ENTRETENIR. — ENVERS
ENTRETENIR, de quoi que pour vous notre amour m'entretienne, quoi que me dise, que m*inspire pour vous notre amour :
De quoi qu'en ta faveur notre amour m'entretienne,
Ma générosité doit répondre à la tienne. (Le Cid, m, 4.:
De quoi qu*en ma faveur notre amour C entretienne,
Ta générosité doit répondre à la mienne. {IM.)
Je vous l'ai déjà dit et vous le dis encore :
Vivez avec Sévère, ou mourez avec moi.
Je ne méprise point vos pleurs ni votre foi,
Mais de quoi que pour vous notre amour m^ entretienne,
Je ne vous connois plus si vous n'êtes chrétienne. [Pol,, y, 3.)
ENTRETIEN. Emploi hardi au figuré :
0 vous, à ma douleur objet terrible et tendre,
Ëternel entretien de haine et de pitié.
Reste du grand Pompée, écoutez sa moitié. {Pomp., v, I.;
C'est-à-dire : Vous qui me parlerez sans cesse de haine et de pitié , qui entretiendrez sans cesse dans mon cœur la haine et la pitié.
— aimer l'entretien de sa fantaisie, aimer à s'entretenir avec son imagination :
Vous aimez l'entretien de votre fantaitie, [La Gai, du PaL, ii, i.)
ENVENIMER, fig. envenimer un souvenir, le rendre plus amer, plus douloureux :
fs'enveuime point ie cuisant souvenir Que le commandement devoit m'appartenir. (Serf., i, 1.)
— envenimé, fig. astre envenimé, dans le sens de destinée i'uneste et contagieuse :
Heureuse en mes malheurs si ce triste hyménée
Pour le bonheur de Rome à César m'eût donnée,
Et si j'eusse avec moi porté dans ta maison
D'un astre envenimé l'invincible poison ! [Pamp., iti, 4.)
ENVERS. METTRE DES DESSEINS A l'envers , les Tcnverser, les
confondre :
En vain contre le roi vous opposez vos armes ; Sa majesté brillante avec de si doux charmes,
Peut mettre en un moment vos desseins à C envers. {Inscrip, nàeee «ont éss
estamp. fil, La déroute du pont de Ce.)
— On a dit de môme après Corneille :
Je me vais donc, sur ta parole.
Hasarder à faire des vers.
ENVIE. — EPANCHEMENT. 264
Pour te peindre ce grand revers Qui trompa notre espoir frivole, Et mil nos projets à l'envers. (Chaulieu, LetL, h Dangeau.)
ENVIE. FAIRE ENVIE d'une CHOSE, en donner envie :
A force de baiser vous m'en feriez envie,
Trêve. MéL,\,b, U* édit.)
ENVOLER (s') APRÈS, fig.:
G dieux! je sens mon âme après lui s'envoler. {Llllus. corn.., n, 5t.)
ENVOYER AU JOUR, pour signifier, faire naître :
Quand je quittai la Perse, et brisai l'esclavage
Où m' envoyant au jour le ciel m'avoit soumis,
Je crus qu'il me falloit parmi ses ennemis
D'un protecteur puissant assurer l'avantage. {^gés,y i, 3.)
— ENVOYER DEVANT SOI, fig. :
Tu dois envoyer par avance
Tes bonnes œuvres devant toi,
Qui de ton juge et de ton roi
Puissent préparer la clémence. {Imit.^ i, 23.)
— Corneille emploie l'ancien futur en oimi au lieu de errai :
Vous m'envoierez à Rome! {Nicom,, iv« 4.)
Vous envoierez après sitôt qu'il fera jour. (!bid., v, 5.)
Jusqu'à toi, mon Sauveur, j'envoterfli ma prière. !/mir., ii, 9.;
P&ques, jour saint, vaut autre poésie, ïenvoyrai lors, si Dieu me prête vie... (La FoffT., Épttre à un ami,)
C'est encore assez généralement la forme rustique.
EPANCHEMENT, au propre, action de répandre, de verser, et la chose répandue, versée :
Féconds épanchements de pluie et de rosée,
Bénissez le Seigneur. {Trad. du Cani. des trois enfanu.)
Que fait en moi ce soleil si grand et si vaste par le prodigieux épanchement de ses rayons? (Boss., Conn. de Dieu,) — Les ipanchemenu des sources et lea écoulements des glaciers. (Malts-Brun, Géogr,, 1. 32.)
— Corneille emploie aussi , comme les meilleurs écrivains de son temps, ce mot au figuré, pour mieux marquer Faction de répandre les bienfaits, de verser la lumière, etc. :
Telles sont les faveurs que ta main nous partage.
Grand roi, du roi des rois la plus parfaite image.
Tel est Vépanchement de tes nouveaux bienfaits,
Il prévient l'espérance, il surprend les souhaits. {Bemere.au roi,en 1663.)
Un plein épauehemenl de consolations. [Imit., ii, 1.)
26« EPANCHER. — EPANDRE.
Toat ce que la nature ose faire de dons,
Tout ce qu'au-dessus d'elle ici nous possédons,
Sont des épanchemenis de ta pleine richesse. {fmii.,, m, 22.)
D'une clarté céleste un long épanehemeni
Fera briller incessamment D'un rayon infini la splendeur ineffable. {fbid,, m. 47.)
