ÉTUDIER
Considérez donc les avantages d'un homme qui n'apprend point pnr e«nr; il se possède, il parle naturellement; il ne parle point en déclamal^nr ; les cboseï coulent de source ; ses expressions (si son naturel est riche pour l'éloquence) tout vives et pleines de mouvement ; la chaleur même qui Vukinkt \m fiit trouver des expressions et des figures qu'il n'auroit pu préparer dans ttn éiak. (FÉN... Dial. sur Véloq,, n.)
ÉTUDIER, act., comme s'étudier à, dans le sens d'affeeter :
Et je n'étudiai cette douleur menteuse
Qu'à cause qu'en effet j'étois un peu honteuse
Qu'une autre en témoignât plus de ressentiment. (MéL, vr, 10.)
Et quoi qu'elle étudie un peu de faux respect. (H^aeL, i, 1.)
Cent fois je me révolte, et cent fois je succomhe.
Tant ce calme forcé que f étudie en vain
Près d'un si rare objet s'évanouit soudain. (Pnlcft.. u, 1.)
— s'Étudier a, suivi d'un substantil*:
Plus une âme est humiliée,
Plus elle s'est étudiée
A ce noble ravalement. (/mil., m, 43.)
On trouve, au dix-septième et au dix-huitième siècle, d^ nombreux exemples de s'étudier à, suivi d*un substantif, dans le sens de rechercher avec un soin attentif, s'appliquer activement à :
De grande quantité de témoignages, j'en produis seulement un petit nombre, m'estudiant à briofveté. (Calvin, Instit. chréi., i, 17.)— Ne vous esiudiant point tant au repos général de votre royaume qu'au particulier de vous autres. ( Pasq.» Rech., VI, 15.) — Tous les Romains en général s'estudttreni à l'embellisseoieot de leur langue. (Id., Lett.^ i, 1.) — Conduict par l'impétuosité de quelques turbulens qui ne s'estudieiit qu'à mal. [Lett. miss, de Henri /F, 10 fév. 1580, t. i, p. 273.)
— C'est l'inconvénient le plus à craindre, et qui porte le plus de préjudice à cêkl qui s*estudient à l'acquisition de la prudence. (La M.Le Vatbr, Hom.acad.^ xxt.) — Un personnage grave ne s'étudie point à une si extravagante rhétorique. (Batu, Dtci. cWi., art. Arodon, rem. A.; — Les calomniateurs qui s'étudient aux mojens de ternir la réputation de leurs ennemis. (Malebr., Rech, de lavér.^ m, 3* p.,xi.)
— Les Finnois s'étudient aux enchantements. (Rbgnard, Voy. de Lapotne. )
On ne rencontre de nos jours que des exemples assez rares de cette forme heureuse :
n a fait pleurer pendant deux jours une femme jeune et beUbs qui depniji un mois s'étudiait aux poses les plus nobles, aux attitudes les plus royales, pour avoir l'honneur de paraître un moment devant lui. (M"* de Girardin, Lettres parisiennes,'21 fév. 1847.)— Les dames y^fudienf aux allures de marquises. (L. Ybdill., Les Libres pens.^ vi, 10.)
— ÉTUDIER, neutr., avec à, suivi d*un infinitif, comme s'étudier à :
Plus un homme à lui-même étudie à mourir,
Plus il commence à vivre à l'auteur de son être. (laitf., ii, 13.)
ÉVADER, neutr., ipouT s'évader :
Nous nous amusons Irop, il est temps d'évader. {VlUui. com., iv, 9.)
Ce n'est pas mon dessein qu'on me fasse évader, [PoL, iv, ].) Mais mon dessein n'étoit que de t'intimider,
Ou d'obliger quelqu'un à le faire évader. [Pfirf^» V» 5.)
Dans ces dernières phrases, évader peut être considéré comme employé neutralement par ellipse du pronom personnel.
Évader s* est très-longtemps employé neutralement, comme échapper :
Cela laissez, messire Maurice,
A ! vous voulez évader. (Farce du Badin,)
Le duc de Nemours, après avoir gagné deux, de ses gardes, évade. (Pasq., Leit., xiii, 10.) — Il lui seroit mal aisé d'évader. (Id., itid.) Puisqu^il est en vos mains, sans hasard d'évader. Par les formes du droit il y faut procéder.
