II
486 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
maire et un procédé de style qui n'ont pas encore été éclaircis, que nous sachions. Nous croyons utile de les étudier ici à fond, en nous appuyant sur de nombreuses citations, dont on nous pardonnera, espérons-nous, la longueur, en faveur du profit qui en pourra résulter non-seulement pour la grammaire historique, mais pour l'usage pratique de la langue. Ces nombreux exemples, empruntés aux meilleurs écrivains du seizième et du dix-septième siècle, nous dispensent de nous étendre en longue théorie. Nous nous contenterons de dire que le pronom personnel se supprime généralement après les verbes faire , laisser ^ mener^ regarder, sentir, voir, entendre, écouter, suivis eux-mêmes d'un autre verbe qui achève le sens. Alors le régime suit les verbes qui accompagnent faire, laisser, etc., ou bien, s'il les précède, c'est un pronom personnel, un pronom relatif ou un adjectif indéfini, comme tout.
Nous allons présenter successivement des exemples des deoK cas, en plaçant toujours en tête ceux de Corneille. Aux exemples* des seizième et dix-septième siècles nous en joindrons quelques — uns d'écrivains du dix-huitième siècle qui avaient gardé la tradi- — tion de la bonne époque. Nous verrons ensuite quelle est aujour — d'hui la pratique habituelle.
Le pronom personnel se supprime donc.
Après faire, précédé du régime :
Mais ce flatteur espoir qu'il rejette en mon àme
M'est qu'un doux imposteur qu'autorise ma flamme,
Et qui, sans m'assurer ce qu'il semble m'offrir.
Me fait plaire en ma peine et m'obstine à souffrir. (MéL, i, 1— ^-
Me fait plaire, et non pas me faire me plaire.
Lui procurant du bien elle croit la f&cher,
Et cette vaine peur la fait ainsi cacher, {La Siiiv., m, 6. ^—
Im fait cacher, et non pas la fait se cacher.
Le traître ! j'étois donc destinée à Cléandrel Hélas ! mais qu'à propos le Ciel l'a fait méprendre, Et ne consentant point à ses lâches desseins, Met au lieu d'Angélique une autre entre ses mains !
(La PI. Roy., IV, 7.) ^
L'a fait méprendre, et non pas l'a fait se méprendre.
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 487
Je eonbats toutefois, mais le temps qui s'avanee
Me fmii prieipiier en cette extravagance. [Smiie du Ment., i. 1.)
Me fait précipiter^ et non pas me fait me précipiter.
y oiià cet accident qui le fait retirer. {Ibid. , ▼, 5.)
Le fait retirer, et non pas le fait se retirer.
Annibal, qu'elle vient de loi sacrifier,
L'engage en sa querelle et m'en fait défier, (Nicom,^ i, 1.)
M'en fait défier, et non pas m'en fait me défier.
La loi du combat qu'il propose à Chimène, avant que de le permettre à Don Sanche contre Rodrigue, n'est pas si injuste que quelques-uns ont voulu le dire, parée qu'elle est plutôt une menace pour la faire dédire de la demande de ce , qu'un arrêt qu'il lui veuille faire exécuter. (£«an« da Cid.)
La faire dédire, et non pas la faire se dédire.
Je l'ai bien vu, et n'ai point fait de scnpiito de cette précipitation, dont peutêtre on trouveroit plusieurs exemples dlfii les anciens; mais ma paresse dont f&i déjà parlé me fera contenter de celui-ci, qui est de Térence dans VAtidriemte. dMs. Di$c.]
Me fera contenter, et non pas me fera me contenter.
Je tiens donc qu'il faut chercher cette unité exacte autant qu'il est possible; mais comme elle ne s'accommode pas avec toute sorte de sujets, j'accorderois très-volontiers que ce qu'on ferait passer en lue seule ville aoroit l'unité de lieu. (JMd.)
Ce quon ferait passer, et non pas ce qu'on ferait se passer. On a dit comme Corneille :
Seigneur Dieu ! tu me fuis esbahirl (LAaiv., Le Morf.,ii,%)^.., Révolter tous les citadins d'un Estât et /e< /aire emreii<er.(CBOLiÈRES,Le#ipre#£ftntfe<, un, ^ 137, v«.) — Sylvandre estoit si près qu'il put ouïr Phylis qui le fit eserier de loing : ma maistresse, bouchez vos oreilles aux mauvaises paroles de mon ennemie. (D'Urfb, ràstrée, i, 8.) — Voyez à quoy l'amour la faisait abaisser, [là., ihid., I, 12.)
La peur ne me fera nj taire, ny dédire, (Racan, Berg,, iv, 5.)
Encor à ce matin cette bouillante rage, Animant d'Alcidor l'impétueux courage.
L'a fait jeter dans l'eau, d'où la force du vent
L'a remis à la rive aussi mort que vivant. (|d., ibiâ,, v, l.)
L'amour des ehoses nouvelles nom fait lasser d'unt trop longue paix. (Id.. Har. étÀcad,)
La désir d'éiuouvoir une émeute civile les m fait assembler et rôder par la ville,
GoBiBe chiena affamez. (Id., Psimmi,, lviii.)
La crainte que les provinces voisines eurent de Teraperenr qui taschoit d'a-
vofar pur ce noyeo la Sileeie, la Moravie, les deux Faimoaies et leurs parties
488 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
septentrionales, les fit opposer unanimement à set efforts. (Bobjoi, Imérèu éts Princes, 1666, p. 9.)— Cela le fit opimâtrer davantage en son entreprise. (Fuir., Rom. bourg,, i.) — Gaspard , comte de Pembroc, oncle du comte, étant entré dans son comté, le fit soulever en sa faveur. (M arsollibr, HisL de Henri Vît, liv. %) — Vous verrez jusqu'où l'ambition de se distinguer, en triomphant d'un éerivaii illustre, peut aveugler un esprit vain et le faire égarer dans le fond et dans U manière. (St-Réal, De la critique, c. 7.) — C'est ce qui les fait égarer, on dt moins- qui les retarde dans leur course. (Id., Césarion, 1'* journ.)— Qnoiqn'OM curiosité dangereuse m'eût fait égarer et passer par différentes sectes de philosophes et d'hérétiques, je n'avois jamais pu m'ôter de l'esprit la créanee dHin jugement. (Chemin., Serm, sur la crainte des jugements de Dieu, i.) Et va errant par un chemin Qui, le détournant de sa route, Lefaict eguarer à la fin. (Lamv., Le Laquais, n. 3.)
Et si du bon chemin on fa fait écarter^
Deux mots incontinent l'y peuvent rejeter. (Mol., École des femm.» iu,3.) Il faut qu'il y ait quelque chose dans le cœur de l'homme qui le fasse risoÊJn à tout souffrir malgré son impatience, plutôt que... (Ddoubt, Leri. mor,, édiUlTOB, p. 169.) — Les pèlerins normands ayant appris que la ville de Salerne éloit assiégée par les Sarrasins, un zèle de religion les fit jeter dans cette place. (Tsa- TOT, Hist. de Malte, i.)^Il craignoit j^n'on ne f eût fait apercevoir des droits qn'ii avoit à la couronne. (Id., Rév, de Portugal,) — II a suivi l'art des mathématiciens qui ne disent rien qu'avec incertitude, et plutôt en déclinant an hasard qu'en prévoyant l'avenir, et souvent môme en suivant l'esprit d'illusion qoi les trompe et qui les fait d'autant plus tromper que Dieu permet quelquefois qn'il leur prédise des choses véritables pour les aveugler davantage. [Mém. de Poutis, 1. 1, 1603.) — La curiosité de ces merveilles nous fit emùarquer, (Fin., fo^tge supposée)
Vois par là quels malheurs j'aurois su m'attirer,
Si je vois qu'à ma honte il m'ait fait déclarer. (Th. Corn., Théod.^ i, 3^)
C'est lui, c'est T^éodat qui les fait révolter. (Id., ibid., IT, 3.)
Puisqu'un motif secret vous fit trop abaisser. (Id., Dar,, lu, 7.)
Mais le sang pour son nom vous fait trop émouvoir.
Ce n'est qu'une imposture et vous l'allez savoir. (Id., ibid., v, %.)
La joie à vos genoux m* a fait d'abord j&er. (Id., Mort d^ Achille, ui, 3.)
Le brusque entêtement qui vous fit marier
Fut un coup de jeune homme, il le faut oublier.
