VISAGE
— ÉPOUSER UN VISAGE, épouser une femme pour sa beauté :
T1RCI8. Alors ne pense pas qae y épouse un vitage;
Je règle mes désirs suivant mon intérêt. {MéL, i, !•)
— SOUS LE MÊME VISAGE, quoiqu*il n*ait pas changé de visage :
Ayez pour lui, monsieur, des sentiments meilleurs,
II s'est bien converti dans un si long voyage.
C'est tout un autre esprit sous te même visage. {Suite du Ment,^ n, 4.)
— DE BEAUX VISAGES, pouF de belles personnes :
Tu sais comme Florame à tous les beaux visages
Fail par civilité toujours de feints hommages. {La Suiv,, i, 1.)
— VISAGE, en parlant de choses, aspect, face :
Un moment donne au sort des visages divers ;
Et dans ce grand bonheur je crains un grand revers. {Le Cid, i, 1.)
Quoiqu'elle ait commandé, la chose a deux visages. (Suiu du Heni., m, 3.)
On a dit comme Corneille, avant et après lui :
Je ne sors jamais à mon honneur de cette sotte entreprinse ; mais elle est si fantastique, et a un visage si esloingné de l'usage commun, que cela luy pourra donner passage. (Mont., Ess,t ii, 8.} — La plupart des choses du monde ayant deux visages, sont trouvées ou bonnes ou mauvaises, selon qu'elles sont considérées. (Malh., Leii.j à la princesse de Conii, 29 mars 1614.) Depuis que mes regards ont descouvert le jour, Que je me suis oslé le bandeau de l'amour, Je commence à tout voir d'un différend visage,
Je ramené mes sens à leur premier usage. (Théoph., ÊUg. à M. de Pesé.) Ce vieux et morne païsage, Ces tertres nus, ces tertres verts, D'un destin estrange et divers
Me représentent le visage. (St-Amant, La Généreuse,)
Quand les mêmes instructions sont un peu déguisées, et viennent à lui, non point sous la forme et le visage d'instructions, mais comme des vérités que le discours amène naturellement , il les aime, il les cmbrassse. (Perrault, Parait, des anc, et des mod.^ m* dial.) — Cet amas d'actions indignes, dont on a peine, devant le monde, d'adoucir le mauvais visage. (Mol., D. Juan, iv, 6.)
M. Génin, dans son Lexique, justifie l'exemple de Molière par celui de Montaigne, « lequel, dit-il, montre qu'il faut être trèscirconspect à condamner Molière, lors même qu'il paraît le plus clairement avoir tort. Ce tort, tout réel, ajoute le lexicographe, peut n'être pas le sien, mais celui de ses contemporains, ou de ses prédécesseurs les plus dignes de servir de modèles. » Nous croyons, nous, que Molière n'a nullement eu tort, non plus que Corneille, non plus que tous les autres auteurs dont nous avons cité les exemples. On dit encore, envisager une chose. Pourquoi
398 VISION. — VOm.
n'a-t-on pas pu dire, le visage d'une chose, comme on disait en latin, faciès rei f L'image présentée par visage est plus vive que celle de fades, et que celle d!aspect. Elle n'en était et n'en pourrait être encore que plus heureuse , au moins dans certains cas.
— CHANGER DE VISAGE, fig., changer de face :
Ne perdons pas courage, Forçons notre fortune à changer de visage. [Perik.t lu, 6.)
VISION, imagination, chimère :
ATTILA. Qu'on m'amène Ardaric. Hais de qui savez-vous...
HONORiE. C'est une vision de mes soupçons jaloux... {Au., iv,3.)
Peste soit qui premier trouva l'invention
De s'ai&iger l'esprit de cette vision. (Mol., Sgan,, se. 17.)
Sa vision (de la Grande Mademoiselle) étoit d'épouser M. le Prince, qui étoit marié, et dont la femme se portoit bien. (Busst, Bisi, amour, des Gaules,)
VIVRE. DEMANDER QUI VIVE, flg. :
Vaine démangeaison de la guerre civile.
Qui partagiez naguère et la cour et la ville, Et dont la paix éteint les cuisantes ardeurs.
Que vous avez de peine à demeurer oisive !
Puisqu'au même moment qu'on voit bas les frondeurs. Pour deux mécbants sonnets, on demande, qui vive? {OEuv» div,, SoDoets.)
VŒU. A PLEINS VOEUX, pour dire, de tous leurs vœux :
Que les peuples les plus puissants Dans nos souhaits à pleins vœux nous secondent. {Androm,^ it,6-)
VOIE. PRENDRE UNE VOIE, au scDs propre, prendre un chemin:
Autre qu'un Dieu n'eût pu nous ôter cette proie;
Autre qu'un Dieu n'eût pu prendre une telle voie. (Androm., ui,t)
VOILE, au masc, en parlant de la voile d*un vaisseau :
Il venoit à plein voile, etc. (Pomp., ni, !•)
Selon le commentateur, cette expression « est un solécisme; voile de vaisseau a toujours été féminin ; voile qui couvre, masculin. » Voltaire est encore dans Terreur. On a dit, avant et après l'époque de la tragédie de Pompée :
Mais qui ne sçait que le pilote sage
Cale son voile à un mauvais passage? (A. Hardt, AUée,i,^')
Sa flotte délabrée, avec des voiles noirs et déchirez. (Mézbrat, Hist. de Frent^ François I«S 1519.)
VOIR. SE FAIRE VOIR, flg., commc se montrer :
Il n'est point de peut-être, Seigneur, s'il en décide, il se fait voir mon maître. (Tiu et Bir., t, 4.)