INDIFFERENCE. — INEXPUGNABLE
INDIFFÉRENCE, tenir dans quelque indifférence, regarder comme assez indifférent :
Ils ont tous deux leur compte, et sur celte assurance
Ils tiennent le passé dans quelque indifférence. {MéL, v, 6. j
INDIFFERENT, pour signifier qui traite de choses indifférentes. ENTRETIEN INDIFFERENT '.
Peut-être, mais enfin, vois-tu qu'elle me fuie?
Qa'indifféretit qu'il est, mon entretien l'ennuie? [La Veuve, i, 1.)
INDIGNE DE, qui ne mérite pas telle chose, en parlant d'une chose défavorable :
Si mon commandement peut sur toi quelque chose
Et si ma volonté de la tienne dispose,
Embrasse un cavalier indi(jne des liens
Où l'a mis aujourd'hui la trahison des siens. {Clit., v, 5.)
INEGALITE , inégalité d'une chose à une autre, inégalité de MON destin au sien :
Je vous dirois. seigneur, que l'amour paternelle
Doit à cette princesse un trône digne d'elle ;
Que l'inégalité de mon destin au sie7i
Ravaleroit son sang sans élever le mien. [Sur., m, 2.)
On a dit d'une manière tout à fait semblable, avant Corneille :
Ny Vinérjalité de vos mérites à moy, ny le peu de bonne volonté que j'ay reconnue en vous, n'ont pu empescher mon affection ny ma témérité qu'elles ne m'ayent eslevé jusques à vous. (D'Urfé, l'Asirée, i, 5.)
INEXORABLE. Alliances remarquables : gloire inexorable , gloire qui n'admet point de composition :
Car ne nous flattons point, ma gloire inexorable
Me doit au plus illustre et non au plus aimable. [Pulch., ni, 3.)
— inexorable envie :
D'une trop juste ardeur l'inexorable envie
Lui fait abandonner le souci de sa vie. (Méd., i, 5.)
INEXPUGNABLE, avec un régime :
Que les plus beaux objets qui soient dessus la terre
Conspirent désormais à me faire la guerre ;
Ce cœur inexjmgnabk aux assauts de leurs yeux
N'aura plus que les tiens pour maîtres et pour dieux. [L' lUus.com., y, ^.)
A l'époque de Corneille, l'usage de ce mot indispensable n'était pas encore parfaitement établi, témoin cette observation de
INFAME. — I.NFINITIF. 3S:j
Ména^u^ : « Pour ce qui est iV inexpugnable , on peut s'en sorvir, non-sculeinciil dans le discours familirr, mais dans le stylfi sublime. M. (;iiapelain s'en est servi plus d'une l'ois dans la Pucelle, et M. du Périer vient de l'employer dans un sonnet sur les conquêtes du roi dans la llolUnuk' » :
On les vit traNcrser les plus lointaines plages. De leurs fiers ennemis soutenir les eiïorts; Et ceints de toutes parts (\"tucxpu(juables forts, Se faire redouter aux plus fermes courages.
[Obs. sur la Lamj. Jranç., 2» p., c. lAxxiv.
Cependant ce mot était déjà ancien dans la langue. Amyot, Palma Cayet et d'autres, s'en sont servis au seizième siècle ou au commencement du dix-septième. On le trouve employé dans Eticmif Pasiiuier avec le sens (ïinvinciljle :
Ce gucvrier iiux])ti(jnable est mort. ILeit., iv, 20.)
INFAME, avec un régime indirect de personne :
Avise, et si tu crains qu'il te fût trop iiijihne
De remettre l'empire en la main d'une femme. [HéracL, i, 2.
Voltaire l'ait cette remarque un ptm puriste :
« Corneille emploie souvent ce mol avise; il était très-bien reçu de son temps. « Oii'il te fût infâme » n'est pas français; la langue permet cpi'on dise : <. Cela m'est honteux, » mais non pas cela m'est infâme. El cependant on dit : « H est infâme à lui d'avoir fait celte action. » Toutes les langues ont leurs bi/arreries el leurs inconséquences. »
Le poëtc doit-il donc être si méticuleux; cL n'est-ce pas assez de se eonformer parlaitement à l'analogie?
Voyez IMMOBILE a.
INFAMIE. i.'iMAMiK Di:, suivi d'iiii iiiliiiitil':
Je ne crains point la mort, mais je hais Vinjamie
D't-n recevoir lu loi d'une main ennemie. lOlU., i, 3.)
INFIDÈLE, avec un nom dr ciios"', iiifxact :
Est-ce donc vous, seigneur, el les bruits infidèles
N'ont ils semé de \.>us que de fausses nouvelles? J't-ib., m. -J.
IM'/M T/F, cmplov.' |Miiif sujet, connue si celait un ^ub.stanlit':
Et pnioiire à la cour eût hasardé nu uMe. {Le Cid, iv. :3.'-
L'Acadt'iiiie, dans ses Srtitimeuls sur le Cid, a vu lu un solécisme; suivant elle <.'■ il i'allait dire, c'eut été hasarder ma tète, car
384 INGRAT. — INIMITIE.
on ne peut faire un substantif de paraître, pour régir evt hosardé. »
On devait simplement y voir un latinisme, comme dans (;et autre vers de la même pièce :
L'opposer seul à tous seroit trop d'injustice. [Le Cid, iv, 5.)
INGRAT A , comme ingrat envers :
Il croyoit que le roi, touché de ses misères,
Pcar un beau sentiment d'honneur et de devoir,
Avec toute sa cour le venoit recevoir;
Mais voyant que ce prince, ingrat à ses mérites,
N'envoyoit qu'un esquif rempli de satellites... {Pomp., ii, 2.)