(Id., César dAvalos, m. 1.) Si m'étant confronté je ne le fais dédire.
Je demeure coupable, et c'est moi qui conspire. (Id., Masèm.^ v, 7.)
Polixène, madame, a des malheurs secrets
Qui la font consumer en d'éternels regrets. (Pbadon, La Troade, i, h)
La gloire de lui obéir la faisait volontairement «oumeiire à tout ce qn'il lui pUisoit de lui ordonner. (Bouas., LeM^de Chavigny.)'^Le canon dont on la battit (la citadelle) désola les ennemis et les fit rendre bientôt. (Pblliss., LeiU làtu, 19 juin. 1675.) —On le fit expliquer davantage. (Id.,t6t<f., 10 juin 1676.) — Cet» crainte religieuse, unie à une ardente charité, la faisait prosterner à leurs pieds. (P. Anselme, Vrais, fun, de la reine, n.) — L'honneur qu'il a (le clergé de Francs) d'être assemblé presque sous vos yeux le fait acquitter avec plaisir d'un devoir qu'il vous rend avec justice. (Flbcb., Leu., à la reine d'Anglet., 4 juin 1695.) — Ce qui méfait toutesfois moins esomner de cestacte,est...(H. Estibhns, ÀpoL pf>^
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 489
Uérod, , c. XV.)— On nous fit des salves à droit et à gaoche qni mefam encore éiormer eomment nous ne fûmes pas tués. (Busst, Mém„ 1649.) ^ La crainte qu'il a que les François qui abusent aisément des familiarités qa'on leur donne ne choquent le respect qu'ils lui doivent, Ufait tenir plus réservé. (Id., îMcT., 1665.) ^ ^e sentois une joie secrète dans l'emploi que je m'étois donné, qui auroit pu me fidre défier de moi-même. (M"* ob Yillbo., Carmante, i, 2.) -^ Il se servit de je 06 sais quelle autre illusion pour me faire trouver aux Tuileries avec lai à des htfiiret suspectes. (Id., Vie de H^-Sylvie de Mot,, v.) ^ Je veux voir cetfr jptr^ sonne qui a si bien servi l'Ëtat; et vous ta ferez trouver êa Yal-de-Gràce qnitnd j'irai. (M** db La Gdbttb, Mérn,, p. 114.)— Ce qui me fit étonner d'avoir la vue si bonne à mon &ge. (Id., iàid.t p. 213.) — Avouez que le procédé de mon oncle Mt bien infâme, de m'avoir fait venir où je suis pour me faire rendre à mon mari par famine. (M** de Gourc, Lett., x.) — La grandeur du péril te fit alors jowentr d'invoquer le Dieu que sa femme lui avoit souvent prêché. {MÊzEn., Altr, ée rHist, de France, ann. 406.) —Tout cela, ma mère, méfait retrancher au pur nécessaire. (M"« DB Maint., Lett. hitt., à M** de Glapion, 25 août 1712. ) — Madame ▼oas ordonne d'en avoir bien soin et de ta faire tenir au lit. (Id., ibid,) — La crainte du châtiment les fit rassembler le soir pour chercher les moyens de s'en garantir. ( La Bochbf., Mém., Prison des princes.) — Le même amour qui lui avoit inspiré de si forts sentiments de jalousie et de fureur te fit intéresser à sa foérison. {La France galante, Jnnonie.)
La déesse, attentive aux destins des guerriers,
A se sécher sans fruit condamna mes lauriers,
Et me fit consumer dans une plainte vaine,
Quand, jusqu'à Colletet, tous trouvoient leur Mécène.
(SÉNECÉ, Satires, Les Travaux d'ApoUôn.)
Tous les exemples* précédents présentent pour régime, avant faire ^ un pronom personnel. En voici avec le pronom relatif :
Ceux que l'opinion fait plaire aux vanités Font dessus leur tombeau graver des qualités
Dont à peine un dieu seroit digne. ^
(Ualh., Chans, pour te duc de Bellrtj.)
Et ses sages avis, m'apprenant mieux à vivre, M'apprendront à remettre au chemin qu'il faut suivre Tous ceux que mon exemple en a fait égarer,
(Racan, Psaumes, i.)
L'offense du mauvais traitement que l'on recevoit, augmentée par l'exemple du bon traitement des autres, faisoit perdre la fidélité à ceux que l'intérêt ni l'espérance des biens n'avoient pu jusques alors faire éloigner de leur devoir. (Richbl., Mém., VII.}— Il avoit avec lui quatre mille Espagnols, six mille Italiens et quinze cents chevaux, sans le déluge d'Allemands qu'il espéroit faire joindre à ses troupes. (Id., itrid,, XX.) — Le fleuve célèbre qui baigne nos superbes remparts n'a point vu de témérité comparable à la mienne depuis ce jeune présomptueux gu'une ambition trop déréglée fit précipiter dans ses eaux. (St-Rbal, Pan. de la rég. de Madame Royale.)
Avec tout :
Un coup de plat d'épée a tout fait écouter, {Suite du Ment,, iv, 6. j
A tout fait écouler, et non pas a tout fait s'écouler.
t9û PRONOM PERSONNEL (ellifsk du).
— Après faire, suivi du régime :
Quel envieux démon, et quel cbanne assez fort
FaUoit entre-ehoquer deox volontés d*accord? (la Suit'., v. &j
Faisait entre-choquer, et non pas faisait s'entre-choquer.
Si StMs f<^it descendre Jnpiter pour réconcilier Nicomdde avec son père, oo Mercnn ponr révéler à Angnste la conspiration de Cinna, f aurait fait ràfober iovLi mon auditoire. [Deux, Dise,)
J'aurais fait révolter j et non pas /aurait fait se révolter. *
On trouve (te môme :
La grandeur de son amour faisoU emurveiller tout le monde. (Mam. d*Aii6., VHepiam.^ 19* nonv.) — 11 pourra sembler à la compagnie que, pour luy iûn moins d'honneur, l'on y avait fait trouver des fruictières, des femmes de ] niers et autres racailles. {Caquets de Vaccouehée, 8« journ.) — Il a fait j terre pour ensevelir les rebelles de son Estât. (Senadlt, De C Usage des j l^p., l«tr.,2«disc.)
Mais il faut s'employer à faire adroitement
Dissiper la vertu de cet enchantement. (Tbistan, Marianmej i, 3.)
Ses intrigues firent mutiner leur armée. (Mbzbr., Bist. de France avant Ciwis, n, 11.) — Il vouloit employer la force pour faire retirer les François d'Italie, s'ils ne le vouloient pas faire de leur bon gré. (Ricbbl., Mém., xx.)— Léon Bm- Itftf;*. fit tenir incontinent après, au mois d'août, à Soleure, une autre assemblée des Treize-Cantons. (Id., ibid,)
Qu'en ton zèle, en ta flamme, Toujours ton inlérét fait déguiser ton &me. ^Tb. Corn4^ Cammodff vr. S.)
Alcibiade ne rendit pas seulement la ville d'Athènes considérable par la mer , mais il lui donna encore le moyen de s'agrandir par terre, en faisant souvenir les jeunes Athéniens du serment qu'ils prètoient de ne reconnottre point d'antres terres du pays d'Attique que les champs où croissent les blés, les vignes et les oliviers. (M** de Villeo., Les Amours des cp-ands hommes, Alcibiade.)
De même dans des écrivains du dix-huitième siècle :
Ce fut par une action si hardie qu'il ySi apercevoir le peuple de sa puissance, ei de la faiblesse du sénat. (Vertot, Révoi. rom., xiu.) — Je n'ai point trouvé de meilleur expédient ]povLT fi&ire ressouvenir les Anglais de moi, que de... (Volt., Lett,, à M. Thiriot, nov. 1730.) — Une lettre imprimée ne ferait que faire souvenir de moi le public et mes ennemis, dont je cherche à être oublié. (J.-J. Rouss., Le»., à M. Laliaud, 4 fév. 1J69.)
-r Après laisser, précédé du régime :
Pour moi, je suis d'avis que vous ies laissiez battre. (£'/(/iif.coM.,Hi, 3.) Les laissiez battre^ et non pas les laissiez se battre.
Va flatter, si tu veux, la douleur de Flavie,
Et me laisse éclaircir de l'état de ma vie. {Théod., iv, 1)
Me laisse éclaircir^ et non pas me laisse m'éclaircir.
