‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 228 sur 366 · ETALER · texte numérisé non relu

ETALER

Mérite qu'on létale aox bouts de l'univers.

Pour en donner l'exemple à cent climats divers. {Sert., u\, 2.1

Ces beautés étoient de mise en ce temps-là et ne le seroient plus en celui-ci.

La première est dans l'original espagnol, et l'autre est tirée sur ce modèle. Toutes

les deux ont fait leur effet en ma faveur, mais je ferois scrupule d'en étaler de

pareilles à l'avenir sur notre théâtre. {Exam, du Cid.)

Etaler n'étant plus guère usité qu'avec l'idée d'ostentation, d'affectation, il ne sera pas inutile de remarquer que ce verbe s'employait et pourrait s'employer quelquefois dans le sens général de faire voir, avec idée de l'intensité de l'action :

Ce discours vous fera parottre un de ces exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. (Boss., Or. fun. de la reine d'Àngl.)'-L9L fortune, trompeuse en toute autre autre chose, est du moins sincère en ceci, qu'elle ne nous cache pas ses tromperies; au contraire, elle les étale dans le plus grand jour. (Id., 2* Serm. pour le 4« dim. de car., n. ) — Le soleil nous éinfc pendant le jour une clarté pure, qui nous charme par sa distribution partout uniforme. (P. André, Ess. sur le Beau, c. 1.)

Des portes du matin, l'amante de Céphale

Ses rpses épandoit dans le milieu des airs,

Et jettoit sur les cieux nouvellement ouverts

Ces traits d'or et d'azur qu'en naissant elle étale, (Voit., Sonn.)

De même, dans des nuances diverses, au sens moral :

Pyrrhus, roi d'Albanio, avoit, entre les autres richesses de sa pierrerie, une belle agate, où Apollon et les neuf Muses estoient au vif représentez par le seul pinceau de nature, qui avoit si bien étalé son savoir en la gravure, sa fécondité aux figures, son industrie aux traits, sa prévoyance aux couleurs, son soin aux ombres, sa puissance aux linéaments, et sa merveille en tout l'ouvrage, qu'on pouvoit aisément remarquer chaque Muse à son instrument. (Mont., Ess., xi.) 0 grand Dieu, donne-moy que jV/a/e en mes vers Les plus rares beautez de ce grand univers... (Du Bartas, La Sem,)

Un si bon entendeur, comme vous estes, verra assez mon intention, quoique mal éiallée. (S. Fr. de Sales, Lef/., à M. de Bellcy , 14 avr. 1613. Nouv. Lett. inéd,) ia vais, expliqua-t-il, vous étaler des secrets qui ne sont point connus en votre climat. (Cyrano, Hist. corn, des Etats et emp. du Soleil,) — Je ne me propose pas de vous étaler ici toute l'histoire de ce terrible avènement. Je veux me renfermer dans une de ses circonstances.... (Mass., Serm, pour le prem. dim, de l'Av.) — Ce n'est pas se démentir que de revenir de sa méprise; ce n'est pas montrer aux peuples l'inconstance du gouvernement; c'est leur en étaler l'équité et la droiture. (Id., Pet. Car. y Dim, des Ram,, ii.) — Saint Ambroise étala la mesme morale dans un de ses sermons. (Tbomass., Traité de<;>ân.,o.xxviii,3.)— Puisque votre modestie m'impose un silence que mon peu de capacité à étaler des vérités si éclatantes devroit déjà m'avoir imposé. (Pradon, La Troade, Epistre dédicat.) — Un des premiers qui étala dans la chaire une raison toujours éloquente fut le père Bourdaloue, vers Tan 1668. (Volt., Siècle de Louis XIV, c. xxxiii.) — Jamais écrivain n'avoit étalé des idées politiques, en prose, aussi fortement que Corneille les approfondit en vers. (Id. , Comm. sur Corn, , Rem. sur Cinna, ii, 1.) — Le.méme Dieu, qui étale la preuve de son être d'une façon fi éclatante dans la création , a décidé de se surpasser dans un autre ordre , celui de la foi. (Mgr B^teaud, Lett. past,. Carême 1854.)

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