‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 379 sur 389 · INVAINCU · texte numérisé non relu

INVAINCU

Ton bras est invaineu, mais non pas invincible. (Le Cid.» u, 3.)

Ce bonheur a suivi leur courage invaincu

Qu'ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu. {Hor., m, 6.)

Que-reste-t>il à dire? un courage invaincu? {Suiu du Ment,, ii, S.)

Voici les remarques de Voltaire sur le vers : Ton bras est invaincu, mais non pas invincible.

« Ce mot invaincu, dit-il, n'a point été employé par les autres écrivains; je n'en vois aucune raison : il signifie autre chose qu'indompté; un pays est indompté^ un guerrier est invaincu, »

A propos du second exemple :

Ce bonheur a suivi leur courage invaincu,

le commentateur répète encore : « Ce mot invaincu n'a été employé que par Corneille, et devrait l'être, je crois, par tous nos poètes. Une expression si bien mise à sa place dans le Cid et dans cette admirable scène ne doit jamais vieillir. »

M. l'abbé Féraud, dans son Dictionnaire critique ^ prétend, comme Voltaire, que l'adjectif invaincu est de l'invention de P. Corneille. C'est une erreur; on le trouve longtemps avant notre grand poète. Ronsard l'a employé plusieurs fois dans des exemples connus, et on en trouve, chez différents auteurs, d'autres en assez grand nombre, tels que ceux-ci :

Son courage toujours demeure invaincu, et ne se peut perdre pour quelque étonnement de la mort, tant espouvaniable puisse-t^elle estre. (Mbkl. db Goccàib, Théoph. Folengo, 1. 1, p. Ii8.)~ Quoiqu'on m'emmône lié, je demeure néantmoins invaincu, vainqueur de mas ennemis. (Amtot, Vies, Euméne.)

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