PBONOll PERSONNEL (ellipse do). I9l
Vous verrez quMls auront pour tous trop d'amitié
Pour vous iaitser méprendre au choix d'une moitié. (9oj»Aon., m, 2.)
Vous laisser méprendre ^ et non pas wus laisser vous méprendre.
Le sieur César fit un pas 4e clerc de s'amuser aux forts, et nom hisser cependant /orii/f^. (MoNTLuc, Commem., ii.)— Les Romains les laissoieM eontumer par leurs propres forces. (Mezer., Hist. de Fronce avam Ctovis, xxji.) — ikteii finit atoe lui le second royaume d'Italie ; ou. si vous voulez, il passa aa:<<fHnce8 gemaîns qui , par leur pesanteur et négligence, et par leurs discordes continnsUes, Vom malbeureusement laissé dissiper et anéumir. (Id., Aùr. de CHisL es Frtmee, ann. 966.) — Si un des associés s'est associé quelque autre personne en sa portion, et qu'il Voit laissé entremeure àquelqae affaire de la société, il sera tenu du fait de cette personne. (Domat, Lois civ., !'• p., 1. 1. tit. 8, sect.4, ix.)—Ils se plaifiioient déjà qu'elle étoit gâtée ; et de peur de la laisser corrompre davantage, ils se résolurent de la marier dans le carnaval. (Furet., Le Roman bourg. ^ \.) — Aanasis les ayant remerciées de leur bonté, et conjurées de divertir par quelque igréable entretien la mélancolie d'Araxez, les laissa aller mettre à table. (Gomberv., C^tkérée, S* p., 1. ii.) — Au lieu de les poursuivre, il les laissa sauver. {Mém. de MûSÊgUst.) — Est-on raisonnable quand on ose s'élever devant une telle majesté qvi n'ft qu'à retirer sa main pour nous laisser briser en tombant? (Dugdet, Instit. ^ un prince, 5* p., c. xi^ art. 8.)
Je vous laisse éçlaireir avec loi. (Qum., Phaét., i, 2.)
L'idée confuse et imparfaite de la Providence qu'ont la plupart des hommes 110 pradnit pas tant de mauvais effets que vous le pensez dans les vrais chrétiens, quoiqu'elle troiQtle l'esprit , et qu'elle inquiète extrêmement le commun dus liOBines, qui remarquent souvent qu'elle ne s'accorde pas avec l'expéftese. MÛ il TUU mieux qu'ils en aient cette idée, que de n'en point avoir du tout : ce qui airiveroit peu à peu, s'ils la laissoiem effacer do leur esprit par un silenea psroicieux.(]lAUEBR., Entret. sur la métaph.^ xiii, 6.) -^ La plupart des merveilles de Oi«n nous échappent et, après les avoir légèrement regardées, nous les /sis* MMis effacer de notre esprit. (Nicole, Contin, des Ess., Sur l'évang. du merer. des luatre-temps de i'Avent.)-*Ces grandes vues de la foi ne vous laissent point eceiK 9er de rhonme. (M"* os Mainten., Leu. kisi-, aux relig. de St-Louls, 98 jsAl'ier nu.} — Tout ceci n'étoit que feinte.et, s'il eût sçu qu'oA Csûi iaissé baure LÎuiîy il n'en eût jamais parlé. (Sorjeju, Francion, viu)
Uexemt>le que nous avons à dessein placé en dernier est des
3luft frappants; t'eût laissé battre est pour l'eût laissé se battre.
De même au dix-huitième siècle :
La connaissance qu'il avait des sanvages lui fit craindre qu'ils ne nous ém§^ ^Mssent point retirer aussi tranquillement qu'ils l'avaient promis. (Préy., CTev., S'Y. 4.}-*Il y aune heure que je suis dans l'eau jusqu'au cou, et il n'est pas hona^te de me laisser morjondre. (Yolt., L* Ingénu, c. iv.)
... Ils nous laisseront égorger. (Dbstovcbes, VObst. imprévu^ iv, 5.}
Ce dernier exemple est des plus remarquables, le sens est : ils *oitt laisseront nous égorger.
-^ Après laisser y suivi du régime :
Digne soif de vengeance, à quoi m'exposez>vous,
De laisser affoiblir un si juste courroux ? ( L'Illus. corn., m, 6. }
laisset^ affaiblir, et non pas laisser s'affaiblir.
49S PRONOM PERSONNEL (elliI»8E do).
Si l'on court ao grand crime avec avidité»
tai'Mes-en raUnûr l'impétuosité. (OfA., ▼, %,)
Laissezren ralentir ^ et non pas laissez^n se ralentir.
C'est peu de laisser assoupir '
La ferveur du plus saint désir, Par notre l&cheté nous la laissons éteindre, (fmtf., i, 18.)
Laisser assoupir , et non pas laisser s'assoupir; laissons éteindre^ et non pas laissons s'éteindre. Le second exemple se rapporte aux faits précédents.
Ne laisson perdre en vain le temps. (Rons.» Od., v, xxnr.)
Brlenne s'arrêta tout court, et laissa évaporer la bile de Colbert. (Ghoist, Mém.y 11.)
Et qu'avec un plaisir extrême
On laisse^ quand on est auteur,
Endormir à ce bruit flatteur
La connaissance de soi-même ! (Chaul., Od., à Danfeaa.)
J'ai trop laissé d'un lâche affermir le pouvoir; Pour me chasser du trêne il n'a plus qu'à vouloir.
(Th. Coaif., Théod., iv. 8.j Si, par votre négligence, nous laissions fortifier les Espagnols aux Ët&ts du doc de Mantoue, les avantages qu'ils auroient contre nous en Italie rendroient toos no8%fforts vains. (Richel., Mém,, xx.) — On laisse échapper son cosiir après mille objets mondains. (Fléch.^ Panég, de Sle Thérbset i.) -* Ne seroient-llt donc pas bien mal conseillés d'ébranler eux-mêmes, les premiers, ces fondements étemels de la tranquililé publique, et de leur propre sûreté, en ne s'attachant pas inviolablement à la religion, et en laissant affaiblir dans les autres le respect pour elle? (Dugubt, butit, d*un prince, 3* p., c. 7, art. 3.) — Pourquoi décider par avance en leur faveur une question si douteuse, au lieu de profiter de son obscurilé pour suspendre toutes sortes de résolutions et laisser, pour le moins, tellement affaiblir par la guerre, et par l'interruption du commerce, ces deux puissances voisines, qu'épuisées d'hommes, d'argent et de forces, elles ne fussent plus en état de s'opposer à ce que les justes prétentions du roi sur la Flandre l'obi igeroi en t d'entreprendre à l'avenir? (Pblliss., HisL de Louis Xlf, 1. 3.) — Son retardement à donner quelques propositions de paix par écrit,... laissa écouler inutilement le temps que les armées attendoient pour se mettre en mer. (Id., ibid.) — Qui sait s'il ne trouva pas à propos de laiuer retirer tranquillement les Sarrasins? (Batlb, Dict, hist,, art. Abdbramb, rem. H.) — La Suède croit que son intérêt n'est pas de laisser agrandir l'Angleterre de ce edté-là. (Id., Leu. hist.t 8 août 1673.) — Il laissa séparer son armée victorieuse. (Miua., Àbr. de CHist, de France, ann. 1567.)— Ils ne laissent pas affoibUr cette gloire. (Boss., Polii,, 1. 1, art. 1.)— Votre tempérament est tout ensemble mélancolique et vif; il faut 7 avoir égard, et ne laisser pas trop attrister votre imagination. (Fsn., LeiL tpirit,, CXL1, éd. St-Sulp.) — ITes discours animoient son ressentiment, de sorte que je fus contraint de laisser calmer cet orage. (M** db Yillbo., JI"* d^ÀUmçmL)
On trouve de même, dans des écrivains du dix-huitième siècle :
Laissant emporter son esprit, qui manque naturellement un peu d'assiette, aux impressions précipitées de la surprise. (Vauvbn., Caraet,, 18.) — Qaelqoat soins
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 493
qne 1a mâifon de Goise eût pris de ne point laisser ajfoibUr l'opinion que le pn- Ùie aToit depais lon^emps de la puissance royale, il doit parottre surprenant qn'nn prince qui snccédoit à des rois aussi odieux et aussi méprisés qne Gharlee IX et Henri III ait pu reprendre subitement le pouvoir le plus absolu. (Iablt, Observ, sur CHist. de France, viii, 3.)— J'ai voulu, monsieur, mettre un intenralle entre votre dernière lettre et celle-ci, pour laisser catwser mes premiers mouvements. (J.-J. Rouss., Leiu, à Dusaulz, 16 févr. 1771.)
