LA CHALEUR DE L* ATTENTION
Le moindre mot que j'en eusse laissé dire , pour en prendre soin , eût roiopv toute la chaleur de Caiieniion^ et rempli l'auditeur d'une fâcheuse idée. (EiM"* du Cid.)
— DANS LA CHALEUR DES ARMES, comme, dans la chaleur i^ combat :
Ayez l'œil sur le roi dans la chaleur des armes^
Et conservez son sang pour épargner mes larmes. [Pomp.t vi, &•
— CHALEUR, au fig., avec le pluriel:
Modérez ces chaleurs de votre e^prt/ jaloux,
Prenez des sentiments plus justes et plus doux. (La Tois, dOr^ iv,3.
Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge, {Nicom.t u. 3<
« Chaleurs de son âge, » mauvais terme, » dit dédaigneusemen Voltaire.
Nous dirons, au contraire, « chaleurs de son âge y » expressio très-poétique, comme « ces chaleurs de votre esprit , » que Voltaiï n*a pas repris, uniquement peutêtre parce qu'il n'a jugé digïi d'aucune note la tragédie où se trouve cette alliance de mots, faut d'ailleurs remarquer q^Oi esprit est ici, comme souvent che Corneille, employé dans le sens à'animus. V. notre article espri-
En prose comme en poésie, chaleur s'emploie parfaitement a pluriel dans ses divers sens figurés :
Les chaleurs de mon enthousiasme. (D'Aub., Trag., v.) — Je ne saurois ni que, lorsque j'étois jeune, je n'aie eu les chaleurs de folie qu'ont les jeunes gein mais ce n'a jamais été jusques à pouvoir aimer une femme qui ne me rendit pareille. (Malh., LeiL, à Bacan.) — S'il étoit permis d'imiter ici yos ckaleur j'aurois bien plus de sujet que vous de dire que.... (Arn., De la fréq. coim., ^ 9.) — Attaché à ses sentiments par persuasion et non par caprice, souvent coi traire aux avis des autres, parce que souvent ils étoient injustes ou déraisoi nables, conservant toujours dans les chaleurs et dans les vivacités de son espi la bonté et la tendresse même de son cœur. (Flégh., Or. fun. de Montaus., ")•'
A vous poursuivre épuiser mes chaleurs^
Pour vous ravir quelqu'une de ces fleurs
Qu'à pleines mains, pour tant d'autres avares,
Vous prodiguer aux Chaulieux, aux La Fares.
(J.-B. RoDSS., ÊpU., 1. 1, auxMn»»')
CHAMP. — CHANGK. 113
On a dit de même de nos jours :
L Richond des Brus et M. Duch&tel , lo premier calme comme Tinnocence, le ODd indigné comme la vertu, ont fait tomber toutes ces chaleurs. (L. Ybcill., bn^., 20 janv. 1848.) —Emporté par de puériles chaleurs de colore. (Id., ibid.)
Corneille a encore employé chaleur au pluriel, dans un sens
•nique :
laand vous m'avez reproché mes vanités , et nommé le comte de Gormas un itan de comédie, vous ne vous êtes pas souvenu que vous avez mis un a qui aa-devantde Lygdamon, ni des autres cAa^ur« poétiques et militaires qui font lie lecteur presque dans tous vos livres. [Leii, apolog,)
CHAMP. DONNER LES CHAMPS, commo on dit donner la clef
chmps :
Je chasse un fugitif avec trop de raison,
£t/ui donne les champs quand il rompt sa prison. {La PI, Roy., ii, 3.)
ÏÏAMPTOURNÉ, chantourné, évidé en dedans :
rois vases qui portent, l'un des orangers, et les deux autres diverses fleurs en fusion, cbampiournées ei découpées à jour. {La Tais. d'Or, i, décor, du pi'acte.)
îette orthographe dément Tétymologie dexavôôç , coin, qu'on me quelquefois à ce mot.
'HANGE, pour changement, en parlant des sentiments :
Nous leur ferons bien voir que leur change indiscret
Ne vaut pas un soupir, ne vaut pas un regret. {MéL, m, 5.)
Pourquoi m'aigrir contre elle? En cet indigne change.
Le beau choix qu'elle fait la punit et me venge. [La Veuve, m, 3.)
Sinon, faites état qu'il va courir au change. {La Suiv., i, 8.)
Ne meurs pas, chère épouse, et dans un second change
Vois l'effet merveilleux où ta vertu me range. (Llllus., v, 3.)
N'appelle point amour un change inévitable,
Où Creuse fait moins que le sort qui m'accable. {Méd., m, 3.)
Mon honneur offensé sur moi-même se venge,
Et vous m'osez pousser à la honte du change! {Le Cad, m, 6.)
Quoi! vous appelez crime un change raisonnable? {Hor., i, 2.)
Contentez-vous de voir que mon frère aujourd'hui
L'estime et l'aime assez pour le loger chez lui,
Et d'apprendre de moi que mon cœur se propose
Le change et le tombeau pour une même chose. {La Suite du Menu, v, 5.)
£t mes ardents souhaits de voir punir son change,
Assure ma conquête à quiconque me venge. {Penh , ii, 1.)
'6 mot, dans ce sens, était très-ancien dans la langue, et a usité longtemps encore après Corneille, mais surtout dans le 'e familier :
Bmme sans cueur, qui ne se peut tenir d'aller au change, (Cl. Mar., Rond, de 9 de qui Camgg a faicl nouvel amy.)