FORCE
tience, n'est pas français. Il faut ou : Modérez votre impatience, ou Mettez un frein à votre impatience , ou quelque autre tour.
« La force qu'on vous fait, » dit-il encore à propos du vers de Sertoriusj est un barbarisme. On dit : « Prendre à force, faire force de rames, de voiles; céder à la force, employer la force; > mais non « faire force à quelqu'un. » Le terme propre est € faire violence ou forcer. »
Cependant on a dit d'une manière toute semblable :
Et parce que lu, force qu'elle se faisoil en cela estoit très-grande, et qu'elle oe pou voit la supporter plus longuement, elle s'approcha de Philis, et.... (D'Uara, Aâirée, i, l.) — Ce fut en ce temps que la bonne volonté qu'il me portoit augmenta de sorte qu'il n'y eut plus moyen de la celer, quelque Jorce qu'il se pusl faire. [Id.Jùid,, 1, C.)
Et l'on a parfaitement pu parler ainsi , parce que force a été très-anciennement et très-longtemps synonyme de violence :
El le faictes bien travaillier, affin qu'il vous en prise mieulx; et dictes que vous crierez à Isk force, et me appeliez. (Les quinze Joyes du mar.^ la Quinte joye.) <— n y en a de la cour, lesquels, quand ils ont des procez, usent de grandes forces. (L'HospiT., Har., 11 avr. 1565.) — J'ay ouy parler de beaucoup de meurtres, pilleries et forces publiques commises en ce ressort. (Id., i^ùf.) — Les hauts justiciers qui souffriront ports d'armes , /orce« ou violence estre faictes en leurs justices, et n'en feront poursuitte , seront privez de leursdites justices. {Ordomi. de Moulins sur le règlent, de la justice, fév. 1568, xxx.) — Pour la fréquence des /orce4 publiques qui se commettent à présent en nostre royaume, voulons que, pour ceste année seulement, lesdits juges présidiaux puissent instruire et juger sans appel au nombre de sept toutes matières d'excez commis avec foices, ports d'armes et assemblées illicites, contre toutes personnes de leur province, de quelque qualité qu'ils soient. {Ibid., xlvii.)~ Estant pour cela mon intention qu'il ne soit faict aucune /orce ny violence aux consciences de mes subjects. {Ua. miss, de Henri IV, t. iv, p. 824.) — Tout le changement qui y est venu depuis, je sçay que vous l'avés imputé, non à son vouloir, mais à leur yorce {lbid.,i. ii, p. 175.) — Tu as beau joindre les prières aux menaces, les artifices et les stratagèmes aux forces ouvertes, tu n'arriveras jamais où tu pretens. (Gohberv., Qrfà.. 1'* p., 1. 1.) — Je t'atteste, luy dit-elle, par la divinité de celle que tu sers, de deffendre mon honneur et ma foy, d'une force à laquelle je ne puis résister. (Id., ibid.)
— AVOIR FORCE , avoir une influence active :
Son exemple auroii forcer et feroit qu'à Tenvi
Tous voudroient imiter le chef qu'ils ont suivi. (La Tois, d^or, i, S.)
— FORCE, avec le pluriel, eu parlant de choses morales :
Que de ses mots savants les Jorces inconnues
Transportent les rochers, font descendre les nues. (VIUus. com,^ i, 1.)
L'espoir le mieux fondé n'a jamais trop de forces. l^**'-» "• ^0
« Qn ne peut dire les forces d'un espoir; aucune, langue ne peut
FORCENEMRNT. — FORCENEE. 347
admettre ce mot, parce que les forces ne peuvent pas être dans un espoir. C'est un barbarisme, » dit Voltaire.
— Corneille a dit les forces de sa vertu, les forces (Tune flamme^ les forces d'un amour, comme il dit les forces de l'espoir :
Mais au liea de goûter ces grossières amorces,
Sa vertu combattue a redoublé ses forcée, (Ctn., v, 3.)
Je sais quelle est ta flamme et quelles sont ses forces.
Que tu n'ignores pas comme on fait les divorces,
Que ton amour t'aveugle, et que pour l'épouser,
Rome n'a point de lois que tu n'oses briser. (Pompée^ v, 4.)
Je tâche avec respect à vous faire connottre
Les forces d'un amour que vous avez fait naître. {Rodog,, iv, S.)
FORCÈNEMENT, fureur forcenée :
Et fuyez un tyran dont le forcènement
Joindroit votre supplice à mon bannissement. {Médie, iv, 5.)
FORCENER, verbe neutre, être hors de sens, enrager :
Le désordre éclatant qu'on voit sur mon visage N'est que l'effet trop prompt d'une soudaine rage, Je forcené de voir que sur votre retour
Ce trattre assure ainsi ma perte et son amour. {La Veuve, v, 10.)
Clarel l'entent, vif quide forsener, {Oiineif v. 1002.)
Dieu, que ceste femme demeure ! Elle ne fait que babiller Çà et là : c'est pour forcener.
Par quoy j'ay toujours besoing d'elle. {Farce des femmes qui font r^ fondre leurs maris. Ane. th.fr,, t. i, p. 67.) De peaux il (Bacchus) les entouma,
Il orna De pampre leur folle teste, Et, trépignant an milieu,
Ce fol dieu ForsenoU après sa feste. (Rons., Od„ m, 4.)
Qui me tient que je ne te tue.
Pute? m'as-tu fait tel outrage?
Me fais-tu /orcewer de rage? (Jod., Eugène, m, 3.)
Il enrage, il forcené de se voir si l&cbement trompé. (J. db Schel., TyretSid,, Arg.) — Suivant un party et désirant son advantage, ils /orcfimeni , s'il en vient au rebours. (Charron, La Sag., ii, 2.)
Mot excellent dont Mercier, dans sa Néologie, conseillait justement la reprise , en en donnant Texemple lui-même dans cette phrase :
cC'estle propre de la faiblesse àeforcener, dés qu'elle s'aperçoit elle-même.»
Observons qu'on devrait écrire forsener^ selon l'orthograplie ancienne, et non forcener , ce verbe étant formé de for ou fors.