— Après sentir, précédé du régime :
Me sentant affaiblir^ je devins plus tranquille et je perdis un peu la fureur des voyages. (J.-J. Rouss., Confess,,y,)
— Après sentir, suivi du régime :
Et je sens refroidir ce bouillant mouvement,
Quand il faut pour le suivre exposer mon amant. (Ginui, i, 1)
Je sens refroidir, et non pas/e sens se refroidir.
Au seul écart de leur secret ombrage
Je sens guarir une amoureuse rage. (Rons., Amours, i. 9 )
Car, quand je veux louer Quelque bomme ou quelque Dieu, soudain je sais nouer La langue à mon palais. (Id., Odes, ii, xxiii.)
Et jà de peu à peu sent
Haute eslever sa ceinture. (Id., ibid,, m, xz )
■ Contemplant tes beaux yeux, ma pauvre ame paisible En se pssmant se perd ; lors je sens amasser Un sang froid sur mon cœur, qui garde de passer Mes esprits, et je reste une image insensible.
(Id., Sonn. pour Héltne, i, lviii.) Je sens, je sens glacer Mon sang, mon cœur, ma voix, ma force et mon penser.
(JoD., Did., act. ii.) Je vay, le plaisir esprouvant, Qu'un aveugle iroit recevant.
Semant déserrer sa paupière.
(J. DB LiNGBNOBs, Les Ckangem, de la berg, iris.) Je sens d'un nouveau feu rallumer ma chaleur.
(Adam Billaut, Ode, à Mgr le card. de Riebel.)
., ^« sentis pourtant peu À peu modérer beaucoup celte joye par la crainte que J^Vftii. (DatsooGT, Avant. d'Italie, c. 5.)
Mais Je sens affaiblir ma force et mes esprits. (Rac^ Mithr,, v,5.)
I>'abord on s'amuse et on se flatte, puis on se dissipe, et on sent ralentir toutes *^9 bonnes volontés. (Fin., Leit. spirit., cxux, éd. St-Sulp.) — Le roi, qui avoU ^^^ fortifier son courage par le succès de la dernière campagne, brùloit d'impaj^^ce de poursuivre ses conquêtes. (M"* ob Villbd., Carmanu, 1" p., 1. 1.; — r| 'entant rallumer en son cœur la plus violente flamme qui fût jamais : faut-il ^^^Hirir, continua-t-elle, sans voir encore une fois ce perfide? (Id., Jtf^'* de Tour- ^1 u.) — Totre Altesse, qui a demandé d'abord^ quand un honnête homme com- ^^çoit d'aimer, quel étoit son but, n'a pas prétendu parler de ces éventés qui ^U'injure à l'amour de le prendre pour un autre, et qui, au lieu des flammes II. 13
494 PRONOM PERSONNEL (ellipse do).
pures et durables qu'il a coutiinie de répaadfe dans une belle ftme, loi MtHbBe»! les feux folets dont ils senunt consumer la leur. (Bodrs., Le IÊ>* de Chavign^,)'' Chaque jour, chaque instant, je i&u ajouter de nouvelles peines à mes p^liei. (M** D'AuLNOY, Hiit.tTHypoL, i.}— L'empereur, qui le jour précédent a?oit perdn l'impératrice, sa mère, sentit renouveler sa douleur quand il apprit la meil du père Terbiest. (P. Le Comte, Méni, sur la Chine, Lett. 9.)
De même au dix-huitième siècle :
Ce père, s'élanl fait expliquer tout ce qui me regardait, sentii lui-même en/oaimer son zèle. (Prév., CUveland, I. vi.] — Et P***, au désespoir qu'elle ne soit pas morte, et qu'elle ait accepté sitôt une consolation, dont il la croyait incapable, a semi rallumer son amour par ce qui aurait dû l'éteindre. (Caén. fils, Leu de la marq. de Af% Lv.)
Mais enfin il demande un éclaircissement, Et je sens épuiser toute sa patience.
(SÉNECÉ, Dialog. des dieux j L'Hymen. l'Am. et la Rais.) J'ai senti ranimer ma force languissante. (Yolt., V Orph. de la Chine, i,2.) Je sens renouveler ma juste défiance.
(La Chaussée, La Princ, de Std., prol., 4« entr.) Avouez, entre nous, Qu'en voyant arriver étoffes et bijoux.
Tous sentirez un peu dissiper vos alarmes?
(Fabre d'Eglant., L7ftlrt9ii€^pi</.,i» ^-^
— Après voir^ précédé du régime :
Si j'avois un prétexte à me mécontenter.
Tu me verrois bientôt résoudre à le quitter. {La Gai. du Pal., ii -^ ^*
Tu me verrais résoudre^ et non pas tu me verrais me résoudre.
Mais ces fureurs enfin né sont qu'illusion.
Pour vous donner, seigneur, quelque confusion.
Ne vous étonnez point, vous Ten verrez dédire, (Perth., m -^^
Vous l'en verrez dédire^ et non pas vous /'en verrez se dédire.
Bien serois aise que les veisses
Bien emrebatire encore ung coup.
(Le Débat de la Nourrisse et de la Chamheri^^^^' David la vit bien despoiller
Et laver en une fontaine. [La Grata malice éesjemw^'^'
L'évesque Milo avoit des procès un million, et disoit que e'estoit son exerce ^^ et prenoit plaisir à les voir multiplier. (Dbspbr., Nouv., xxxvi, éd. La M.) D'assez loin tu vois redoublé
Dans le blé Ta face, de cinabre teinte, Dans le blé qu'on voit réjouir
De jouir De ton image en son verd peinte. ^
(Bons., Odes, Od. retranch., bibl. elzév., t. u, p. i^j Des roses plantées près «a VÊ^'-^
.le PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 495
Telle qu'on voit la colombe amoureuse
En son mal- heur s'estimer bien-heureuse Quand elle rompt les rets qui la pensoient tenir, Et que dans les douceurs de l'amour conjugale
On la voit reOnir A C6luy dont la flâme à la sienne est égale. (Racan, P«., cxxiii.)
Vous la verrez alors (la femme) enfler d'orgueil, et enflammer ny plus ny moins qu'une chienne enragée, ou un tigre. (TAHaRSAU, Premier Dial, du Democriiic, éd. 1603, p. 47.)— Quand il sera aux abois, tu me verrai jeter sur son corps et pieurtrsiir son visage, ni plus ni moins que si j'étois son fils. ( D assodct., Jvani. d'Italie^ c. 18.) — Le dépit de les voir multiplier s'éloit tourné en fureur. (Fleury, Èiœure des c/kréi., xviii.) — Il se donna bien de garde de séparer ces combattants qui s'embrassoient fort peu amoureusement; mais disant aux assistants qu'il les prenoit à témoins, il écrivoit cependant à la hâte une requête de plainte, et tant plus il les vaifoit battre, tant mieux il rôloit. (Furet., Le Roman bourg., ii.)
Les peuples, pipés de leur mine, Les voyant ainsi renfermer, Jugeoient qu'ils parloient de s'armer Pour conquérir la Palestine
(Malh., Invectives contre les mignons d'Henri Itl,)
Rai Gomez se retira après t avoir vu coucher, (M"« de Villbo., Don Carlos.) — Donnez-moi la satisfaction de vous voir défier de toutes choses, et je vous tiendrai compte de ce que vous ferez pour vous mettre à couvert de vos ennemis. (Id., Astérie, ii.) — Voilà pourquoi j'avois tant de peur de vous voir raccommoder avec votre première maîtresse. (Id., Le Porte-feuille.)
Le peuple fut timide, et, vous voyant armer ^
Préféra le tyran qui pouvoit l'opprimer. (T. Corn., Comm., i, 2.)
il semble que tu sois fâchée de me voir si bien porter, (Ddpbssnt, Le Malade sens maladie, ii, 5.)