(J. DE ScuBL., Tijr et Sid., 2* journ., ii, 8.)
En sorte que lorsqu'il viendroit pour prendre sa place, il se trouveroit pris
luy-mesme sans aucun moyen d'évader. (Mézer., Hitt, de fV., Franc. !•*, 1523.)
Pour qui doit recourir à sa seule innocence,
Trouver lieu d'évader, c'est trop d'intelligence. (T. Corn., Maxim., v, 3.)
Bossuet a employé ce verbe neutralement au figuré, pour signifier, échapper à son adversaire par quelque évasion, chercher à esquiver une démonstration dont on est accablé :
De quelque côté que vous vous tourniez, il ne vous reste plus aucune défaite , aucun subterfuge, ni aucun moyen d'évader, \oua êtes pris et convaincu. {'^•Serm. pour le prem. dim. de l'Av.^ ii.)
Nombre de verbes, dans Fancienne langue, s'employaient ainsi neutralement, d'ordinaire à l'imitation du latin, dans des cas où le réfléchi serait aujourd'hui de rigueur. On disait, par exemple :
ABAISSER , comme s'abaisser, (Voir le Dictionnaire historique de la langue française.)
ABATARDIR, commc s'abâtardir, [fbid.)
ABATTRE, comme s' abattre, [Ibid.]
ACCORDER, comme s'accorder^ faire un accord :
Toy, marié, qui as une femme
Qui à toy ne peult accorder, (Dadouv., Les Uoy, d éviter Mérencolie») Je ne puis croire que le roy ait accordé avec la cabale huguenolte, que ce ne soit souz des conditions bien considérables. ^^Caq. de VAcc, 5* journ.)
ACCROITRE , comme s'accroître :
L'aspect, en arrivant, plus fier apparoissoit,
L'esclatante lueur prés de l'œil acroissoit. (D'Aub., Les Tragiq., v.)
AMUSER, comme s'amuser :
Vous amu9e% tousjours à la pasture. {Farce de marckamiàt.i
APPAUVRIR , comme s'appauvrir :
La difficulté n'est pas en cela ; elle est an moyen de remboorsement , que je ne eognoy point si asseuré et prompt que je le désirerois, eslaos mes affaires en td estât que je ne fay que appauvrir en acquérant, {lett. mUs. de Henri /F, S5 janvier 1590, t. m, p. 125.)
ASSEMBi^^R, comme s'assembler :
Quant vint le mardy, environ cinq heures du vespre» commeneérent venir et assembler femmes, tant vielles comme jones, de toutes parts. ( Les Êpotsg. an Quen», éd. Jann., p. 31.)
ATTENDRIR, comme S attendrir :
Quand le roy de France vit leur grand humilité, le coeur luy tuiendrii. [ Le Rom. de Jeh. de Paris.)
BAISSER , comme se baisser :
La porte du Plessis ne s'ouvroit qu'il ne fust hnict heures du matiD, ny ne baissait le pont jusques à la dicte heure. (Comminbs, CAron. du roy Lo^$ il.)
BRISER , comme se briser :
Tant va li poz au puis qu'il brise. (Gautiir db Coinsi , de Monoeks injlumine perielitato, etc., cap. xxxiii.)
CONSUMER , comme se consumer :
Mais les méchants, dans la flamme éternelle. Où rien ne les peut secourir.
Brûlent sans consumer, (Racan, P«., xxxiii.)
COURROUCER , commc se courroucer :
11 86 mit à courroucer contre Duno. (Montluc, Comment,, ii.)
DÉPLACER , comme se déplacer :
Debout, que de ce lieu on ne desplace. ( Farce nouv., tris-bonne et fort joyeuse, de Guillerme qui mangea les figues du curé,) Mais si ce vient que je passe aulcuns jours Sans rien apprendre en quelque lieu ou place. Incontinent il fault que je desplace.
(E. DoLBT, Second Enfer, Epist. i, à Franc. !•'.)
Ce verbe s'emploie encore neutral. dans la locution c(»iiiiue : sans déplacer,
DÉSACCOUTUMER DE, comme se désaccoutumer de :
Raison ne veult que je désaccoutume
De vous servir. (Villon, Grant Testam.y cxxix.)
