VIII INTRODUCTION
n offre autant de latinismes d'adjectifs que de latinismes de substantifs.
U prend célèbre dans le sens de public, solennel, éclatant :
«Je n'ajouterai rien aux célèbres témoignages que la voix publique vous rend.» [Pomp., Au cardioal Mazario.)
Nous rapportons des exemples analogues, comme ceux-ci :
« Le roi ne songeoit qu'à rendre ces noces cilèàret par des divertissements où il pût faire parottre l'adresse et la magnificence de sa cour. » (M"* de La Fayettb.) «Etranroit percé de mille coups s'il ne l'eût réservé à une vengeance plus célèbre,* (Rbonaro.)
Honnête^ chez notre poëte, signifie honorable, glorieux, comme le latin Aon^s^uj. U dit: «Un trépas plus honnête)) (Ot/ion)^ pour, un trépas plus honorable.
Il emploie content dans la sévérité de son étymologie latine» contentuSy qui se contient, qui se renferme dans ce qu'il a, qui se résigne sans peine, comme l'explique ForcelUni :
« Périssant glorieux, je périrai ccmeni. » (Po/., >▼! 0*)
Il donne à funeste l'acception première de funestus^ dérivé de funuSy funèbre, lamentable : « Funeste spectacle, funeste état, péril funeste, n
n emploie imbécile^ imbécillité, dans le sens d'imbecillus^ imbecillitaSy faible, faiblesse.
Il donne à sublime la signification primitive et toute latine d'élevé :
« Si votre hymen m*éléve à la grandeur eublime, » (Serf., i, 3.)
n dit être récent de son latin, pour signifier sortir de l'étudier, et en avoir, encore la mémoire toute fraîche, comme Fronton a dit : «Tu, qui a grœcis litteris recentior es,n
Que de verbes aussi sont employés par Corneille d'une manière toute latine ! U dit céder, pour le céder, comme le cedere latin :
< Et si le sang des dieux cède à celui des rois. > {Andrùm.^ iii, 8.)
« On ne peut plus rien faire Dont la gloire ne cède à celle de Sévère, >
dit de même Thomas Corneille, dans Maximian^ i, I. Ce latinisme a, du reste, été conservé, même en prose, après
INTRODUCTION. ix
Corneille. C'est ainsi que l'historien de la Conjuration des Graeque$ a dit :
€ Ses vertus personnelles ne cédoient ni à celles de son père, ni à celles de sa mère. 9
Obliger y dans l'auteur d'Horace, a la force du latin obligarcy et veut dire lier par un devoir, mettre dans une certaine dépendance morale à l'égard de quelqu'un :
« Envers un ennemi qui nous peut obliger? > [Hor,, i, 3.)
Construisant éprouver comme le latin experior, ii le fait suivre d'an qualificatif :
« Toujours de plus en plus je réprouve crueiU, % {L*!Uus„ ii. 1.)
Crébillon a dit d'une manière toute semblable :
c Cruelle ! si l'amour votu éprouve inflexible,
A ma triste amitié soyez du moins sensible. > {Rhadam.^ i, 1.)
Suivant La Harpe, «/'atnotir vous éprouve inflexible n'est pas français <. » 11 aurait mieux valu observer que c'est un latinisme peu usitô en français moderne. Crébillon, d'ailleurs, affectait cette construction ; on la rencontre jusqu'à trois fois dans un seul acte d'une de ses pièces :
c Si ma triste douleur vous éprouve inflexibles ;
Du moins ne laissez pas succomber ma vertu
Sous les divers transports dont je suis combattu. » {Pyrrhus, i, 1.)
< Je lui dois d'un ami le secours et la fol :
Il ne t éprouvera léghre^ ni perfide, » (Ibid.)
c Mes pertes, mes périls n'ont rien d'assez terrible
Pour un roi que l'honneur éprouve seul sensible. » (Ibid., i, 2.)
Corneille dit ^oublier de, avec un substantif, par imitation du latin obliviscor, avec un génitif, « s'oublier de son néant. »
Les adverbes, les prépositions, les coi^onctions nous donneraient lieu de relever bien des latinismes de Corneille. Pour le moment, nous nous contenterons de signaler une manière trèscurieuse d'employer l'adverbe ainsi, à l'imitation du Sic te diva potens Cypri, d'Horace :
« Ainsi vienne bientôt cette heureuse journée
Qui nous donne le resta en faveur d'byménée. » {Mél.^ i, 4.)
■ Lgcét, 3* p., 1. 1, ch. IT, sect. 1.