A moins que d'être ingrate à mon libérateur. [Androrn., v, 2.)
Voltaire n'approuve pas cette locution, et déclare qu'il faut dire « ingrat envers quelqu'un , et non pas, ingrat à quelqu'un. »
L'abbé d'Olivet, s'autorisant du sentiment de Patru, fit la
même critique à propos de ces vers de la Bérénice de Racine :
... Ces mêmes dignités Ont rendu Bérénice ingrate à vos bontés. (a. i, se. 3.)
« Vaugelas, dans une de ses Remarques [Rem. clxvii), dit le sagace mais timide académicien, a écrit : Ingrat à la fortune; et Patru fait là-dessus une note où il témoigne qu'ingrat à, pour ingrat envers, lui paraît hardi. » (D'Olivet, Rem. sur Racine, xlvii.i
Palissot et Lepan observent que Voltaire lui-même, encouragé par l'exemple de Racine, de Boileau et de tous nos bons poètes, a dit, dans la Mort de César (i, 4) : Ingrat à tes bontés, ingrat à ton amour.
Ce n'étaient pas les poètes seuls qui parlaient ainsi; ingrat à se disait dans le langage familier comme dans le style le plus relevé :
Elle me parut si triste et si tendre à mon départ que j'eus un secret remords d'être ingrat à ses bontés. (M"^ de Villed., Les Galanter. yrenad., i.) — Si nous rivons été ingrats à ses faveurs. (Mass., Serm. pour le merc. des Cend., v.)
dette forme est d'ailleurs très-ancienne dans la langue :
Plusieurs au prince sont ingrat:.
(Gringore, Le Jeu du Prince des sulz, sottie.)
Et tu es jà ingrat à ton frère. [Le Violier des liist. rom., c. vu.)
INIMITIÉ, avec le plur., en parlant d'une seule persoime :
Si tu veux ra'obliger par un dernier service,
Après les vains elforts de mes inimitiés,
Sauve-moi de l'atTront de tomber à leurs pieds. [Rodog., v, 4.)
INITIE. — INSTALLER. 3S:i
INITIÉ DR, comme initié n :
0 Niiaiqiie! si je ne croyois pas indigne d'aller à lui sans être initié de ses mystères et avoir reru la grâce de ses sacrements, que vous verriez oclaler l'ardeur i[iio j'ai de mourir pour sa gloire et le soutien de ses éternelles vérités! [l'ol., Vbrégé du Mart. de S. Polyeuctc.)
INNOVER , V. a. :
Je n'entreprends pas de faire un traité entier de l'orihograplie et de la prononciation, et me contente d'avoir donné ce .iiot d'avis touchant ce qui a iié itiwivé. (Préf. lie : Le Tliéaire de l\ Corn., éd. de 1682.)
Oïl a (lit (le même avant et après Corneille :
Xiius ne voulons innover aucune chose en la religion catholique, apostoliiiuo cl roni.une. {[.cit. miss, de Henri IV,-! août l'iKO.) — Ijuelques-uns di; nos poêles, pendant le régne de Henri II, .se donnèrent puissance, par forme d'académie, de vouloir i/iHot'tr quelques mots. E. Paso., Le//., x.xii, 2.)— Les riches crièrent hanlomenl qu'on innovait un déparlement d'héritages qui allait mettre la république en comliuslion. (St-Réal, Conjur. des Gracii.)
INSINUER, laife [x'-iit-lrcf dans res|)i"i(, avec iiii nom de chose pour sujet :
Il a été à propos d'en rendre la représentation agréable, afin que le plaisir pût JH,ïi//«er plus doucement l'utilité, {['ol., .\brégé du Mart. de S. Polyeuctc.'
— i.NSi.NUKM, avec nu nom de personne, en termes d'art dramatique, annoncer d'une manière un peu couverte :
Alors ce seroit Florame qui l'introduiroit dans la pièce, et il seroit appelé par un acteur agissant dès le coinmeiueunMit. Claiiinond, qui ne [laroît qu'au troisième, est insinué dès le premier, où Daphnis parle de l'amour qu'il a pour elle, et avoue qu'elle ne le dédaigneroit pas s'il ressembloil à Florame. {Exinn. delà Suiv.) — Don Haymond et ce pécheur ne suivent iioint la règle que j'ai voulu éla blir, de n'introduire aucun acteur qui nejiit insinué dès le piemier acte, ou appelé par quel(|u'un de ceux qu'on y a connus, l'.nim. de D. Sanehe., — Tous ces gen.s sans action n'ont point besoin d'('/»o insinués au preriiier acte, (l'reni. dise.)
INSOLENT, adj. i\S((m;\t di: , suivi d'un inlinilir. j pm ju-ès comme on dit , fier de :
Je nu viens point ici niontier à voire haine
Un captif inwlcnt (i'avoir brisé sa chaîne. (Nicom., v, y.)
INSlMRI'dl nri;i.ni 'i N i)i;, dil pm rt-milirrcnienl |i(>nr ////' ///s- /)irer de :
Va rinsjiiiunt bientôt de rompre avec KIorangc.
ltuniiez-nioi le moyen de montrer qu'à mon tour
Je sais pour un ami contraindre mon amoui. (Im yeuir. m, I
INSTALI.I.U DvNsi.i: thôm: :
Vous pourrie/ jiarlager vos soins avec un cendre.
L'installer dans le trône, et le nommer César. J'ulch.. ii, -'.)