PUR. 2H
L'auteur du Commentaire paraît croire que punisseur est de la création de Corneille. Les nombreux exemples qui suivent montrent l'erreur de cette opinion, et sont une nouvelle preuve que notre grand tragique n'a guère inventé de mots ni de locutions ; sa gloire est ailleurs.
Fust présent Guillaume Guiart, pugniiseur des malfaicteurs de la Chaslellenie de Blois. [Charte de l'an 1383, citée par Ciiarpenlier.) Cest énorme forfait me touche tant au cœur, Que je voudroy moy nicsme en eslre punisseur.
(Lasphrise, La nouvelle tragi-comique.) En mon temps j'ai toujours veu les Espagnols sévères puniswurs de ceux qui par laschelé et couardise se reridoienlou perdoient. (Montluc, Comment.)
Il est un Dieu punisseur des rebelles. (La Satire Mènippée, Sonnet.) Après avoir réclamé deux ou trois fois les dieux, justes punisseurs des infidelles. (D'Urfé, l'Asirée, i, 8.)
0 Ciel ! pu7iisseur des hérésies.
(Cyrano, Lett., Satire contre un ingrat.) Il estoit plein de dévotion, de charité, de tempérance, de chasteté et de juslice, severe punisseur des méchants, miséricordieux et libéral envers les bons. (VuLSON DE LA CoLOMB., Les llommes illustres, Jean le Meingre.) — Il fut sage, hardy, généreux, libéral, plein de franchise et de bonté, severe punisseur des traistres, et grand amateur des gens de vertu qu'il recompensoit avec des largesses incroyables. (Id., ibid., Le Cardinal d'Amboise.)
Il est curieux de remarquer que Molière s'est emparé de l'expression employée d'abord, puis rejetée par Corneille :
El ne veut le montrer qu'en tête d'une armée,
Que tout prêt à lancer le foudre punisseur
Sous qui doit succomber un lâche ravisseur. [Don Garcie, i, 2.)
Punisseur s'est dit encore au dix-huitième siècle :
II annonça aux hommes le père des hommes, rémunérateur, punisseur et pardonneur. (YoLT., Quest. deZapat., Œuvres, t. xui, p. 339.)
On a essayé en ces derniers temps de remettre en honneur, dans la haute poésie, ce mot nécessaire :
0 vous, dieux punisseurs, dieux du profond empire !
(PoNSARD, Lucrèce, v, 3.)
PUR, fig., dans le sens de vrai, placé après le substantif, sans être précédé de tout :
C'est un miracle pur que le cours de sa vie. (Don Sanche, iv, 1.)
On trouve aussi trèi-jjur, employé comme tout pur :
On vous a rapporté, dites-vous, que je vais au prêche des calvinistes; c'est une calomnie ires-pure. (Descartes, Leti,, xxxui, t. ii.)