ÉBATTRE , comme 8*ébattr€ :
Il alloit tousjours au matin esbaire au bois qui joinci àla fortresee. (Jbh. d'Ar- RAS, Mélusine, éd. Jann., p. 88.)
ÉCHAUFFER, coïùmQ s' échauffer :
Tous les chevaux commencèrent à eschauffer et à demourer derrière. (Jbb. d'Arras, Mélusine, p. 30. )
ÉCLIPSER, comme s'éclipser :
Cest une chose fort estrange que de veoyr le soleil esclipser a mydy. (Palsor., Lesclaire, de la tang. pranç.t p. 521.)
ÉMOUVOIR , comme s'émouvoir :
Quant les anetles sentent la tempeste t$mouvoir en l'air, et qu'elles voilent et crient sur l'eau, bien sceventqne pleuve aront sans tempeste. (Êv. des Qiieit.,p. 125.)
ENDORMIR, comme /çnrformir, se trouve dans le Vocabulaire latinfrançais du xive siècle, publié par Escallier, au mot gonsopiri. ÉVANOUIR, ç^ovame s'évanouir :
La chaleur fut si grande qu'il en esvanouU, (D'Adb., Fœneste, m, 7.) C'est assez faict pour esvanouyr
Qu'estre tousjours en ces aboys. {Farce de Colin qui lotte et detpiie Dieu,) Ce sot mari, qui de prime face avoit pensé esvanouir. (H. Estibnnb, ApoL pour Hérod., c. 15.)— Elle estoiten grand danger d'esvanouir. (D'Urpé, Asirée, i,4.)
FACHER, comme se fâcher :
Elle plaindra, elle/cucAeru, De rechiner ne cessera. {Les Ténèbres de mariage, quarte Leç.)
FAMILIARISER, commc sc familiariser :
Gardant une humble et douce gravité, sans familiariser avec ceux qui leur parleront. (S. Franc, de Sal., Consiiu pour Us Relig. de la Visii, , xxiii.) — Qu'elle (la supérieure) ne familiarise pas en telle sorte avec les unes, que cela puisse servir de tentation d'envie aux autres. (Id., t'^td., xxix.)
FERMER , comme se fermer, être fermé :
La porte alloit fermer, (D'Adb., Hisi, untv.j iv, 4, l^* éd.)
FLÉTRIR, comme se flétrir : •
Geste fleur commence kflailrir. (Palsgrave, Lesclaire, de la tangue Jr., p. 651.) Mais par moi, mon humble fleurette
Fleurira tousjours sans flétrir. (J. de La Taille, Le Bios, de la marg.) Cependant que la jeunesse Nous répand de sa richesse, Tousjours gais nous florlssons; Mais soudain nous flétrissons^
Assaillis de la vieillesse. (Oliv. de Maony, Od., ui, 1559.)
Il s'agissoit, non d'une couronne qui flétrit sur la tôte da vainqueur, mais de cette couronne immortelle.... (Mascaron, Or, fun, de Tur,, m.)
286 ËVADER.
GAUDiR, comme se gaudir :
11 alla gaudir à Paris. (Coq0illabt, Empuue,)
Mieux vaolt gaudir et despencer. (Farce de Folle Bobaut.)
lis eussent bien voulu, par leurs dilations et remises, me faire perdre l'oea-
sion qui se présente de pacifier mon royanlme, pour faire toasjoars leurs afiaim
à mes despens, gaudir et profiter de mes travaux. {iMU mue, de Hemri /F. u nr.
HATER , comme se hâter :
Il ne faut point tant haster^ et Ton a assez temps. (Comiiinbs.)
HÉRISSER, comme se hérisseï^:
Mes cheveux étonnez hérissent en ma teste. (D'Adb., Leê Trag,, i.)
Sa barbe et ses cheveux de fureur hériêtoiem, ([d.« iMrf., iv.)
On a veu à ta table, en public, tes cheveux Hérisser eu coûtant tels accidetits aflfreux. (Td., ibid,, v.)
