‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 199 sur 389 · DIVERS. — DIVISER · texte numérisé non relu

DIVERS. — DIVISER

DIVERS. Corneille dit d'une manière très-particulière : voir D*UN GEiL DIVERS, voir d'un œil différent :

L'hymen qui nous attache en une autre famille

Nous détache de celle où l'on a vécu fille;

On voU d'un œil divers des noeuds si différents,

El pour suivre un mari l'on quitte ses parents. (f/or., m, 4.)

DIVERSITE, avec le plur., dans le sens de choses contraires, opposées :

Eux ou moi nous avons la cervelle troublée ;

Si ce n'est qu'à dessein ils se soient concertés

Pour me faire enrager par ces diversités. {La Suiv., v, 4.)

DIVERTIR, détourner:

Rien ne seit de prier : mon esprit épuisé

Pour divertir ce coup n'est point assez rusé. {La Veuve^ ii, 6.)

Mais si vous ne pouvez arrêter ses saillies,

Divertissez ailleurs le cours de ses folies. {Villas, tom., ii, 7.)

Quand de sa folle erreur vous Yauriez diverti.

En vain de ce péril vous le croiriez sorti. {Théod., v, 1»)

Corneille Fa employé, assez peu correctement, ce semble, pour signifier faire porter ailleurs :

Toute une légion de rivaux de sa sorte

Ne divertiroit pas l'amour que je vous porte. (Jfé/., ii, 10.)

Divet*ttr^ pour détourner, était autrefois d'un emploi trèsfréquent :

Mais il faut divertir l'orage qui s'apprête. (T. Corn. , Le/eim 'tsirol., iv, 4.)

Votre feinte douceur forge un amusement

Pour divertir Feffet de mon ressentiment. (Mol., Don Garde, iv, 8.)

C'est trop de patience, et je dois en sortir

Apres de si beaux coups qu'il a su divertir, ^Id., VÉtouidij m, 1.)

Ce petit nombre d'exemples suffit pour une signification non encore tombée tout à fait, heureusement.

— DIVERTIR SES ESPRITS A (uu infinitif), les distraire :

Vous pouvez cependant divertir vos esprits

A rendre compte au roi de vos justes mépris. {Androm.^ v, 3.)

DIVISER DE, d'avec, pour séparer de, séparer d'avec :

Cette âme, <Favee soi tout à coup divisée^

Reprend de ses remords la chaîne mal brisée. {Sert,, \, 1.)

€ Divisée d*avec soi, » est une faute contre la langue; on est

iM DIVORCE.

séparé de quelque chose, mais non pas divisé de quelque chose, » dit Voltaire.

Diviser de, diviser d'avec ^ pour séparer de, séparer d'avec y dans les divers sens matériels et moraux, est de la langue la meilleure et la plus générale du seizième et du dix-septième siècle :

Que pareillement vous demeoriës de plus eu plus unis et liez ensemble, contre les praticques et menées de vos ennemis, qui ne lascheront qu'à vous diviser les uns des aultres, pour avoir meilleur marché, comme desjà avés veu, d'un chas* cun à part. (Lett, miss, de Henri IV, t. ii, p. 61.) —Les Mazarins vouloientdîvûer le peuple du parlement. (Rbtz, Jfem., m, 1649.) — Rien ne nous divise tant d^avec les hérétiques que la profession que nous faisons d'expliquer l'Ëcriturc sainte selon le sens des Pores. (Arn., Rem. sur les princip. erreurs, etc., u) — Vous tâchez de diviser TËglise d'elle-même. (Id., Fréq.-comm,, ii; 117.) -~ Qui le dit? quelques docteurs de la Faculté divisés sur cela d*avec leurs frères. (Nie, Lett au P. Aufiai, etc. ) — Vous diriez qu'il ne sauroit se passer d'eu!L, et que son royaume ne lui plairott pas s'il ne le possédoit en leur compagnie, et s'il ne leur en faisoit part. Il ne veut pas même que son père les divise de lui dans son affection. (Boss. , 2« serm. pour la Touss.j ui.) — Ces mers qui divisent la Grèce dCnvec l'Italie. (Fbn., Télém., xii.) — Je suis pour vous contre moi, 6 mon Dieu! Il n'y a que vous qui ayez pu me diviser ainsi d^avec moi-même. (Id., Avis et instr., xviii.)

Et encore de nos jours :

Rien de plus matériel que la théogonie antique. Loin qu'elle ait songé, comme le christianisme, à diviser l'esprit du corps, elle donne forme et visage à tout, même aux essences, même aux intelligences. (V. Hugo, CromwW/, préf.)

De même avec le pronom personnel :

Par ceste extrémité de doute qui se secoué soy-mesme , ils se sépai*ent et *e divisent de plusieurs opinions, de celles mesmes qui ont maintenu en plusieurs façons le doute et l'ignorance. (Montaigne, Ess., ii, 12.)

Quand du sein de l'Ëglise une fois <e divise. (Du Verdier, Les Omonifmu,) Si donc Dieu tire un si grand bien de l'hérésie même, il le tire d'une manière encore plus douce et plus avantageuse des troubles qui s'excitent parmi les enfants de rËglise,sans qu'aucun d'eux, pour cela, se divise de son unité, (ârnaulo, Apol. pour les Saints-Pères, préf.)

— SE DIVISER, se partager en factions :

Seigneur, pour sauver Rome, il faut qu'elle s'uni^^e

En la main d'un bon chef à qui tout obéisse.

Si vous aimez encor à la favoriser,

Otez-lui les moyens de se plus diviser. [Cin,, u, I.)

— DIVISER, interrompre :

Mais, hélas, mes pensers, qui vous vient diviser? ifilit., v, 3.)

DIVORCE. FAIRE DIVORCE AVEC, RU scus proprc, divorcer a\'ec:

Tite fît, sitôt après.

De Bérénice à Rome admirer les attraits. Pour elle avec Martie il avait fuit divorce. (Tite et Bér., i, I

Page 1