De même, en plein dix-huitième siècle, et avec le relatif pour régime :
Accord admirable de l'intérêt et de la justice, qui donne aux délibérations comniuiies un caractère d'équité qu'on voit évanouir dans la discussion de toute a£Eaire particulière, faute d'un intérêt commun qui unisse et identifie la règle do juge *>ec celle de la partie. (J.-J. Rooss., Le Contrat social, ii, 4^
— Après voir, suivi du régime :
Un bien qui nous est dû se fait si peu priser,
Qu'une femme fût-elle entre toutes choisie,
Oo en voit en six mois passer la fantaisie. {MéLj ï,l.)
Voit passer, et non pas voit se passer. On pourrait, dans cet ^«mple, regarder passer comme un verbe neutre.
Jamais étoile, lune, aurore, ni soleil.
Ne viretèt abaisser sa paupière au sommeil. {Méd,, ii, 3.)
Virent abaisser^ et non pas virent s'abaisser.
496 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
Et sitôt qno je pense à tes divins attraits,
Je voit évanouir ces infâmes portraits. {L*Iiiu$. corn., iv, 7.)
Vois évanouir, et non pas vois s'évanouir.
L'onde qui les reçut s'en irrita pour cUes,
J'en vis enfler la vague, et la mer en courroux
Rouler à gros bouillons ses flots jusques à nous. {Àndrom», i. 1.}
Vis enfler, et non pas vis s^enfler,
Flaminins y demeure en assez méchante posture, voyant réunir toute la famille royale, malgré les soins qu'il avoit pris de la diviser. {Exam. de Nieom,)
Voyant réunir , et non pas voyant se réunir.
Qu'il attende le temps qu'avecque ma fortune
Nous voyons appaiser et les vents et Neptune. (Jon., OidoM, lu.)
A peine de leurs lacs vot-je sauver personne. (D'Aubig., Le$ T^ag., i, 9.) Le roi de Navarre, les mains derrière l'eschine, void lever une bande de mandilles orengées qui couchoient en joue. (Id., Hist. univ,, ii, 7# l'*éd.)
Ne vif-tu pas hier éclipser un soleil? (Ybaonn., L'Impuia,, iv, 1.)
Eux, aussi gaillards que s'ils n'eussent combattu de tout le jour, recommen^ cérent à verser leur sang, et à r'ouvrir leurs blessures avec tant de cruauté qua chacun avait pitié de voir perdre deux personnes de telle valeur. (D'Uiré, fA$^ tréCt I, 9./
Tandis que vous verrez couvrir en la saison
Vos costeaux de raisins, vos campagnes de gerbes. (Racan, Pi., xxxvu>
Que je perde à jamais la raison et la voix
Si mon plus grand désir n'est de voir sous tes lois
Soumeiire avecque moy tout le reste des hommes. (Id., iMd,, xxxvui ^ ^
Chacun prepoit plaisir à voir de jour en jour
Augmenter a la fois noire âge et notre amour. (Id., Bery., i, 3 .^^^ ^
Le- ventre couché sur le gazon d'une rivière et le dos étendu sous les braneb<^^ ^ d'un saule, qui se mire dedans, je vois renouveler aux arbres l'histoire de Ifar" — ' eisse. (Cyrano. Lett. div.. Sur l'ombre que font des arbres dans l'eau.) — A cet aspec "^^ "* je m rasnerener son beau visage, et je sentis aussi rassurer mon cœur. (Dassouc^^^ * Avant, d^ Italie, c. 3.) — Un peintre qui travailloit dans une chambre haute répoi— -^"^ dant sur cette rivière, ayant mis la teste à la fenestre pour prendre un peu d'ai '^^'^ eivoyant noyer Pierrotin, courut promtement. (Id.^ iMd., c. 9.)
Verroienf-ils transformer le chyle en crudités?
(SÉNECÉ, Sat., à M. le maréchal de NoaiJle^^^*^
Nous en verrons bientôt ralentir son audace. (Ta. CoiUf., ïktr.y ▼, j^^^*'
L'État, pour qui cent fois on vil armer son bras.
Lui doit peut-être assez pour ne l'oublier pas. (Id., Cornu d^Eaex, ii,d^^^'^
n pense voir en pleurs dissiper cet orage. (Racink, Andnm,, v, 1 ^^'^
L'année 1661 fut troublée sur la fin par la crainte de voir ralbmur la £ entre les couronnes de France et d'Espagne. (Pelliss., But. de Loisit lit l. 1, 1661.) — L'on crut voir renouveler en nos jours l'ancien zèle des chrétie pour la continuelle méditation de la parole de Dieo les nuits et les joun. (Boss^'^ /Mit/, des Béflex. mor., $ i.) — A vu briser son vaisseau, (^n., TéUm., i.) — 1 assemblées profanes cessent pour venir grossir l'assemblée sainte au temps d l'instruction ; et les siècles qui ont vu refroidir le zèle des chrélieBS sur toss le'
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 497
tntres devoirs de la religion, n*ontpu, ce semble, le ralentir sur celai-ci. (Mass., Serm. pour le l*' dim. de car,y i.) — La France, en voyant perpétuer le sang de saint Louis sur le trône, terra perpétuer avec lui sa gloire et sa félicité. (Id., Mandement, 33 sept. 1730.) — Serions-nou^: destinés à la douleur cruelle de voir tant de dispositions magnanimes devenir la proie de quelque langue servile ; de voir dimemir des commencements qui promettent de si grandes suites? (Saint-Rkal, Panég. de la rég. de Madame Royale,) — L'on voit évanouir comme une ombre la probité purement humaine quand elle a perdu ses appuis. (Duguet, Imiii, d'un prince, 3* p., c. 6, art. 3.)
De même chez des auteurs appartenant pleinement au dixhuitième siècle :
Vous verrez contre vous armer tout Tunivers. (Crbb., Pyrrh,, v, 3.)
ToQt affligée que j'étois de voir toujours prolonger mes inquiétudes. (Mariv., Marianne, xi.) A Tavéoement de Louis XIII au trône, le gouvernement se trouvoit dans la même situation où il avoit été sous les régnes des princes qui vireni allumer les guerres que Henri lY avoit éteintes. (Mablt, Obterv. $ur l'Hisi, de France, viii, 5.) — A ce léger mouvement, je vois changer la face de la terre et décider \a vocation du genre humain. fJ.-J. Rouss., De l'oriy, des lang,, c. 9.) -^ C'est un ch&teau en Espagne ; et de tous ceux que j'ai faits en ma vie, je n'en ai jamais vie réaliser aucun. (Id., Leti., à H. Dupr., 3 févr. 1778.)
— Après écouter, précédé du régime :
Tenx-tu que de sa mort je C écoute vanter? (Le Cid, y, .5.)
Je (^écoute vanter , et non pas^e t' écoute te vanter. Voir les exemples de Régnier à Tarticle PLAINDRE.
— Après cmir, suivi du régime :
Elvire qui avoit oui lever dom Gusman et qui, an travers de la jalousie dont je M»«xa% avoir parlé, avoit en la joye de le voir partir pour se rendre où elle lai •^K.'voit promis de le revoir, s'étoit contentée de lui souhaiter un bon voyage, puis <^*étoit recouchée fort judicieusement. (Bouns., Ne pas croire ce quon voù, i.)
— Après envoyer, précédé du régime :
Je eonnois des gens d'esprit, et des plus savants en l'art poétique, qui m'im> B3» mitent d'avoir négligé d'achever le Cid, cl quelques autres de mes poèmes, parce ■■-avae je n'y conclus pas précisément le mariage des premiers acteurs, et que je ne ^^^ emwie point marier au sortir du théâtre. [Premier Discours.)
Je ne les envoie point marier, et non pas/e ne les envoie point se ^^^^rier.
Xes troupes victorieuses n'ayant plus d'ennemis à combattre, et estant riches ^tA butin de plusieurs abondantes provinces, Araxez les envoya rafraîchir dans les ^îeia les plus propres à passer l'hyver. (Gomberv., Cythér,, !'• p., 1. 6.)
Que le Terbe pronominal ait le sens réfléchi ou le sens passif, ïa règle est la môme. Pour exemple du sens passif nous nous intenterons de citer la phrase suivante :
Prenei garde que, voyant un caillou, vous n'y apercevez point de feu, mais si
198 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
vous le frappez, ou avec on autre caillou, ou avec quelque chose de plus dur, vous le voyez incontinent tout couvrir d'estincelles, et par ainsi le feu caché se découvre. (D'Urfb, CAstrée, u, 6.)
