Ranibaud, loc. cit., p
chose. Le sac de Jérusalem par les croisés est à ce titre justement célèbre : dans la mosquée d’Omar, « on versa une si grande quantité de sang humain, dit un chroniqueur, que les mains et les bras, séparés du corps, nageaient dans le temple et portés par le sang, allaient s’unir à d’autres corps ‘ » .
« Dans le temple et dans le portique de Salomon, dit un autre, on marchait dans le sang jusqu’aux genoux du cavalier et jusqu’à la bride du cheval^ » Mœurs chevaleresques, et elles durèrent longtemps, puisque, durant la guerre contre les Pays-Bas révoltés, les soldats de Sa Majesté catholique étaient coutumiers d’exploits du même genre.
D’ailleurs, même en temps de paix et vis-à-vis de ses compatriotes, l’homme de guerre oubliait volontiers son décalogue. Au XVI® siècle, un chroniqueur racontant une levée effectuée par les régiments du vicomte de Turenne et de Méru, dit : « Ils pillèrent les maisons, emmenèrent à rançon plusieurs hommes, violèrent les filles et les femmes en la présence de leurs pères et maris, plusieurs desquelles furent par eux emmenées^. » Il ne s’agit pas là d’un fait exceptionnel; partout où elles passaient, les troupes, dites régulières, ruinaient ainsi le pays.
Les enrôlements se faisaient d’ailleurs au hasard et à coup de plat de sabre : « C’est une fort méchante excuse à un soldat, écrit Louvois, pour appuyer sa désertion, que de dire qu’il a été pris de force; et, si l’on voulait admettre des raisons de cette qualité, il ne resterait pas un seul soldat dans les troupes du roi. » Pour retenir dans les rangs ces soldats malgré eux, on avait imaginé de couper le nez aux déserteurs. En 1685 seulement, cette peine sauvage fut abolie,