MEMOIRE. — MENAGER
Comme luisent au ciel les estoiles ardâmes
Sortant de l'Océan... (Ronsard, Orfev, m, 1.)
... Où pour prendre posture,
Mouches à miel la fleur sucer iront,
Et d'un doux bruit souvent t'endormiront :
Mesmes alors que ta fluste champestre
Par trop chanter lasse sentira estre. (Cl. M au., Ectogue au roi.)
Mesmes le fleuve en avoit retenti. (Id., Méiam. d'Ov., ii.)
Des mérites incommodes, et mesmes- des mérites importuns. (Bo'urd., Serm.pour la Tottss., 1.) — Cette récompense seule remplira toute la capacité, et mesmes toute l'immensité de nostre cœur. (Id., ibid., ii.) — Lorsque notre foi est vive, notre espérance ferme, et notre charité ardente, il n'est pas possible, selon l'ordre immuable et nécessaire, et mesmes selon les lois naturelles, que la lumière nous manque. (Malebr., Couvers. chrél., ix.) — C'est un enfant que son père n'aime point, et dont le père ne veut pas mesmes être aimé. (Id., Médit, sur l'Humil. et laPénic, v« consid.)
C'est ainsi que nous voyons presque toujours Corneille suivre l'usage général, lors même qu'il semble parler une langue plus particulière ou prendre des licences non consacrées.
Lepan dit à tort, contre le sentiment de Voltaire, qu'un s ajouté au mot même pris adverbialement est une faute véritable.
Il peut n'être pas sans intérêt de constater qu'on trouve au seizième siècle mesmes adjectif pour même devant un substantif masculin singulier commençant par une voyelle :
Qu'au mesmes an pour nous puisse estre né.
(Cl. Mar., Êpitjr., Retour du roy de Navarre.) ... et dessus la plus belle Et plus parfaite idée il traça le modelle De ton corps, dont il fut luy-mesmes envieux.
(RoNS., Sonn. pour Hélène, n, 14.)
Plus anciennement, même adjectif prenait une s devant une
consonne comme devant une voyelle :
II avoit meurtri le roi Chilperic, son frère mesmes, qui fut père la royne Crotilde. {Croniques de France, i, 19.)
MÉMOIRE, souvenir, pensée, ne perdre p.\s la mémoire que :
En cet aveuglement ne perds pas la mémoire
Ça'ainsi que de ta vie il y va de ta gloire. {Le Cid, v, 1.)
MÉNAGER, V. a., au ûg. ménager ses attraits, les faire
valoir :
... Elle est et belle et fine, ' Et sait si dextrement ménager ses attraits, Qu'il n'est pas bien aisé d'en éviter les traits. (La Gai. du Pal., i, 9.)
MÉNAGER, subst. ménager de, avec un comparatif :
Un roi dont la prudence a de meilleurs objets,
Est meilleur ménager du sang de ses sujets. (Le Cid, u, 6.)