‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 363 sur 366 · JOURNÉE. — JUGEMENT · texte numérisé non relu

JOURNÉE. — JUGEMENT

JOURNÉE. PRENDRE JOURNÉE , comme prendre jour :

Et noorrissoit ainsi d'éternelles douleurs.

Mais hier, quand elle sut qu'on avoit pris jottmée

Et qu'enfin la bataille alloit être donnée.

Une soudaine joie éclatant sur son front... [Hor., i, 1.)

€ On prend jour^ remarque Voltaire, et on ne prend point journée , parce que jour signifie temps , et que journée signifie bataille. »

— JOURNÉE , dans le sens d'exploit :

Et ses nobles joum^ Porter delà les mers ses hautes destinées. (Le Cid., it, 5.)

L'Académie avait dit dans ses Sentiments sur le Cid:

< L'observateur a bien repris ses nobles journées; car on ne dit point les journées d'un homme pour exprimer les combats qu'il a faits. »

Voltaire critique justement :

c On disait alors c les journées d'un homme ; )» et il en est resté cette façon de parler triviale : « il a tant fait par ses journées; > mais c'est dans le style comique. »

L'ancienne langue, et même celle du dix-septième siècle, employaient ce mot dans le sens de bataille, de diverses manières qui maintenant paraissent un peu singulières, bien qu'excellentes en soi; ainsi, gagner une journée y pour gagner une bataille; perdre une journée, pour perdre une bataille:

Et rencontra le roy de France à Montlhéry, et gaigna la journée. (Oliyibr di La Marche, Biém., introd.» c. v.) — Il perdit une trôs-sanglante journée près de Calcédoine. (Mézbr., Hist, de Fr. avant Clovis, ii, 20.)

JOUVENCEL, pour jouvenceau :

Qu'il fasse mieux ce jeune jouveneel^

A qui le ciel donne tant de martel. {Rottd. contre Scud.)

Tous les mots en eau^ dont le féminin est elle, avaient ainsi autrefois un masculin en el; on disait bourrel pour bourreau, coutel pour couteau , mantel pour manteau , pommel pour pommeau, torel pour taureau, tropel pour troupeau, vel pour veau, etc. La langue moderne a conservé les deux formes dans quelques mots, GomvnQ damoisel et damoiseau, bel et beau, nouvel et nouveau.

JUGEMENT, avec le plur., en parlant delà faculté qui compare et qui juge:

Tant l'excès du forfait, troublant leurs jugemenu.

Présente à leur terreur l'excès des châtiments. {Pomp^, ii> ^0

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