‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 305 sur 389 · GROS. — GUÈRE · texte numérisé non relu

GROS. — GUÈRE

Corneille a encore employé grade pour rang^ dignité j dans une de ses tragédies :

Rome n'attache point le grade à la noblesse. (^r.. ii, 2.)

GROS, subst., au sens matériel, multitude, bataillon :

Albin l'a rencontré dans la proche campagne;

Un gros de courtisans en foule raccompagne. [Pol., i, 4.)

Un chétif centenier des troupes de Mysie,

Qu'un gros de mutinés élut par fantaisie,

Oser arrogamment se vanter à mes yeux

D'être juste seigneur du bien de mes aïeux !

Lui qui n'a pour l'empire autre droit que ses crimes,

Lui qui do tous les miens fit autant de victimes,

Croire s'ôtre lavé d'un si noir attentat

En imputant leur perte au repos de l'État! (Héract,, i, 2.)

Tout ce gros de saintes légions Qui de ton grand palais peuplent les régions. [Imit,, m, 21.)

GroSj dans cette signification , ne s'emploie plus que dans ces locutions : le gros d'une armée ^ d'une troupe y un gros de soldats. Autrefois ce terme se prêtait à une plus grande variété d'acceptions :

Ils commencèrent à se rallier ei/irent un gros, (E. Pasq.» Leu., xi, 15.)

— GROS , au sens moral , une grande quantité, une multitude :

Qu'heureux est ce moment où sa bonté déploie

Sur un groê d'amertume un peu de ses douceurs ! [Imii., ii> ^0

GROSSIR, neutral., au sens moral, comme grandir, croître:

Chaque jour a sous vous grossi sa renommée. (Oih.f m, 3.)

Ma conquête m'échappe où les vôtres grossissenL iSur,^ i, S.)

Autrefois grossir, pour grandir , croître, comme gros pour

grand, était usité très-fréquemment dans le style soutenu et

noble. A la fin du dix-septième siècle, Boursault se moqua de

cet emploi et le décrédita dans sa comédie des Mots à la mode.

— GROSSIR, activement, dans le sens d'accroître :

Que vous prenez de peine à grossir vos ennuis. {L'iUus. eom., v, 2.)

Pourquoi toi-môme en proie à tes vives douleurs

Gherches-tu sans raison à grossir tes malheurs? (Boil., Le Luirin, vi.)

GUÈRE , dont la signification primitive et véritable, dans la langue d'oc, comme dans la langue d^oil, est beaucoup, et quelquefois un peu , n'est plus usité qu'avec ne. Corneille, comme les écrivains de son temps et ceux qui l'avaient précédé, l'emploie sans négation; ou s'il y en a une dans la phrase, elle tombe uniquement sur le verbe.

Ainsi ne nous arrêtons point ni aux douze , ni aux vingt-^atre heures; mais

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resserroDS l'ACtiuD da poëme dans U moindre darde qa'il nous serm possibte, Afin que sa représentation ressemble mieux et soit pins parfaite. Ne donnons « s'il se pent, à l'une que les deux heares que l'antre remplit; je ne crois pas qme Bùdo^mme en demande guère davantage, et peai-étre qu'elles sofilroient ponr Cinna, {Trois. DUc.)

Yostre fin amaire A paor que'l cor li fonda

S'aisso e dura gaire., (BsaN. oa YiNTAn. , Chans. Tant ai imm eur plen tlejoia.}

Lny dictes bien que vous ne luy demandes ne ville, ne chasteau. ne fortrease» ne aultre cbose que gaires luy couste. (Jbh. d'Amas, MéUu., éd. Jannet, p. 47.) ^ Je ne vous vaeil demander ville, chasteau, ne fortresse, ne nulle aoitre choee qui gairei vaille. (Id., iàid., p. 49.)

Et si sa lèvre eust gutreê demouré Contre la mienne, elle m'eust succé l'ame

En la baisant. (Cl. Marot, Rond, du baàer de «'ome.)

U ne voQS dit chose qu'il ne fasse , si vous lui échauffés guèrtâ le poil. (DbspBRiias , Le Cymbabtm mundi, dial. i. ) — Choses très-importantes pour le service du roy, et qui ne peuvent pas soufifrir guiere* de dilation. ( LetL mits, de Henri lY, mars 1584, t i, p. 049. ) — Ils me voient en un &ge où il est malaisé que ma vie soit plus guère longue. ( M alh., Leu. à Louis Jf//. ) -^ La doueear et la patience chrétienne peuvent-elles guère aller plus loin? (Arn., ÂpoL panr les eathoL, l'* p., c. xxi.) — Il y a deux branches de la maison de Hesse qui ont abjuré l'hérésie : et je ne sais s'il y a eu guère de prince qui ait quitté la religion où il était né pour embrasser U catholique , avec plus de connaissance de cause et plus d'application à s'instruire de la vérité que le chef de l'une de ces branches, qui est le prince Ernest de Rhinfels. (Id., ièid,, ii, 85.)

