‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 91 sur 342 · PELADE. - PENCHANT · texte numérisé non relu

PELADE. - PENCHANT

longue pérégrination, le roy de Navarre lui donna, pour toute gratification, son portrait, au bas duquel il écrivit ce quatrain :

Ce prince est d* étrange natare ;

Je ne sais qui diable Ta ftdt,

Il recomperwé en peinture

Ceux qui le seryent en effet. (AOB. n'AUBlG., Mém,^ an. 1577.)

Le double sens de ces vers est facile à saisir.

PELADE, s. f. GAGNER LA PELADE, dit, par un jeu de mots, pour signifier devenir pelée, râpée, en parlant d'une robe :

Pressé de créanciers avides,

Mes coffres sont tellement vides

Qu'étant au bout de mon lalin.

Ma robe a gagné la pelade^ >

Et ma bourse, encor plus malade,

Se voit bien proche de sa fin. {Poés.div., Mascar. des enfants gâtés.)

PENCHANT, subst., fig., cours, direction :

Seigneur, dans le penchant que prennent les affaires,

Les grands discours ici ne sont pas nécessaires. U^., i, -2.;

— PENCHANT, inclination, penchant vers, inclination pour :

Et si vêtM toi Pompée a le moindre penchant.

Le ciel vient de briser sa nouvelle alliance. Et la triste Emilie est morte en accouchant. {Sert,, v, 2.)

— DANS LE PENCHANT DE l'age, comme sur le penchant de rage :

Le second, je Tavoue, avoit un grand courage.

Bien qu'il parût déjà dans le penchant de l*âge. (Œd,^ iv, 4.)

— PENCHANT, adj., qui décline, âge penchant :

Rendez-vous comme lui digne de ce dépôt, '

Que son âge penchant vous remettra bientôt. {Pulch,, v. 6.)

On a dit d'une manière analogue, avec un nom de personne :

Quand nous nous voyons peuchanu sur le retour de notre âge. (Boss., Panéy, de S. Bernard^ u)

— ÉTAT PENCHANT, État qui cst sur le penchant de sa ruine :

mon fils ! ô ma joie ! ô l'honneur de nos jours !

Oh ! d'un État penchant l'inespéré secours! [Hor., iv, -2.)

— MERITE PENCHANT, mérite qui décline :

Allez, seigneur, allez où tant d'orgueil aspire,

Honorie a pour dot la moitié de l'empire.

D'un mérite penchant c'est un ferme soutien,

Et cet heureux éclat efface tout le mien. (ÀU., m, 2.)

i 28 PENCHER. — PÉNÉTRER.

PENCHER, fig., avec un nom de chose pour sujet, faire . pencher :

N'as-ta point trop fait voir quelle inégalité

Entre ces deux amants me penche d'an côté? [Le Cid, i, 1.)

Je yeux, si je le puis, les éviter tous deux,

Sinon en ce combat Rodrigue a tous mes vœux.

Non qu'une folle ardeur de son côté me penche^

Mais, s'il étoit vaincu, je serois à don Sanche. (Ibid,, v, 5.)

En vain donc je me flatte, et ce que j'aime à croire

N'est qu'une illusion que me fait votre gloire.

Mon cœur vous en dédit, un secret mouvement

Qui le penche vers vous malgré moi vous dément. (D. Sonc., iv, 3.>

iPasc, Leu, prov^f iv.) — Il n'a pas de penchant propre pour aucune chose; laisse pencher de quelque côté que l'on veut. (FiN., /ii«fnicf.,avt#,etc.>

C*est dans un sens analogue qu*on a dit :

Dieu répand dans l'âme quelque amour qui la penche vers la chose commandée. Pasc, Leu, prot mais il se laisse ;

— PENCHER LA BALANCE, fig., faire pcnchcr la balance :

Il est peu de Romains qui penchent la balance

Vers l'extrême hauteur ou l'extrême indulgence. (Tiie ei Bér,, iv, l.>

— PENCHER LA MAIN VERS, sc laisscF aller à doi7ine»la main à, dans le sens d'épouser :

Et n'ai point dû prévoir, ni que vers un Romain

Une reine jamais daignât pencher sa main,

Ni qu'un héros dont l'âme a paru si romaine

Démentit ce grand nom par l'hymen d'une reine. {Sert., v, l.JB

— PENCHER, neut., en parlant d'un suffrage, se prononcer :

Songez que dans ma main j'ai le pouvoir suprême,

Qu'entre Othon et Pison mon suffrage incertain.

Suivant qu'il penchera, va faire un souverain. (Oth,, u, i.pf

— PENCHÉ, part. ÊTRE PENCHÉ A, coiume pencher vers :

Et la tentation de tant d'argent touché

M'achève de pousser où f étais trop penché. {Suite du Ment,, m, 2.}

PENDU SUR, suspendu sur :

Et les glaives qu'il tient pendu*

Sur les plus fortunés coupables

Sont d'autant plus inévitables,

Que leurs coups sont moins attendus. (Po/., iv, i.)

PÉNÉTRER LES ciEux, en parlant d'une prière :

A ce coup ma prière a pénétré les deux; ,

Je pense en le voyant que je mourrai de joie. {Le Mem., iv, 4.)

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