‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 336 sur 366 · IMPARFAIT DU SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

IMPARFAIT DU SUBJONCTIF

saut qu*on peut donner à la préposition à le sens de contre: Immobile contre leurs coups.

IMPARFAIT DU SUBJONCTIF, où nous mettrions le plus^ que-parfait du subjonctif.

La syntaxe de Corneille est souvent celle du seizième plutdt que celle du dix-septième siècle. Ce caractère archaïque se remarque particulièrement dans la concordance des temps. Ainsi, notre poëte emploie souvent Timparfait du subjonctif pour le plus-que-parfait. Il dit pw^ pour eût pu ;

DUT comme eût dû :

Après que nos exploits l'ont si bien méritée,

Un mol seul, an scahait dût l'avoir emportée. {La Toit, d'or, i,5.]

Mais puisque son dédain au lieu de te guérir

Ranin:e ton amour qu'il dût faire mourir,

Sers-loi de mon pouvoir. (Ciit., ii, 4)

On trouve dès les temps anciens de la langue cet emploi de l'imparfait du subjonctif pour le plus-que-parfait , et il s'est soutenu très-longtemps :

Nulle eaue ne la peust noyer, ne feu ardoir, ne glaive, ne aultre chose blescier; nulle chose ne luy peust nuire, ne fayre couroucier. {Le Livre du chev. de U Tour, c. xxxix.)

C'est-à-dire ne Veut pu noyer, ne lui eût pu nuire.

Mon pare et ma mère me cuiderent marier i lai; mes jamès je ne Xejeuu. ( Les Quinze Joyes de mariage, la quinte joye.)

C'est-à-dire jamais je ne Veusse fait.

Qui lors cognut mon extrême tourment,

Bien eust le cœur rempli d'inimitié.

Si ma douleur ne l'eust meu à pitié. (Cl. Màrot, Le Temple de Cupide.)

C'est-à-dire eût eu le cœur.

Voyez par qui, seigneur, ce crime est supposé.

Vous l'apprenez d'un traître, à qui le nom de père

Dût rendre pour son pore le secret nécessaire. (T. Corm., P^rrh., v, 4.)

C'est-à-dire eût dû rendre.

Cet ancien usage s'explique par ce fait que notre imparfait du subjonctif a été formé du plus-que-parfait latin.

— L'imparfait du subjonctif s'employait aussi fréquemment pour le conditionnel :

Et toutes vous dussiez prendre en un jeu si doux. Comme même plaisir, même intérêt que nous.

(C/i/., V, 3, l"« éd. ju$qu*4 1644 inclus.)

IMPATIENT. — IMPLEXE. 375

Je sui vostre oiii, ne dtûssés

Ensi mètre vos à mes pies. (Vie du page Grégoire le Grand, p. 15.)

C'est-à-dire vous ne devriez.

Et je vous dis de plus, si vous me maltraitez,

Que nos parents sçauront toutes vos veritez.

Vous deussiez avoir honte... (Boisrob., La Folle Gageure^ m, 4.)

C'est-à-dire vous devriez avoir honte.

— Pour rimparfait de l'indicatif:

Ta croyois que son cœur n'eût point d'autres atteintes,

Que son esprit entier se conservoil à moi. {La Gai, du Pal., iv, 4.)

C'est-à-dire tu croyais que son cœur n'avait point....

On trouve entre autres exemples qu'il serait aisé de multiplier:

Car il est certain, si tu Jussei

Homme de bien, et que tu n'eusses

Quelque marque ou mauvais renom,

Tu ne craindrois dire ton nom. (Cl. Màrot, Êpist. à cellequi Cinj,, etc.)

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