrement libre; on ne lui donnait ni devoirs à écrire, ni leçons à apprendre dans la maison paternelle (5). Toute cette méthode est fort simple ; elle Test môme trop, puisqu'elle s'adresse seulement à la mémoire (6) ; mais pourtant il est probable que le grammatiste joignait au texte quelques réflexions ou commentaires. — Un tel enseignement purement poétique a de quoi nous surprendre ; car

(1) P. Girard. Loc, cit, 106.

(2) Ibid, 134.

(3) Ibid. 139. 144.

(4) Ibid. 151. 154.

(5) Ibid 246.

(6) Ibid. 247.

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notre horizon s'est élargi et notre science s'est compliquée. En outre, au point de vue moral, notre poésie s'est considérablement émancipée. Nous ne possédons pas non plus une collection de vieilles et nobles œuvres, comme celles d'Homère, d'Hésiode, d'Orphée, etc. En Grèce, les premières pensées, même les idées et les systèmes philosophiques avaient d'abord revêtu la forme poétique et constituaient un vrai trésor littéraire, très bien adapté à rintelligence de l'enfant; car ce trésor avait été créé, par des esprits jeunes encore. Dans sa comédie des Grenouilles, Aristophane exprime certainement une opinion courante, quand il fait louer par Eschyle les anciens poètes : « Vois combien, dès la haute antiquité, les poètes aux nobles pensées ont été utiles ! Orphée nous a enseigné les mystères et l'horreur du meurtre ; Musée, la guérison des maladies et les oracles ; Hésiode, les travaux de la terre, les époques où l'on doit moissonner et labourer ; et le divin Homère, ne doit-il pas son immortelle gloire à ses grandes leçons? N'est-ce pas lui, qui enseigna les vertus belliqueuses?» (i). Tout cela nous ressemble bien peu. Par un point encore et des plus importants, nous avons différé d'Athènes. Jamais nos Etats n'ont été jeunes ; puisqu'ils se sont greffés sur l'Empire romain en décadence; aussi une religion puissamment organisée a accaparé l'enseignement moral, en a même fait sa chose et n'a guère permis aux poètes de marcher sur ses brisées. Au contraire le polythéisme des Hellènes a été sobre de prétentions morales et ne s'est jamais proposé pour but de régenter l'éthique ; il a donc laissé le champ libre aux poètes lyriques et héroïques, qui avaient su donner une belle forme aux aspirations élevées de la conscience hellénique.

Ces poésies nationales et pédagogiques étaient tantôt

(!) Aristophane. Les Grenouilles,

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simplement déclamées, tantôt chantées et souvent avec accompagnement de la lyre. C'est même dans ce but que les poètes les avaient composées et de là leur vint le nom de lyriques. L'étude de la musique &e rattachait donc de fort près à celle de la lecture ; mais elle n'était pas dirigée par le même maître, du moins aussi loin que vont nos renseignements, et l'élève fréquentait, simultanément ou successivement, l'école du graminsitiste et celle du cithariste. Il s'agissait, bien entendu, de musique d'accompagnement et le cithariste ne faisait que compléter l'enseignement du grammatiste. Aristophane vante, en critiquant les écoles de son temps, la bonne tenue des anciennes, quand, silencieux et modestes, tous les enfants d'un même quartier s'en allaient en bon ordre, presque nus, malgré la neige, à l'école de musique ; il nous indique môme deux des hymnes que l'on chantait dans cette école : « Chez le maître, les enfants devaient se tenir, les jambes écartées, et on leur apprenait à chanter ou : « La terrible Pallas, qui renverse les cités », ou « Une terrible clameur retentit au loin », dans le ton grave de l'ancienne harmonie. Si quelqu'un se permettait une bouffonnerie ou donnait à sa voix de molles inflexions, comme celle qu'aujourd'hui les disciples de Phrynis prennent tant de peine à moduler, on le traitait en ennemi des Muses, on l'accablait de coups » il). Le maître de musique s'appelait le « cithariste » ; parce que la lyre était l'instrument national, généralement préféré à la flûte, qui empêchait de parlercelui qui en jouait. Aristophane nous montre les élèves se rendant en corps à l'école de musique ; mais les enfants des riches avaient leurs pédagogueSy dont la fonction de Mentor moral consistait à accompagner leurs pupilles aux écoles en leur portantleurs tablettes, leurs livres, leur lyre, et surtout en ayant soin de les garantir des contacts incon-

