‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 85 sur 344 · PARTICIPE · texte numérisé non relu

PARTICIPE

A l'époque de Corneille la règle de riiidéclinabilité du présent, aujourd'hui absolue, n'existait pas, ou du moins l'usage contraire prévalait. Ce fut seulement vers 1 680 que l'Académie française se détermina à ne plus le décliner. (V. Ray.nouard, Jouimal des Savants, mars 1824, p. 149.) Molière, Boileau, La Fontaine, Racine, offrent, comme notre poète, de nombreux exemples de la déclinaison du participe présent.

Voir dans le Lexique de M. Génin les exemples de Molière, et ceux de Boileau, Sat. vi, x, xii.

Voilà ses gardiens

S'en repaissants eux et leurs chiens. (La Font., Fables, x. 6.)

A doniper les transports, monstres empoisonneurs. Comme hydres renaissants sans cesse dans les cœurs. (Id.. ibid-, xi, 2.) C'est ainsi que ma muse, aux bords d'une onde pure,

Traduisoit en langue des dieux

Tout ce que disent sous les cieux Tant d'êtres empruntants la voix de la nature. (Id., ibid., xi, épilog.)

Que présage à mes yeux cette tristesse obscure Et ces sombres regards errants à l'aventure? (Racine, Uriiann., u, 2.)

On trouve des exemples semblables, en poésie, jusque dans la seconde moitié du dix-huitième siècle :

Ah ! j'aime à voir les gens Dans leur vrai caractère à nos yeux se montrants. {Y ovï., Le Dépos., v, 2.)

— PARTICIPE PASSÉ, avec avoir, non accordé, bien que précédé de son régime :

Là, par un long récit de toutes les misères

Que durant notre enfance ont enduré nos pères. {Gin., i, 3.)

Voltaire, cette fois, défend Corneille. Après avoir observé que durant et enduré , dans le même vers, ne sont qu'une inadvertance, et qu'il était aisé de mettre « pendant notre enfance, » il ajoute :

'. Ont enduré, paraît une faute aux grammairiens: ils voudraient : les misères qu'ont endurées nos pères. Je ne suis point du tout de leur avis. Il serait ridicule de dire : les misères qu'ont souffertes nos pères, quoiqu'il faille dire : les misères que nos pères ont souffertes. S'il n'est pas permis à un poète de se servir en ce cas du participe absolu, il faut renoncer à faire des vers. :

Lepan est d'un avis contraire, et déclare qu' « il est important de combattre des opinions subversives des règles sans lesquelles la langue serait livrée à l'arbitraire. » La licence que réclame Voltaire nous paraîtrait fort admissible; mais la grammaire, qui

l'AKTIE. 117

exerce su tyrannie sur les vers comme sur la prose, a prononcé impérieusement contre lui.

Le non-accord du participe passé féminin conjugué avec avoir se rencontre assez rarement chez les poètes relativement corrects des ({uinzième et seizième siècles, parce (jue, dans la versification imj)art'aite du temps, on ne se faisait pas scrupule de compter pour une syllabe l'e muet placé après une voyelle, comme; dans ces exemples :

Si forte suis, que les plus vertueux

Voyant ma force, en ung commun proverbe

Nommée m'ont cité fiére et superbe. (J. Marot, Le Voiiuije de Gènes.)

De même avec un participe passé accompagné de l'auxiliaire rtre :

Munie suis d'Alpes, rocz et monlaignes,

Oùroys et ducz ont planté leurs enseignes. {S.Mxv^ot, Le Voyage de Gènes.)

Cet e muet final après une voyelle, et suivie d'une consonne, comptait également dans un substantif ou dans un adjectif :

Et bassement sans s'esloigner voloit.

Pour mieux choisir la proyc qu'il vouloit. (Cl. Marot, Méiam. d'Ov., ii.)

Jamais de rien n'auray frayeur ne crainte, Comme asseuré que la pensée sainte De l'Éternel gouverne en équité

Ce monde limité. (RoNs., Od., Od. retranch., Bibl.elz., t.ii,p.399.)

Et n'ont peur de voir terminée

Leur vie sinon en tels lieux. (Id., ibid., p. 402.)

Mais toy, qui hautain déprise

Une empruntée faveur. (Id., ibid., p. 458.)

(Quelques-uns de ces vieux auteurs paraissent négliger complètement, et dans toutes sortes de cas, l'accord du participe passé conjugué avec avoir. Nous ne nous arrêtons pas sur ce fait, parce qu'il n'a aucun rapport avec l'exemple de Corneille.

PARTIE. FAIRE BIEN SA PARTIE, cominc tenir bien sa partie, se bien acquitter de ce qu'il convient de faire :

Si tu l'aimes, du moins, étant bien avertie.

Prends bien garde à ton fait, elfais bien la partie. Le Ment., iv. 9.)

— PARTIE, avec le pluriel, dans le sens de qualité :

Je m'étonne comment tant de belles parties En cet illustre amant sont si mal assorties, Qu'il a si mauvais cœur avec de si bons yeux. [La Suiv., iv, 5.)

us PARTIR.

La dernière édition du Dictionnaire de l'Académie s'exprime ainsi sur cette acception : « Partie se dit aussi des bonnes qualités naturelles ou acquises. Il vieillit en ce sens. »

Il serait à souhaiter que de bons écrivains le rajeunissent. Voltaire en a parfaitement fait sentir l'excellence :

« Le mot partie, dit-il, se trouve encore dans les comédies de Corneille pour esprit. Cet homme a des parties. C'est ce que les Anglais appellent parts. Ce terme était excellent; car c'est le propre de l'homme de n'avoir que des parties; on a une sorte d'esprit, une sorte de talent; mais on ne les a pas tous. Le mot esprit est trop vague; et quand on vous dit, cet homme a de l'esprit, vous avez raison de demander duquel. {Leti. à l'abbé d'Olivet, 20 août 1761.)

