‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 208 sur 344 · SEC. — SECONDER · texte numérisé non relu

SEC. — SECONDER

SEC. PRONONCIATION sÈCHii , par opposition à prononciation mouillée :

La double //, dont je viens de parler à l'occasion de i'e, a aussi deux prononciations en notre langue : l'une; sèche et simple, qui fait l'orthographe; l'autre, molle, qui semble y joindre un /). (Préf. de: Le Tliéâiic de P. Corn., éd. de 168-2.)

SECOND, s., celui qui soutient un autre dans un combat, employé avec le plur., au figuré comme au propre :

Vous vous défaites bien de quelques droits d'aînesse,

Mais vous défaites-vous du cœur de la princesse,

De toutes les vertus qui vous en font aimer,

Des hautes qualités qui savent tout charmer,

De trois sceptres conquis, du gain de six batailles,

Des glorieux assauts déplus décent murailles?

Avec de tels seconds rien n'est pour vous douteux. (Nicom.. m, 6.)

Du moins puis-je assurer que dans tous mes combats

Je n'ai jamais souffert de seconds que mon bras. [Œd., w, 5.)

Fort de tant de seconds, ose, et sers mon courroux.

Contre l'indigne sang de mon perfide époux. {Àndrom., iv, 5.)

SECONDER, suivre :

Je ne vanterai point les exploits de mon bras ;

Votre Majesté, sire, a vu mes trois combats :

Il est bien malaisé qu'un pareil les seconde,

Qu'une autre occasion à celle-ci réponde. (Hor., v, 2.)

Le sens de suivre, accompagner, venir après, plus voisin de l'étymologie que l'acception usuelle, se trouve assez souvent, avec diverses nuances, après comme avant Corneille :

Vous pouvez juger par ce riche eschantillon quel estoit le demeurant de la pièce. Bien vous dirai-je qu'il m'en recita par cœur une vingtaine d'autres, qui secondaient cestuy de bien prés. (Paso., Recli-, vu, 6.) -.- La plus belle de toutes estoit criée la première, et elle ayant esté achetée à bien haut pris, on crioit celle qui la secondoit en beauté, et puis ainsi les autres consécutivement. (H. Es- TiENNE, Apol. pour Hèrod-, Disc, prél.) — La corruption estoit desjà si grande qu'il (Ovide) pense qu'il fust eschappé à meilleur marché s'il eust esté né ou devant ou après le cinquième siècle : comme jugeant que tant s'en falloit qu'il en peusl venir un pire, que mesme il n'esloit possible qu'il en veint un autre qui le secondait en meschanceté. (Id., ibid., c. iv.) Je te prie, comment se porte Ma Madelon ?

u.\RiOi\. Le mieux du monde.

JOSSE. Je l'aime tant!

UARioN. Eir VOUS seconde. (Gkevi.n, Les Esbalus, i, 2.)

Fille n'est en ce monde Qui en honneur la passe ou la seconde. (Passerai, Hymne de la nuit.) Cent discours obligeants secondent cet hommage. Que d'esprit! on ne peut en montrer davantage.

(T. CoR.\., César d'Avalos, i, 1.;

304 SECOURS. — SFXRETAIRE.

— SECONDER, absolument, répliquer sur le même ton :

Il m'aborde en tremblant avec ce compliment :

— Vous m'attirez à vous ainsi que fait l'aimant. (Il pensoit m'avoir dit le meilleur mol du monde.) Entendant ce haut style, aussitôt je seconde

Et réponds brusquement sans beaucoup m'émouvoir :

— Vous êtes donc de fer, à ce que je puis voir. (La Veuve, i, 4.)

SECOURS. APPELER QUELQUE CHOSE AU SECOURS , l'appeler à son secours :

Appelez la mémoire, ou l'esprit au secours. {Le Ment., v, 3-)

SECRET, ressort, employé fig. pour signifier expédient, moyen :

Le secrei a joué. {Le Ment., iv, 6.)

C'est-à-dire le moyen a réussi.

SECRÉTAIRE, celui à qui l'on confie ses secrets, confident, comme l'italien secretario :

Tu seras de mon cœur l'unique secrétaire.

Et de tous mes secrets le grand dépositaire. (Le Ment., ii, 6.)

Ce sens si naturel se rencontre très-fréquemment à partir du quatorzième siècle jusqu'à la seconde moitié du dix-septième :

En telle manière que vous dictes que je suis vostre secrétaire, dis-je que vous estes la mienne dessus toutes autres. Et pour ce vous diray-je comment il m'en est. [Rom. de Perceforest, vol. vi, f" 85, r°, col. 1.) — Racomptez tout ce que advenu vous est, depuis que partistes de nous jusques à maintenant, par devant la reyne, qui cy est; car c'est nostre secrétaire. (Ibid., vol. vi, f" 92, t°, col. 2.) — Son chapelain (^du comte de Foix) qui luy estoit moult secrétaire. (Froissaht, Cron., liv. iv.) — ....Avoit ceste damoiselle une chamberiere qui estoit secrétaire de leur fait. [Les Cent Nouv. du roy Louis XI, 56" Nouv.) Sainte Gastine, ô douce secrétaire

De mes ennuis! (Ronsard, Amours, i, 161.)

Vous ruisseaux, vous rochers, vous antres solitaires, Soyez de mon malheur fidelles secrétaires. (Id., Sonn., lxxvi.)

Complices de ma servitude,

Pensers, où mon inquiétude

Trouve son repos désiré, Mes fidèles amis, et mes vrais ségretaires. Ne m'abandonnez point en ces lieux solitaires; C'est pour l'amour de vous que j'y suis retiré.

(.Malh., Stanc, Plainte sur une absence, Poés., 1. v.)

Parlant des devins :

Vous, qui des puissans Dieux êtes les secrétaires,

Si jamais vos conseils me furent salutaires.

Ouvrez-moi votre cœur en cette extrémité. (Gombauld, Les Danaïdes,i,2.)

Voir encore Du Bellay, Regrets, sonnet i; Passer.\t, Jardin d'amour; Gombauld, Amarante, v, I ; Ménage, Idylle du Jardinier.

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