On trouve dans des sens analogues
Force plus que jamais l'agréable abondance A verser ses trésors dans le sein de la France ; Et par Vépanchement de ses biens les plus doux,
Redouble le chagrin de nos voisins jaloux. (Pbhrault, Parot. tiei Ane. et
des Mod,, Epltre au roi.)
Alcine nous la faisoit voir magnifique et inépuisable dans Vipanekemgnt de ses
dons. (Marmont., ConL^ L'Ëcole de l'amitié.)— La doctrine catholique atteignait
chaque jour son but fraternel par le simple épanehemeni de sa parais et de son
ordiii^ire efficacité. (L acord., 25* Confér.)
ÉPANCHER, fig. ÉPANCHER UNE GRANDEUR :
Et ce n'est que pour vous que vous avez conquis,
Puisque cette grandeur à son trône attachée
Sur nul autre que vous ne peut être épanchée. (Nicom., ii. 3.
Cette alliance de mots paraît assez impropre.
ÉPANDRE, au sens propre, verser :
C'est Ëraste, c'est lui, qui n'a plus d'autre envie
Que d,*épandre à vos pieds son sang avec sa vie. {Mél.^ r, i.j
n m'en souvient si bien que 'Répandrai mon sang
Avant que je m'abaisse à démentir mon rang. {Le Cid, i, 3.)
Qu'un peu de votre humeur ou de votre vertu
Soulageroit les maux de ce cœur abattu!
Un soupir, une larme à refgnft épandue
M'auruit déjà guéri de vous avoir perdue. (Po^. i, S.)
Je puis vous immoler, et ne puis vous punir,
Et quelque sang q^*épande une mère affligée,
Ne vous punissant pas elle n'est pas vengée. {Théod,^ y, 6.)
Voltaire déclarait ce mot vieilli; on le trouve cepe&dant employé au dix-huitième siècle, comme il l'avait été par Racine, par Despréaux :
Où Policréiie ipand ses libérales eaux. (J.-B. Rouss., Épfft,, n.)
n est redevenu , de nos jours , d*un usage assez fréquent dans le style poétique :
Océan ; qui sur tes rives
Êpands tes vagues plaintives. (LAlAAt., Éarm.t ii, 13.)
Bn nuage poudreux la femme épand le grain. (Id., Joeet., d* époque.)
ÉPARTIR (S). 263
— ÉPAN9RB, flg. :
Daigne dû Jtitfte t\b\ la bonté sottverainé. Vous en laissant le fruit, m'en réserver la peine. Ne lancer que sur moi les foudres mérités.
Et n'ipandre sur vous que des prospérités. {Rod,^ ii, 3.)
Notre fuite, madame, est assez difficile.
J'ai vu des gens de guerre épandut pift la vlll^ 7Mrf., tn, %,)
Un inconnu frisson dans mon corps ipandu
Me donna les avis de ce que j'ai perdu. [Mil.^ u, 1.)
On n'y a pas aimé la surprise avec laquelle Pertharite se présente au troisième acte, quoiqae le bruit de son retour tûH ipmtiuéé% le premier. {Exam.de Perth. Sur un bruit ipandu^ que le destin et moi D'une môme beauté adorions la loi,
Un prévôt soupçoaneiix me saisit dans la mt. [Suite ifa A/eiti., ii, 2.) Son amour ipanàn sur toute la famîllfe Tire après lui le père aussi hien que la fille. (Po/., v.O.)
— De même avec le pronom personnel :
En voyant ses regards t'épendre sur les eaux
Pour jouir et juger d'un eombat de vaissfeaux. i4wir0m,j i, 1.)
Déjà de nos soldats l'&me préoccupée
Montre un peu trop de joie à parler de P&àfp^,
Et si l'erreur ïépand jusqu'en nos garnisons.
Elle y pourra semer de dangereux poisons. (^fri., iv, 3.)
Épandre se trouve ainsi employé dans dés âlfiàûces de mois variées, en parlant des choses raorsles :
11 estime que ce que Dieu a du commencement etpandu de vigueur partout suffit à garder les choses en leur esUt. (Calvin, Ftutit. ekrét., i, U.)
La terreur ée mm nom^ qiil éevanoe ses armei ,
Êpandii dans les rangs de si vives alarmes... (Piaa., Poim. de la Peint.) Un bruit tépand qu'Enguien et Condé sont passés. (J.-B.Rooss.f Ép, i^.au roi.)
-** Cottwiflle empleriè etttofe d'une tnvnière plus pariitralière épandre f au filg., pour signifie^ rëpàndré, pointer àU lôiri :
L'usage de notre langue est à présent si épandu par toute rEAit/lpIer, (WUcipalament vers le Nord, qu'on y voit peu d'États où elle ne soit connue. (Préf. de : U Théâtre de P. Corn,, édh. de \m.)
Épandre a été repris de nos jours, au fig. comme au propre : Quel est sur votre front ce Boage épiÊndu ? (V. Hooo, GronHV., u, 19.)
ÉPARTIR (s*) , se répandre, se distribuer :
Car c'est lui qui répand la neige à pleines makis ; Comme flocons de laine il l'oblige à descendre ; La bruine à son choix ê*ipart sur les humains,
Comin* f'^rrtiiff Ift cendre. (Traâ, du Pt* U7.>