Quelques exemples achèveront de faire voir combien cet emploi était heureux, et peut l'être encore entre les mains d'habiles maîtres :

Quoiqu'il eût la civilité, l'extérieur et d'autres parnes propres à cet effet, il n'en eut jamais ce je ne sais quoi qui est encore en cette matière plus requis qu'en toute autre. (Retz, iMém., i.) — Parmi donc de tels défauts, il ne seroit pas juste de lui nier des parties. (St-Simo.\, Mém., t. m, c. 30.) — Une personne de ce caractère fut fort sensible à un choix qui lui ouvroit une carrière si fort à son gré, mais elle eut le bon esprit de sentir qu'on ne venoil à elle que faute de ne pou voir trouver un autre sujet qui rassemblât en soi tant de parties si manifestement convenables à la place qu'on lui oflfroit. (Id., ibid., c. 117.) —Tu as été sans doute un orateur célèbre. Tu avois de grandes parties,- mais souvent tu t'es écarté du point en quoi consiste la perfection. (Fén., Dial. des morts, i, 30.) — On ne peut rien attendre que de fort achevé d'une étude si consommée, d'un jugement si exact, d'un esprit si éclairé et d'une piété si solide. Et plût à Dieu que sa providence disposât les choses de telle sorte, que tant de grandes parties fussent employées encore plus utilement pour le bien général de toute l'Eglise. (Ar.\aold, Œuv., t. 1, p. 694.) — .\ddison n'était pas fait pour les grands ouvrages, et n'avait pas les hautes parties du génie littéraire. (Villem., Tab-t. de la liltér. au dix-huit, siècle.) — Le caractère incomplet de ce jeune homme, qui ne régna que onze mois et qui avait quelques parties royales, est fort bien rendu, ou du moins très-vraisemblablement. parl'historien. ;Ste-Beuve, Caus., 7févr.l853.;

PARTIR, suivi de de, dans le sens d'être lancé :

A peine du palais il sortoit dans la rue,

Qu'une flèche a parti d'une main inconnue. '>'«'., v, 5.

— PARTIR DE, aufîg., dans le sens de sortir de, d'être produit, d'être commis par :

Périsse mon amour, périsse mon espoir

Plutôt que de ma main parte un crime si noir. {Cinna, m, 3.)

— PARTIR DE, fig., avoir telle chose pour principe, pour cause :

Et lors d'un sacré nœud l'inviolable étreinte

Tirera notre appui (f où partait notre crainte. {La Tois. d'or, i, 2.)

l'AHTISAN. — l'AS 110

El loul le bon accueil que j'en puis recevoir,

Tout ce que j'en obtiens ne pan que du devoir. [Sur., ii, l.)

El c'est de là que pari cette secrète baine

Que le temps ne rendra que plus forte et plus pleine. Ibul-, v, i.)

— PARTIR DE, fig., être produit par, en parlant île euiupositions littéraires :

Four peu de souvenir qu'on ait de Mélite, il sera fort aisé de juger, après la lecture de ce poëme, que peut-être jamais deux pièces ne paniieui d'une mémo main plus différentes et d'invention et de style. [MéL, préf.)

PARTISAN, fig., dans le sens d'appui, de protection :

L'éclat de mes hauts faits fut mon seul pariisau. [Le Cid., i, 6.)

Cette expression se retrouve avec la même sin:nification dans les Excuses à Ariste.

PAS, subst. F.MRE DE F.\ux PAS, fig., avcc un nom de chose pour sujet :

La plus haute vertu peul/a(>e de faux pas. {Sur., m, 2.)

— METTRE UNE CHOSE AU RANG DES PAS PERDUS, pOUr signifier

n'en tenir aucun compte :

oLORis. Vous prodiguez en vain vus foibles artitices,

Je n'ai reçu de lui ni devoirs, ni services. MÉLITE. C'est bien quelque raison, mais ceux qu'il m'a rendus,

Il ne les faut pas meure au rainj des pas perdus. (Vé/., v, 6.)

PAS, nég., explétif;

Tu juges mes desseins autres qu'ils ne ionl pas. [Clil-, iv, 6.)

Rien de plus fréquent au seizième et au dix-septième siècle que cet emploi explétif de ^jas, /jom^, qui serait condamné aujourd'hui :

Lettre mal faite et mal escrite,

Vole de par cest escrivant

Vers la plus noble .Marguerite

Qui soit point au monde vivant.

(,Cl. JIarot, Épisi. champ. d'Auiijiiy aux dames d'Alençon, 1521.) Vous verrez ordinairement les plus grands usuriers qui soient povii faire les plus belles et triomphantes chapelles que l'on sçauroit voir. (.M.\rg. d'Angoul., Heptam.,'L\'= nouv.) — Auprès de la ville d'Authun, y avoit une fort belle femme, grande, blanche et d'autant belle façon de visaige que j'en aye point veu. (Id., ibid., Lxi' nouv.) — Le duc... fut tant content de luy, qu'il luy lit meilleure chère qu'il n'avoit point encore faicte. (Id., iùid., lxx^ nouv.) — J'ordonneray que vous serés doresnavant mieux assisté que vous n'avés pas esté pour le passé. ( Leii. miss, de Henri IV, t. iv, p. 489, à M. de Brèves, 22 mai 1596.) — Vous aviez lors

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