L* ellipse se rencontre même dans des cas où le verbe réfléchi est séparé par plusieurs mots de faire, laisser, voir, etc. :
Ces dains, ces cerfs, ces animaux craintifs Qui dans vos rets deviennent vos captifs, Ces hostes des bocages, Tous ceux qu'on voit dans l'air et la terre mouvoir ^
Ou privez, ou sauvages, Sont tous également soumis à mon pouvoir. (Racan, Ps,, xliz.)
Dans des cas aussi où le régime est séparé du second verbe par plusieurs mots :
On voyoii baisser sous le joug de l'obéissance des têtes faites pour commander, et destinées à porter des couronnes. (Fléch., Panég. de S. Bern,^ i.)
Des exemples analogues se trouvent répandus dans cette étude.
Quelquefois on ellipse le pronom personnel dans un premier membre de phrase, et on l'exprime devant un second verbe qui a le même régime :
Ainsi, Dieu m'ayme, on voit icy
Naints aveuglez, qui sont ainsi
Que les flots enflez de la mer,
Qu'on voit lever, puis subijmer
Jusques au plus profond de l'eau. (Jon., Eu^èn^, u, ^^-^
Il est assez du bon sens do laisser un peu consumer les ennemis, et se rebm^^*' par la résistance des assiégés, avant que de rien entreprendre. (Pblliss., L^^^^' hist.y 15 sept. 1673.)
Quelquefois laisser, voir, etc., est suivi d'un verbe neutr^-^ ' puis d'un verbe réfléchi. Dans ce cas, on emploie devant ^^* dernier le pronom personnel :
Que sera-ce de ceux dont le cœur languissant, Ou rarement en soi forme un projet semblable, Ou le laisse flotter et s'éteindre en naissant? (Imit.^ », ^- ^'^
Lors semiray croistre et se réjouît
Mes os, ma force, et veitu déclinée. (Cl. Mar., Psatm., '^-'•'
Ce corps fut encore repoussé et relâché par eux, jusques à ce que la deuxi^ ^'^^ lifne, et le comte de Lorge s'avançanl, les firent plier, et m reiirer à U hâte e^ ^^ désordre. (Pbliss., Leu. hisi.y 10 oct. 1674.) — Ce n'était point une tristesse ^^ perflcielle que le même moment peut voir naître et se dissiper. (Prév., CléveL, ^^''
Ce n'est pas là cependant une règle. Des exemples nombre ^'^ j
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 499
et de très-bonne autorité montrent la pratique contraire, c'est-àdire un verbe neutre après laisser, voir, etc., et un second verbe, qui devrait être réfléchi, subissant Tcllipse du pronom :
Grand Dieu, qui fais naislre et calmer.
Et sur la terre et sur la mer,
Nosire crainte et nostre assurance , Preste l'oreille à ceux qui révèrent tes lolx. (Racan, Ps., lxiv.)
Et qui /ail tout vivre et mouvoir. (St-Amant, La Généreuse,}
A la moindre chose qui leur arrive, vous tes voyez fondre ei résoudre en larmes. {Inventaire universel de Tabarin, xxvi.)— Il voiiy à la faveur de cette lumière céleste, et des grâces intérieures qu'il reçoit, décroître ces grandeurs, que nous élevons dans notre opinion et dans notre estime ; rétrécir ces vastes espaces, que l'ambition dilate dans l'imagination des hommes. (Fléch., Panég. de S. Bern.t i») — La grâce de l'imposition des mains est éteinte en eux; vous ne la ressusciteriez pu, et vous verriez infailliblement périr eléteiudreia. vôtre. (Mass., Confér,, Conduite des clercs dans le monde, 2* réflex.) — Nos siècles^ encore plus dissolus qne ceux qui nous avoient précédés, oni vu encore croître et multiplier à l'infini ces recueils énormes de cas et de résolutions. (Id., Serm» pour le dim. de la Pass.)
De même au dix-huitième siècle :
Milord maréchal me marquait qu'il se sentait vieillir et affaiblir, (J.-J. Rooss., Leu. sur la botanique, à la duch. de Portl., ii.) — La puissance législative ne pouvant pas faire des lois qui aient tout prévu, il faut nésessairement qu'elle voie languir une foule d'affaires, multiplier les abus, et perdre les conjonctures les pins favorables pour agir. (Mably, Observ. sur l'Hist. de France, ii, H,)
Les exemples suivants, malgré Tinversion qu'ils présentent, rentrent dans la classe de ceux qui précèdent, mais moins rigoureusement, à cause de la si fréquente habitude qu'avaient les écrivains du seizième siècle d'employer le neutre pour le réfléchi :
Croistre je voy d'un costé ta douleur, Et amoindrir d'un aultre ta couleur.
(Cl. Mar., Épistre à Papillon, contre le fol amour.)
Nonobstant que vostre amitié ferme
Toujours fleurisse en sa verdeur fréquente.
Certes encor ton épistre éloquente
Près du ruisseau Cabalin composée.
Lui a servi d'une douce rosée,
Qui reverdir la fait et estever
Comme la rose au plaisant temps de ver.
(Id., Épistre pour un tjent, répond, , eie,)
Le marchant tout effrayé de ce que devant ses yeulx périr voyait et noyer ses moutons, s'efforçoit les empescher et retenir de tout son povoir. (Rabbl., 1.iv,c.8.\
L* ellipse se pratique dans des cas où le pronom personnel est régime indirect :
Je me souviens d'avoir vu dans une de vos lettres de l'inquiétude sur la course qui wt€ fil dàsuttre le pied. (U** os Courc, Leit., xii.)
300 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
Quelquefois Fellipse n'a pas lieu, pour éviter réquivoque, pour donner plus d'énergie, ou parce que le second verbe est trop éloigné du premier :
LaUset'Us ttéchapper^ je vous dirai qui c'est. [Suite du Ment., m, 4.)
Tu le vois à mes pieds pleurer, gémir, prier,
Mais ne crois pas pourtant le voir s'humilier. {Thiod., m, 6.)
Quel orage s'apprôle !
Que je vois se former une horrible tempête ! {ibid., v, 6.)
Qui croit les posséder les sent s'évanouir (les douceurs do sceptre], Et la peur de les perdre empêche d'en jouir. {Héract., i, L^
Là l'on voit s'accorder Flore avecque Pomone.
{Poés. div.. Le Presbyt. d'HénonvO Là de roesme manière Qu'aux thealres on vid s'eschauffer les Romains,
Ce peuple desbauché applaudissoil des mains. (D'Aub., Les Trag., iii«> S'il regarde en pitié mon vieil âge mourant,
La santé qu'il me rend Par le chaud ni le froid jamais ne se dérègle ; El d'un vol aussi haut comme il est glorieux,
Me rend pareil à l'aigle, Qu'où voit se rajeunir pour s'élever aux cieux. (Racan, P#., «^*^)
Et ne savez-vous pas qu'afin de Tirriter, En tous lieux à dessein je l'ai fait s'arrêter,
(T. Corn., Le Charme de la vois, m -m ^
Fait arrêter aurait présenté un sens louche.
La reine, nous dis-tu, t'en a fait confidence?
Qui la fit s'expliquer ? (Id., Pyrr/b.^ v, *•'
Mais enfin, aujourd'hui qu'une fureur ouverte
Le fait obstinément s'attacher à ma perle,
Pour en rompre le cours, c'est le moins que je puis %
Que d'avertir le roi du péril où je suis. (Id., Pers. et bémétr., i^
Fait obstinément attacher eût produit la plus désagréable ca^^^^ phonie.
Celte peau, quand on l'apporta.
Terriblement l'épouvanta.
Et la fit de son sort amèrement se plaindre.
(Pebrault, Contes en vers, Peau-d'An
Vous ne sentirez jamais s'élever au dedans de vous ces troubles secrets qui vo" reprochent votre propre foiblesse. (Mass., Serm, pour le mardi de la trois, de Carême, i.) — U les fait prier, méditer, travailler eise taire. l\ prie loi-i il médite, il travaille et se tait. (St-Rbal, Apol. de Cabbé de la Trappe.)
Dans cette dernière phrase, fait taire aurait présenté un sen ^ ' fort différent, celui d'imposer silence.
