‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 61 sur 342 · C. XLl · texte numérisé non relu

C. XLl

On a dit aussi ombrageux pour ombreux :

VmùrageuXt obscur. {Gloss. du Eoman de la Rose^ vers 14971; édit. Lantin de Damerey.) — Adonc enira le chevalier en la chambre qui esloit umbrageuse. {Perceforesty fol. 61, r", col. 2, vol. 3.» — La froide fille de Latone, environnée des claires et resplendissantes cstoiles, illuminoit desjà les obscures ténèbres de la nuict ombrageuse. (Lariv., Facét. Nuicis de Straparole, 5* nuict.)

Corneille offre un exemple particulier où ombrage est opposé à clarté, et semble participer à la fois du sens que nous venons d'expliquer et de la signification actuelle :

En vain par politique il fait ailleurs l'amant,

n s'y réduit en vain par grandeur de courage.

A ces fausses clartés opposez quelque ombrage.

Et je renonce au jour, s'il ne revient à vous,

Pour peu que vous penchiez à le rendre jaloux. {Tite et Bér., m, 1.)

OMBRE. Corneille, tout en laissant à ce mot sa signification propre, s'en sert pour présenter une image des plus fortes qui se rencontrent dans ses tragédies :

Depuis que son courage à nos destins préside,

Un bonheur si constant de nos armes décide,

Que deux lustres de guerre assurent nos climats

Contre ces souverains de tant de potentats,

Et leur laissent à peine, au bout de dix années,

Pour se couvrir de nous, Vombredes Pyrénées, {Seri.^ n, l.)

OPINIATKE. — OPPOSANT. 84

— OMBRE, pour signifier la mémoire, le souvenir d'un grand homme :

Jouissons, en dépit de l'envie, Des restes* glorieux de son illustre vie.

Sa mort me laissera pour ma protection La splendeur de son ombre et l'éclat de son nom. (Serf., ii, 1.)

— MARCHER DANS l'ombue DE QUELQU'UN, marchcr sur ses traces :

Cadediou, ce coquin a marché dans mon ombre;

Il s'est fait tout vaillant d'avoir suivi mes pas. {UUlua. corn , m, 8.)

— OMBRE, pour signifier ce qui ternit, au sens moral :

Mais puisque, pour remplir la dignité royale,

Votre haute naissance en demande une égale,

Perpenna parmi nous est le seul dont le sang

Ne méleroit point à'ombre à la splendeur du rang. [Sert., ii, 3.)

— JETER UNE OMBRE SUR, fig., tcmir :

Cet \\ymen jeiteroii une ombre sur sa gloire. [Nicom,, iv, 5.)

— SOUS OMBRE DE, suivi d'uu subst., SOUS prétexte de :

Vous m'avez voulu faire passer pour simple traducteur, sous ombre de soixante et douze vers que vous marquez sur un ouvrage de deux mille , et que ceux qui s'y connoisseut n'appelleront jamais de simples traductions. [Lett. upolog.)

— De même, suivi d'un infinitif :

De notre Fierabras il s'est mis au service, Et, sous ombre (/'agir pour ses folles amours, 11 a sa pratiquer de si rusés détours, Et charmer tellement celte pauvre abusée, Uue vous en avez vu votre ardeur méprisée.

{L'IUtis. com,, 11, 8.)

OPINIATRE A, suivi d un infinitif:

Apres s'être emparé des droits de ma naissance,

Sa haine opiniâtre à croître mes malheurs.

M'ose encore envier ce qui me vient d'ailleurs. {OEd.^ n. 2.)

On cesse d'estre opiniâtre à maltraiter une personne, qui est opiuiastre à nous aimer malgré nos mauvais traitements. (Lemaistre, Plaid., xxix.;

OPPOSANT, subst., celui qui s'oppose à quelqu'un, employé avec un adjectif possessif :

Le poste où est son opposant est si considérable, que je crains pour lui qu'il ne fasse revenir bien des voix. {Leit. à M. Cabbé de Pure, 12 mars 16ô9.}

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