‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 280 sur 366 · GENTILLESSE. — GLACE · texte numérisé non relu

GENTILLESSE. — GLACE

GENTILLESSE, la gentillesse d'un présent^ la manière agréable et délicate avec laquelle on le fait :

L'amoar est libéral, mais c'est avec adresse,

Le prix de ses présentt est en leur gentillesse, {Suite du Ment,, ii, 8.)

GERMAIN , frère, proche parent :

Les gens de Cornélie, entre qui vos Romains

Ont déjà reconnu des frères, des germains. {Pomp., iv, 1.)

Et puis, qa'aprés cela je flatte l'inhamain

Qni ne vient que d'ôter la vie à mon germainl (Trist., Mariamne, ii, 1.)

On disait de même germaine pour sœur :

Je conceu lors, despite, une humeur envieuse Qui me rendoit desjà ma germaine odieuse.

(ScHiL., TV «< Sid.f «• journ., i, 1.) Corneille, que ta verve a des charmes puissans ! Ses yeux remplis d'amour, ses discours innocens, Joints à sa majesté plus divine qu'humaine, Paroissent au théâtre avec tant de splendeur Que Mélite, admirant cette belle germaine. Confesse qu'elle doit hommage à sa grandeur.

(6DÉRBNTE,à M, Corn, sur sa Clarice.)

GERMER, faire germer :

Ton sang, en quelques lieux que sa fougue t'emporte, Laisse empreinte à longs traits la gloire de ton nom ; Et c'est une semence illustre, vive et forte, Qui de nouveaux martyrs germe une ample moisson.

{Vers, des Hymn, de S, Victor,)

Emploi excellent, ancien, et continué jusqu'à nos jours, malgré l'omission des dictionnaires. C'est une imitation du germinare latin.

Le mois de mai germe les fruits, les noue et les grossit. (Ctrako, Leu, div., pour l'été.)

L'homme, enfant et fruit de la terre, Ouvre les flancs de celte mère

Qui germe les fruits et les fleurs. (Lamart., Jocel., 9« ép.)

Que l'argile fertilisée

Germe des hommes et des fleurs. (Id., ibid.)

11 interdira aux coteaux du Midi de germer l'olive et la vigne pour les hommes du Nord. (Id., DUc. pron, à Marseille, 14 août 1847.)

La tombe germe l'espérance. (L. Vbdill., Cà ei Là, V éd., iv, xvii.)

GLACE, fig., pour signifier indifférence glacée, insensibilité à l'amour d'un homme, air glacial :

Quand tu ne pourras plus te priver de la voir, C'est alors que je veux t'en dter le pouvoir^

338 GLAÇON. — GUSSADE.

Et j'attends de pied ferme à reprendre ma pUee

Qu'il ne soit pins en toi de retrouver ta glace» {La Sm., i, 3.)

Le bruit vole déjà qu'elle est pour toi sans giacê, (/MA, iv. 6}

Ce soir j'ai bien la mine, en dépit de ta ghee^

D'en trouver là cinquante à qui donner ta place. {La Pi, Bog., m, 8.)

Et je verrai toujours votre cœur plein de giace.

Mon tyran impuni, ma rivale en ma place. {SerL, ui. S.)

11 me parla d'amour sans me donner d'ennui,

Je ne m'aperçus pas que je parlois à lui.

Je ne lui pus montrer de mépris ni de gloa. {Bcr., i, S.)

Elpinice pour moi montre une telle glace.

Que je me tiendrois sûr de son consentement. {^gée,^ i, 4.)

— De même avec le plur. :

Clarimond cependant, pour /oiufre tant de glacée.

Tâche par tous moyens d'avoir mes bonnes grâces. {La Suiv., m, 6.)

— LA GLACE DES ANS, pouT les glaces de l'ftge :

C'est tout ce que des ane me peut souffrir ta glace.

[Au rai, ewr een retour de FUmdn.)

— UN CORPS TOUT DE GLACE , pouF désigner un vieillard dont le sang est glacé par les années :

Et toi, de mes exploits glorieux instrument.

Mais d'un carpe tout de glace inutile ornement,

Fer, jadis tant à craindre, et qui dans cette offense

M'as servi de parade et non pas de défense. (Le Cid^ i 4.)

Corneille dit encore, par la plus poétique image de mots :

Je vous ai vu combattre et commander sous moi,

Quand l'âge dans mes nerfs a fuit couler sa glace. {Le Cié, i, 9.)

GLAÇON, fig., la glace d'un cœur insensible :

Dissipe mes glaçons par cette heureuse flamme

Qu'allume ton amour. {Imit.y iv, 16.)

— DES GLAÇONS, dcs cœurs froids comme la glace :

Ecoute, j'en ai vu de toutes les façons.

J'en ai vu qui sembloient n'être que dee glaçons,

Dont le feu retenu par une adroite feinte

S'allumoil d'autant plus qu'il souffroit de contrainte. (Mil,, m, 9.)

GLISSADE, iig., faux pas, au sens moral :

Rodrigue suit ici son devoir sans rien relâcber de sa passion. Chiméne fait la même chose à son tour, sans laisser ébranler son dessein par la douleur où elle se voit abîmée ; et si la présence de son amant lui fait faire quelque faux pas. c'est une glitsade dont elle se relève à l'heure même. (E^cam. du Cid,)

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