‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 138 sur 344 · PROVINCE. — PUISSANCE · texte numérisé non relu

PROVINCE. — PUISSANCE

PROVINCE, pour contrée :

Je tiens réloigiienienl pire que le trépas ;

Et la terre n'a point de si douce province

Où le jour m'agréât loin des yeux de mon prince. {Clit., iv, 6.)

PRUNELLE. FAIRE JOUER LA PRU.MîLLE, commc jouer de la prunelle :

Mon baladin muet se retranche en un coin,

Pour faire mieux jouer la prunelle de loin. [La Veuve, i, 4.)

PUBLIC. LE PUBLIC, pour dire le peuple, ou l'Etat, la patrie :

Mourir pour le pays est un si digne sort,

Qu'on brigtieroit en fouie une si belle mort.

Mais vouloir au public immoler ce qu'on aime,

S'attacher au combat contre un autre soi-même,

Attaquer un parti qui prend pour défenseur

Le frère d'une femme et i'amunt d'une sœur,

Et, rompant tous ces nœuds, s'armer pour la patrie

Contre un sang qu'on voudroit racheter de sa vie,

Une telle vertu n'appartenoit qu'à nous. [Hor., ii, -3.)

La Harpe souligne cette expression comme impropre. A la vérité public désigne exclusivement aujourd'hui le peuple considéré comme spectateur et juge des événements ou des productions de l'esprit, mais il se prenait autrefois pour peuple en général :

Il (Richelieu) étoit bon ami ; il eût môme souhaité d'être aimé du public. (Retz, Mémoires.)

PUBLIER, avec un régime de personne, suivi d'un qualificatif, célébrer publiquement comme :

Déjà ce bruit fâcheux a frappé mes oreilles, Et je l'entends '^nvXonl publier hautement

Aussi brave guerrier que malheureux amant. [Le Cid. iv,2.)

El ne sera jour de ma vie que je ne vous public pour la plus ingrate et plus trompeuse femme qui soit sous le ciel. (D'Urfé, l'Àstrée, i, 5.)

PUISSAMMENT, avec force :

Demeure affreuse des coupables,

Lieux maudits, funeste séjour,

Dont jamais avant mon amour

Les sceptres n'ont été capables, Redoublez puissumment votre mortel effroi. ^Méd., iv, 4.)

Toutefois Placide aime, et votre châtiment Portera sur son cœur ses coups plus puissamwinl. [Théod., v, 6.)

— PCissAMiMENT, Considérablement :

Je sentirois mon mal /)«iSiarnme;ii soulagé. ^Lu Veuve, \v, S.)

PUISSANCE. DE PUISSANCE ABSOLUE, commc on dit d'autorité. II. 14

340 PUISSANT. — PUiXISSEUR.

Voltaire trouve un soléci5me dans cette locution. Sa critique attaque ce vers :

Madame, on m'a forcé de juissanct absolue.

Corneille a pu employer cette expression sans intéresser la correction la plus exacte dans ce cas et dans plusieurs autres :

Sa mère peut agir de puissance absolue. [Mél., ii, 4,)

Agissez donc, seigneur, de puissance absolue. (Penh., iv, 3.) Mais ijour votre Léon, êtes-vous résolue

A le perdre Siujouri'hm de puissance absolue? (Pulch., m, 2.)

On trouve de même :

Au lieu que le roi envoie Arias vers le comte, pour le porter à satisfaire don Diègue, il fallait qu'il lui envoyât des gardes, pour empêcher la suite que pourrait causer le ressentiment de celte ofiFense, et pour l'obliger de puissance absolue a la réparer avec une satisfaction digne de la personne offensée. [Seniimems de l'Académie sur le Cid.)

Faut- il vous l'ordonner de puissance absolue?

(T. Corn., Pers. et Déméir., n, 3.)

On disait d'une manière analogue, de pouvoir absolu :

Tu dois l'exterminer de pouvoir absolu. (Cyrano, 3Iori d'Acjripp., v, 1.)

Du reste, cet emploi de de, dans le sens d'oyec, est, nous l'avons déjà \u, très-commun au dix-septième siècle.

PUISSANT, qui agit puissamment sur l'âme, un effroi puissant :

Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant

Qui jeta dans la ^ilie un effroi si puissant.'

Une troupe d'amis chez mon père assemblée

Sollicita mon âme encor toute troublée. (Le Cid, iv, .3.)

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