(1) Aristophane. Les Xuées,

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venants, de leur faire observer la décence, elc. (1). En effet, pour les enfants et les adolescents, il y avait à Athènes toute une morale particulière, qu'Aristophane a résumée en quelques phrases : « Ose donc, jeune homme, t'attacher à moi, qui suis la justice et la raison ; et tu sauras fuir la place publique, l'abstenir de bains, rougir de ce qui est honteux, prendre feu si on raille ta vertu, céder ta place aux plus âgés, honorer tes parents, éviter ce qui est mal. Sois la pudeur même... Ne réponds pas à ton père ; ne le traite pas de radoteur ; ne reproche pas son âge au vieillard qui t'a nourri » (2). Mais un tel idéal ne convient déjà plus à Tenfant; il est fait pour ladolescent ou le très jeune homme, qui a fréquenté non plus l'école élémentaire, mais au moins la palestre. Car, vers l'âge de douze ou quatorze ans, les jeunes garçons quittaient ou négligeaient le grammatiste ou le citharistc pour aller à la palestre faire de la gymnastique sous la direction d'un maître spécial, du pœdotribe (3), qui les dressait à la lulle, à la course, au saut, au jet du disque et du javelot (4), à toute cette gymnastique grecque, que les rabbins juifs trouvaient si blâmable. Comme l'école, la palestre était un établissement privé, portant parfois le noni de son propriétaire ou de son pœdotribe (5). A Athènes, les palestres étaient fort nombreuses; car les Grecs faisaient de la gymnastique un cas extrême; ils y attachaient môme une valeur morale, si du moins Platon exprime l'opinion de ses compatriotes. D'après lui, en effet la gymnastique enseigne le courage et la constance ; ce qu'il faut y chercher surtout, c'est un perfectionne-

Il) P. Girard. Loc, cit, 116. 117.

(2) Aristophane. Les Nuées,

(3) P. Girard. 194.

(4) Ibid. 196.

(5) IbiiL 28.

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ment moral (1). Toute seule, dit-il, la gymnastique peut rendre rude, farouche, mais, d'autre part, la seule éducation intellectuelle risque d'amollir et d'énerver (2). — L'éducation de la palestre durait environ deux années, de quatorze à seize ans, et il est à croire qu'après l'avoir fréquentée, beaucoup de jeunes gens, môme appartenant à des familles aisées, considéraient leur éducation comme terminée. Un certain nombre cependant suivaient encore pendant deux années, les écoles de perfectionnement appelées gymnases.

Les gymnases étaient de vastes espaces clos, avec jardins et bosquets. On y voyait çà et là des autels, des portiques, des fontaines, ordinairement un stade et au moins une palestre (3.'. Parfois môme on y érigeait la statue de quelque vainqueur aux jeux olympiques, isthniiques, etc. Dans certaines cités, notamment à Pellène, on n'admettait au gouvernement de la république que les citoyens ayant passé par ces établissements de gymnastique noble (4). Athènes possédait plusieurs de ces gymnases, dont les plus connus sont l'Académie, le Lycée et le Cynosarge (5). Les gymnases préparaient les jeunes gens de bonne famille, les éphèbes, au service militaire; mais quelques hommes faits les fréquentaient également, pour conserver l'habitude des exercices physiques, peutôtre aussi pour renseignement philosophique, qu'on y trouva surtout à l'époque dite des sophistes, dont j'aurai bientôt à parler.

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