On pourrait citer un certain nombre d'autres exemples oi^
PROiNOM PERSONNEL (ellipse du). 201
Fellipse n'est pas observée, contrairement à la pratique ordinaire, et sans que remploi du pronom personnel soit nécessaire pour la clarté ou pour Ténergie de la diction :
Âvecque leur bonheur L'on voit i* évanouir leor vaine renommée. (Racan, Pê.^ cxxxix.)
Le voilà en on moment arrivé au logis de sa dame, qu'il trouva en la compagnie de celles qui Cavoient vu te pâmer. (Sohel, Franciotif vii.)~Les pièces et les mortiers n'ont pas tiré trois fois qu'il ne faille les relever, parce qu'on kt voit M'en/oncer, (Pblliss., LeU. Mit., 23 oct. 1688.) — Hs paraissent inconsolables de voir s'évanouir tant de richesses. (St-Rbal, Vie ttOctavie.) — La violence des accidents, la vitesse avec laquelle on les voU t' augmenter. (Hblvbtids, Oàterv. tur la petiu vérole.)
Ces exemples particuliers ne sont pas sufiBsants pour nous faire restreindre la généralité de la règle que nous avons formulée.
L'ellipse jdu pronom personnel, dont nous veJhons d'exposer la théorie d'après des faits très-nombreux curieusement étudiés, peut être regardée comme un reste de l'ancienne langue où la plupart des verbes s'employaient neutralement avec le sens du réfléchi. Voir la liste que nous donnons des principaux de ces verbes à notre article ÉVADER.
Nous avons montré précédemment ( article S'APPRENDRE ) comment le pronom personnel s'employait explétivement dans des cas où le neutre serait aujourd'hui de rigueur, et même devant des verbes maintenant essentiellement intransitifs. L'étude que nous venons de présenter sur l'ellipse de ce môme pronom a un caractère beaucoup plus pratique. C'est ici une règle de gramniaire non-seulement historique, mais usuelle. Cependant des pl)ilologues éclairés paraissent l'avoir complètement ignorée ; ^însi H. Génin, dont on lit cet article erroné dans son Lexique de Molière :
« PRONOM RÉFLÉCHI supprimé :
Les mauvais traitements qu'il me faut endurer
Pour jamais de la cour me ferbient retirer. [Les Fâcheux, m, S.)
. «fe ne feindrai point de vous dire que le hasard nous a fait connoitre il y a six J<mn. (MaUide imagin., i, 5.)
< Molière a voulu fuir le mauvais effet de la répétition nous a
f^t nous cùnnoîtrey me feroient me retirer. Il pouvait dire, nous a
f^U connoitre l'un à F autre; mais il a pensé que la rapidité de
^*^ipression ne faisait ici rien perdre à la clarté, et pour un dia-
^<>gue était assez correcte. »
202 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
Il n'y a rien ici de particulier à Molière; il ne s'agit pas de préoccupation d'harmonie ; Texpression était parfaitement correcte pour toute sorte de style ; cette suppression était tout aimplement, nous Tavons montré, un fait constant de la langue.
Les rédacteurs du Dictionnaire histmnque de V Académie paraissent n'avoir pas non plus remarqué cette règle autrefois si généralement suivie de l'ellipse du pronom personnel avec certains verbes. On lit, dans leur article S'ABSTENIR, à propos d'un emploi actif d'abstenir y tiré du Blason des faulces amours^ de Guillaume Alexis :
« A cette manière ancienne d'employer abstenir se rapporte une locution donnée par le Dictionnaire de Monet : Abstenir ses yeux, ses mains d'une chose, réminiscence de la locution latine : A bstinere oculos ,^ manus a .
« Le même dictionnaire donne cette autre phrase, dans laquelle le pronom personnel semble simplement sous-entendu : // faiU faire abstenir le malade de trop manger. On peut citer de cette manière de parler l'exemple suivant :
« .... La crainte des châtiments et des récompenses sertà/btre abstenir les hommes du mal.
« Leibnitz, Théodicée, De la bonté de Dieu, 1" partie, § 74. J^
La véritable explication de ces faits, qui n'ont rien de partico: — lier, est celle que nous avons donnée dans toute cette longU^^ étude.
Le croirait-on? môme au dix-septième siècle, où cette faç^^^ de parler était si fréquente, les critiques, les grammairiens, n'^^^ avaient pas pénétré la théorie , ne connaissaient pas les lois ^^ son usage. On en jugera par cette remarque de Ménage s^-^ Malherbe :
€ Malherbe aime fort ces omissions de pronums possessifs ; ainsi il dit gtmei^ ^OVLT se gtitser ; plaindre^ pour te plaindre; évanouir y poar s* évanouir ; renferm^^ pour ie renjermer, Pétrarque a dit de même muov^r pour muoverti, »
On le voit. Ménage signalait un goût particulier de Malherk^ où il aurait fallu relever une pratique générale de la langue ; oubliait que Malherbe prétendait faire et faisait de la grammai^^ théorique en même temps que de la poésie, que toutes ses oei^^ vres étaient à la fois le produit de l'inspiration de l'homme <fl0 génie et de la réflexion de l'érudit.
Les écrivains de la fin du dix-huitième siècle et ceux du dii^^
PRONOM PERSONNEL (ellipse du). 203
neuvième ne suppriment pas généralement le pronom personnel, même dans des cas où le dix-septième siècle Taurait toujours ellipse :
Je sens s'affaiblir la résolution de poorsuivre mon entreprise. (M** Roland, Mim, part,, %• p., p. 59.) — On la'utait i*aceroitre immodérément la richesse et la domination sacerdotales. (J. Chbii., Duc, sur les progr, des cùnn.) — De laisser s*itablir des familles laborieuses et d'ignobles ménages sous ces lambris témoins de tant d'illustres débauches! (P.-L. Courier, Simple dise.) — Ce qui me fâche le plus, c'est que je vois s'aeeomplir cette prédiction que me fit autrefois mon père : c Ta ne seras jamais rien. » (Id., Leit, à BIM. de l'Acad, des imeripi. et beUes'leti.) — L'immortel Neivton, qui traça le chemin aux comètes, vif se mouwoir tous les mondes. (Chatbaubr., Ess, sur les révoL, ii, 24.) — Tandis que le polythéisme voyait se multiplier ses temples, une cause de destruction avait germé dans son sein. Les écoles de Thaïes et de Pythagore voyaient chaque jour ïaugwsesuer leurs disciples. (Id., ibid., 32.) — Chaque jour voyait ainsi, l'une après l'antre, se dissiper mes chimères. (Id., ibid,, 33.) — Nous verrons sans émotion se former peut-être de nouveau ces compagnies connues dans la révolution sons le nom de compagnies noires. (Id., Discours, 21 mars 1817.) — Ce n est pas sans nne profonde douleur que je vois s*itablir de plus en plus cette intolérance poliliqne. (Id., ibid., 19 janv. 1818.) — La Grande-Bretagne s'était toujours repentie A'otmr laissé s'établir un gouvernement constitutionnel à Lisbonne. (Id., Poliwùque, 19 juill. 1826.) — Le christianisme, qui renouvela d'abord la face du monde, a vu depuis se transformer les sociétés auxquelles il avait donné la vie. (Id., Dise, 9 10 mars 1829.) — Il avait vu périr trois cent mille hercules de charme, compagnons de ses travaux, et se changer en un désert de cendres cent lieues carrées d'un pays fertile. (Id., Littér, angl,, iv.) — Ces contemporains qui avaient vu se former son empire en déplorèrent la division. (Id., Analyse de l'UiH. de France,) — Ce vieux prêtre (Fleury) rendit des forces à la France épuisée en la kàssant se rétablir d'elle-mêmet à l'aide de son tempérament robuste. (Id., ibid,) — Est-il étonnant que les peuples soient enclins à laisser s'accroître le pouvoir d'an prince dont le despotisme a un semblable but? — (Bignon, Histoire de J'ranee,) — Le général Duchesne sentit qu'il était impossible de laisser s'accom- J»lir un pareil dessein. (Thiers, Histoire du Consulat et de l'Empire, liv. xxxi.) — Il se trouve de nos jours, dans le sein de la population fidèle, une foule «i'hommos qui, sans être ennemis de la religion, pour laquelle ils professent, ^Q contraire, des sentiments de respect, ont néanmoins laissé s'obscurcir, s'ef- J'^ter en euj^ la foi. (M»' Gerbbt, Mandement pour le Carême, 1856.) — Les niQrs de l'édifice empruntent leur rigueur à leur pierre primitive, tirent de son ^ flanc robuste le nerf qui les fait se tenir debout. (M** Berteaud, Lett, pastorale, ^ mars 1847.) — Des flots splendides sont-ils accourus d'ailleurs pour yatre **^panouir sous notre ciel la fleur sans pareille? (Id., ibid.. Car. de 1854.) — U a ^®s forces qui gouvernent la matière et qui la /oni s'écouler el se renouveler sans ^•««e. (Flodrens, De la vie et de finulligence, i, 3.) Hélas ! sans la toucher j'ai laissé se flétrir
La palme qui m'offrait un verdoyant feuillage. (M** Tastu, VAnge gard.)