Guère j qui s'employait fréquemment sans négation, était

assez souvent précédé de pas, comme nous disons pas beaucoup :

Crassus commanda à ses gens de traict et armez à la légère, qu'ils fissent une saillie sur enlx : ce qu'ils firent; mais ils n'allèrent pa« guèret loing. car ils fnrent soudain accueillis et enferrez de tant de coups de flèches, qu'ils furent contrainets de se rejetter de rechef sous le couvert de leurs gens armez. (Amtot, Vies, Grassus.}— Mais ce n'est pas par ceste preuve seulement qu'on pourroit vérifier q^iie les femmes ne sont pas guères propres à traicter les matières de la théologie. (MoirrAiGNB, Ess,, i, 560 — Celuy qui defendoit les femmes va demander à leur adversaire quelle raison il y avoit de dire que les femmes n'estoient pas gmeres sages. (BoucBBT, Serées^ m.)

GUÉRIR DE, neutral., suivi d'un nom de chose:

L'auditeur peut avoir de la commisération pour Antiochus, pour Nicoméde, pour Héraclius; mais s'il en demeure là, et qu'il ne puisse craindre de tomber dans un pareil malheur, il ne guérira d'aucune passion. [Deux, Dise.)

On trouve d'une manière analogue :

Les femmes guérissent de leur paresse par la vanité ou par l'amour. (La Baur., Caracu^ m.) — Cette fureur de burlesque, donf à la fin nous commençons à guérir , était venue si avant que les libraires ne voalaient rien qui oe portât ce non. (Pblliss., Hisu de CAcad., in.) ~ Athènes tomba parce que ses erreurs Ini parurent si douces qu'elle ne voulut pas en guérir, (Montksq., Grand, et décad. des Aom., c. viu.)

GUERRB. — HABITUDE. ^43

Corneille emploie aussi souvent guérir absol. [en particul. dans la Suivante) y pour signifier guérir d'une passion amoureuse.

GUERRE. FAIRE LA GUERRE, fig., avec un nom de chose pour sujet, tourmenter :

Si de tels souvenirs ne me JaitoUnt la gmrre,

Seroit-ii potentat plas heureux sur la terre? [Tiiê et Birén.i ii. 1.)

GUERRIER, adj. champ guerrier :

Revois ce champ guerrier dont les sacrés sillons

Blevoient contre toi de soudains bataillons. (itféd., m, 8.)

GUET. FAIRE BON GUET, veiUcr attentiv., crainte de surprise :

Faii bon guei. {UUtus. ceM., IT, %)

GUISE. A GUISE DE, à la manière de :

Il passe le tronçon de la sienne (de son épée) en la main gauche, à guUe d* on poignard. {Clit^y argum.)

Or parole Tiebert, après Garnier, A guUe de baron u qui amor quier.

{Gérard de RotsUton, édit. F.-Michel, bilri. ehév., p. 387.) À guUe dei replis d'un large pavillon.

(F. Rémi ob Bbauvais, La MagdeL, y* livre.)

HABITUDE, liaison, rapport habituel, commerce :

Vous avez habitude avec ce cavalier? {Suite du Mem,, it, 6.)

A servir Amarante il met beaucoup d'étude ;

Mais ce n'est qu'un prétexte à faire une habitude :

Il accoutume ainsi ta Daphnis à le voir,

Et ménage un accès qu'il ne pouvoit avoir. (La Mv., i, 1»)

L*emploi de cette acception était très-fréquent et trë»-yarié :

Habitude accessible, privée, fréquente, ordinaire, domestique, sociable, acconstumee, familière. {Les Êpiihetee de M. de Im Porte, I580i p. 202») — Les dames avec qui je fie te plut tfhabitude furent M"* la comtesse de Noailles , H"* d'Estrades.... (M"« de Montp., Mém., année 1656.) —Elle y fit connoissance avec un moine augustin déchaussé . qui lui donna habitude avec le secrétaire du maréchal de l'Hdpiut. <Id., ibid., 1658.) — M. de Thou, avec lequel j'avoix habitude et amitié particulière. (Rbtz, Mém.t 1. i.) — Je n'avois presque plue dthabi" nidi^avec toutes les femmes. (Id., i^jd.)— Il entra avec ardeur dans ses desseins, et il rassura qu'il n'oublieroit rien pour lui faire des créatures dans son village et dans tous les lieux oà il avait dee habitudee. (Ybrtot, Bévolut. de Suède,) — Je

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