JOUER DE, comme se jouer de :
Et bienl vous, conseillers des grandes compagnies,
Fils d'Adam qui jouez et des biens et des vies,
Dites vrai, c'est à Dieu que compte vous rendes,
Rendez-vous la justice ou si vous la vendez? (D'Aub., Les Trag,, ni.)
LAMENTER, commc se lamenter :
Et bien! qu'avez-vous. qui lamentez si fort? (Lariv., Les Espriu, iv, 3.) La malheureuse orfraie, Sur un chevron constante à lamenter.
Toute la nuit, par un cri qui t'effraie, A son chagrin semble encor insulter. (Sénegé, Cont., Filer le parf. am.)
LEVER , comme se lever, ou se relever :
Leva Ernols de Mal-Bréon,
Qui moult est saiges de raison. (.Parton. de Blois, v. 6477, éd. Crap.l
Des que l'aube [vient] veult lever.
{Les Drois noulv, establis sur les femmes.) Et tantost aprez, leva la lune belle et clère. (Jeh. d'Arras, Mélus, , p. 30.)~ Et de fortune le soleil leva en mesme temps. (D'Urpe, Astrée^ i» 5.) — Je vous dy pour Euvangile que nul qui veult gaigner au jeu de dez ne se doit jamais asseoir, pour jouer , son dos devers la lune , où qu'elle soit lors, ains lui doit tourner le visage, ou se ce non, jamais il n'en lèvera sans perte. {LesÊvany. des Quen. , p. M). ) Lever à six, Manger à dix, Souper à six, Coucher à dix,
Font vivre l'homme dix fois dix. (Heeueil de Gruthbr.)
Et le pouvre homme porte toute la charge de la meson, de coucher tart et lever
matin. {Les quinze Joyes de mar.^ m.) ~ Etsuy d'accord de lever demain. \Ibid.)
Dans ce dernier exemple, où il s'agit d'une femme, lever est dit comme relever, faire ses relevailles»
MAINTENIR, commc se maintenir:
Par Dieu y se dist le roy d'Arragon , ce seroit une merveilleuse chose si ung simple bourgeois de Paris pouvoit maintenir en tel estât si longuement comme venir jusques icy. {Le Hom. de Jeh. de Paris,)
MOQUER, comme se moquer:
Je croy que vous mocquez. (Lariv., Le Fidèle^ i, 2.)
MULTIPLIER, comme se multiplier :
Estant très-certain que, dedans et dehors, les praticques et desseins y muUipliem tous les jours. (Le«. miss, de Uetiri /F, t. iv, p. 99.)
PLAINDRE, comme se plaindre. (Voir cet article.)
PRENDRE A , commc Se prendre à , dans le sens de commencer :
Durement commence à plorer,
Puis en ploranl prw/ à parler. [FloireelBlancefl,, éd. du Mér.,v.711.)
La dame pmr à regarder. {Liroum, du chasl. de Couci^v, 175, éd. Crap.)
En son cuer prent à recorder
Le doux maintien et le parler
De sa dame à noble manière.
Qui n'est outrageuse ni fière. {!bid„ v. 311.)
Vers le chatel preiu à aler. (iùid.y v. 430.)
Li chastelain prent à monter
En la salle qui fu bien painte Ibid., v. 434.)
Disant ces molz, sa face colorée Print à blesmir. (J. Harot, Le Voyage de Gênes,)
RELEVER, comme se relever. (Voir cet article.) REPENTIR, comme se repentir :
Vous en pouvez repentir, (Rabel., i, 25.) RÉVEILLER, comme se réveiller :
Qui trois mois sont sans resveiUer (les loirs.) (Villon, Grani Test., cxuxi,)
La lune est coustumière
Renaistre tous les mois ;
Mais quand nostre lumière
Sera morte une fois.
Longtemps sans réveiller
Nous faudra sommeiller. (Ronsard, Od., ii, 5.)
ROIDIR, coimiie se raidir :
Les nerfs des jambes et des bras Roidissent au mourant à l'heure du trespas. (D'Aub.« Les Trag,, i.)
Deux fois le fer échappe à la main qui roidit, (Id., ibid,)
SERRER, comme se serrer :
Le cœur lui serra et tomba pasmé aux pieds du roi de France. {Le Rom, de Jeh, de Par,)
On dirait aujourd'hui : son cœur se serra.