‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 188 sur 389 · DESTIN · texte numérisé non relu

DESTIN

née pourrait encore aujourd'hui, ce nous semble, entrer dans le style soutenu.

Corneille a employé plusieurs fois , et dans diverses alliances de mots, cette locution.

— Il dit aussi : prendre le dessus de, pour signifier» surmonter, vaincre :

Et pretmeni le destu» de ces conseils pradents

Dont oa cherche l'effet quaod il D'en est plus temps. (OiA., v, 2.)

Gomme le vrai mérite a ses prérogatives

Qui prennent le dessus des haines les plus vives,

L'estime et le respect sont de justes tributs

Qu'aux plus fiers ennemis arrachent les vertus. (Serf., m, 2.)

La fortune jalouse, et l'amour infidèle

Ne lui laissoient ici que son grand cœur pour elle.

Il a pris le dessus de toutes leurs rigueurs,

Et son dernier soupir fait honte à ses vainqueurs. {Sophon., v, 7.)

Voltaire a encore critiqué cette locution: « Des prérogatives qui prennent le dessus des haines. Rien n'est moins élégant, » dit-il.

Les exemples qui suivent montreront que les meilleurs auteurs en prose et en vers , dans le style relevé aussi bien que dans le style familier, ont employé prendre le dessus de, comme a fait Corneille :

Le peuple saint prit le dessus de ses ennemis par le concours des trois chefs. (Boss., Politique, 1. ix, art. 6.) La nécessité prend le dessus des lois, (La Font., Ragotin, iii, 15.) La pièce que j'expose à vos doctes génies Est un beau composé de ces rares saillies. De ce bon goût nouveau, digne ouvrage du temps, Où l'esprit prend partout le dessus du bon sens. (Id., ibid., iv, 1. )

On disait dans un sens analogue, venir au-dessus de :

Pépin, étant venu au-dessus de tous ses ennemis, n'avoit plus qu'à s'asseoir dans le trône. (Mbzbr., Abr, de Vkist. de France y année 750.)— Vous avez été assez forte jusques ici, et votre tempérament est venu au-dessus de tout; mais il s'affoiblira À la fin. (M"* db Yillbo. , Vie de H,-S, de MoL, y.) ~ J'espéroia de venir par lui au-dessus de mas ennemis. (Id., ibid.)

DESTIN. FAIRE SOIS DESTIN, pour signifier, se donner la mort :

Pour braver Massiuisse, elle a quelque raison

De refuser de lui le secoure du poison ;

Hais ce refus pourroit n'être qu'un stratagème

9ouT faire malgré nous son destin elle-même. {Soph.^ iv. 5.)

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