, ^« régne de Henri II avait vu s'augmenter encore, sans que ce prince y fût pour
'^^Q» Téciat dont les lettres environnaient le règne de François I*'. (H. Martin,
**•!. de France, 1547-1559.) — Le pape livre cet agent que, plus tard, l'autorité
^QCaise même laissa s'évader, (Yillemain, La Tribune mod.. M. de Château-
^aod, VI.) — Qu'est-ce qui nous yài/ nous tourner vers eux, sinon le bruit qu'ils
HMit et l'admiration qu'ils excitent dans leur pays? (Nisaro, Uist. de la littérat,
^''^., I. Il, e. 4, S 3.) — Je tenais ses deux mains dans les miennes. Je les sen-
804 PRONOM PERSONNEL (ellipse du).
tais te ranimer à la vie. (Lamart., Grazielia,) — Elle n'avait point de repos qu'elle n'eût fait te rencomrer chez elle ses amis de bord opposé, qu'elle ne les eût coneiliés sons une médiation clémente. (Ste-Bbuve, Cauter,^ 26 nov. 1849.) — Il s'agissait, en désespoir de cause, d'introduire H"* de Lavalette au château , nonobs^ tant les consignes les plus sévères, et de la faire te trouver sur le passage du roi et de la duchesse d'ÀAgoulême. On eboisit exprés le temps où Louis XVIII éuit à la messe. (Id., ibid., 13 avril 1852.) — Mais quand Louis XIV en personne traverse la Bourgogne à la tôte de son armée dans l'hiver do 1668, quand on va faire la conquête de la Franche-Comté sous les yeux de Bussy et à ta porte, il n'y tient plus, il laitte t' exhaler sa douleur. (Id., ibid,, 10 févr. 1851.) — L'intelligence établie entre la marquise et lui n'avait pas échappé au commandant Saint- Mauris, qui avait hâte de ressaisir et de confiner celui qu'il ^tdt trop ttûtai t émanciper. (Id., ibid,, 7-8 avr. 1851.) — Avec une conscience de plus en plus vive, une intelligence de plus en plus raisonnée de l'art, l'artiste 'tent t'aeerékn son impuissance. (Proudhon, La Juttiee dans la révol., 9* étude, i, 6.) — Dans ees moments de presse, il est arrivé parfois que du Pin a laitté t'introduire quelques légères traces de sa propre écriture au milieu de l'imitation de celle du mJtre. (B. DE XiVREY, LetL mitt, de Henri IV, t. i, préf., p. xxi.)
La plupart des phrases qu'on vient de lire, et dont plusieurs appartiennent à des écrivains éminents, âont irréprochables au point de vue de Tusage courant, mais sont absolument contraires à la pratique de Tancienne et bonne langue. Celles qui vont suivre la choquent positivement, et quelques-unes du moins, quoique extraites d'écrivains remarquables ou supérieurs, n'auraient pas échappé à la plume même de bons auteurs du dix-huitième siècle :
On le conduit dans la salle du festin, on \efait t'atteoir dans une beUe chaise d'ivoire. (Chatbaubr., Génie du chritt., ii, 5.)— Assis insouciant, les jambes croisées â la porte de sa hutle, il laitte s'écouler ses jours sans les compter. (Id., Btt. tur les révoLf i, 46.) — Je m'arrêtais sur les ponts pour voir te couchtr le soleil. (Id., René.)
Jamais on n'aurait dit au dix-septième siècle voir se cauche9\
Depuis l'abolition, en 1789, des chambres des comptes, il nlivait'existé qu'une commission de comptabilité, indépendante à la vérité, mais privée de caractère, trop peu nombreuse, et ayant laitté t'arriérer un nombre immense de comptes. (Thiers, Bist, du Contulat et de l'Empire, liv. xxvui.) — Mon mari me reprochait de laitter m /an^r mes jolies toilettes. (E. Sob, La Famille Jouffroy, 2* p., 3* v., viii.)
Pour sauver mon cœur chaste et garder mon œil pur,
Entre le monde et moi mis l'épaisseur d'un mur,
Est-ce moi qui l'ai fait t* écrouler sur ma tète ?(Laiiart., Joceli^n, 6* époq.) Chez nous, la tragédie est chose morte; chaque absence ou chaque maladie de M"* Rachcl fait te recoucher Melpoméne dans son sarcophage de mailire. (Th. Gautier, Feuill, du Moniteur, SI août 1857.)— Et tout au fond, dans la roU'geur incandescente du couchant, l'on devine la silhouette démantelée de Sylac» ce colosse d'orgueil, dont l'ancien des jours a /aii<e lézarder les muraillesen ap^ puyant la main à son sommet comme un bftton trop faible. (Id., Caprteet <f sâf^ M4igt, p. 373.) — Un odieux assemblage d'objets informes, représentant le omui^ vais goût de toutes les époques, objets sans valeur, sans style, sans art, laids â
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,, îneommodes à l'usage, qui font n'évanouir d'horreur les peintres et les rai. (M** DB GiRARDiN, Leii. paru., 3 sept. 1848.) — Déjà la mémorable guerre Srèce avait /oii $e retourner tous les peuples de ce côlé. (V. Hugo, Les Orien- 1, préf.)
Le malheur, ce vieillard à la main desséchée.
Voit t'inctiner leur tète avant qull-fait touchée.
(ÂLTUD DE BiossKT. iVfiR. poés.. Le Saulo.) tepais quelque temps Robin Hood te sentait sagaiblir. CNisard, Êtud. de erii. ,p.961.)
Le scrupule grammatical a bien mal inspiré l'illustre académim qui nous a fourni ce dernier exemple. Nous ayons vu plus at Jean-Jacques Rousseau dire, suivant le génie de la langue, sentant affaiblir, et non pas me sentant m' affaiblir. (fous sommes loin de vouloir ici faire de la critique à l'enntre de nos maîtres. Nous constatons seulement la difféice tranchée de la pratique de nqtre époque et de celle du L-septième siècle sur un point de grammaire très-considé- >le, et nous hasardons d'indiquer notre préférence, au moins ant à la généralité des cas, et lorsque la clarté est parfaite, or la manière de notre grande ère littéraire et pour la tradi- D ancienne de la langue.
Nous devons ajouter que l'emploi de la forme complète et :oureusement grammaticale, c'est-à-dire avec le pronom perinel exprimé, constitue souvent une nuance de signification lez différente de la forme elliptique. Alors, comme dans un rtain nombre des exemples précités, notre théorie doit céder 'instinct du goût.
Bien que l'usage ait changé profondément sur ce grand point langue, comme nous venons de le voir surabondamment, os devons conclure en observant qu'on trouve néanmoins dans \ écrivains de notre siècle des exemples de la suppression du mom personnel ; entre mille nous citerons les suivants , uniement parce que nous les avons sous la main :
Le Parnasse français voyak ternir son lustre. (J. Cbbn., Ess. sur la sat.) Lamay, de ses transports tomaiii calmer l'ardeur... (Id., La Bataviade^ i.) In m'envoya coucher à neuf heures, comme à l'ordinaire. (G. Sand, Histoire de vie; La Presse, 10 mars 1855.)— J'aurais dû vous laisser débrouiiler avec le et comme vous auriez pu. (Id.. La Petite Fadette, xiii.)— Hier je voulais aller 'Uperla^ lune sur TAdriatique. (Id., Lett. d'un voyag,, n.)— Regarder lever la e. (Id., ibid., VI.)— Pour le retenir dans ses pénates, son père imagina de lui iner on carré de terre, sur un coteau ravissant, où je peux te mener promener première fois que tu viendras nous voir. (Id., ibid.) — J'ai vu lever le soleil.