XXIV INTRODUCTION
Plus habituellement on disait, sans Tadjectif possessif, tirer la raison de :
€ Pour tirer la raison de la mort d'Encelade. » (Racan.)
Et l'on pouvait modifier cette locution de diverses manières, comme ne tirer aucune raison de, etc.
On trouve de même, surtout au seizième siècle, avoir la raison dey pour avoir raison de, et, avec diverses modifications, ne pouvoir avoir autre raison, etc.
Au lieu de faire raison de, on disait également faire la raison de:
« La raison que vous en peut faire sa bonté,
Je consens'qu'elle vous la fasse. » (P. Corn. Âgés. y i, 2.)
Corneille, dans ses comédies ou ses tragédies, a fréquemment employé cette locution dans le sens de réduire, ga^er, venir à bout de, et on la trouve très-souvent chez des écrivains antérieurs ou postérieurs, avec diverses nuances de signification.
Elle pouvait toujours se modifier au gré de Técrivain. Corneille dit : « faire un peu de raison de, » pour signifier tirer quelque vengeance de ; et Tavemier : « L'avanie qu'il nous suscita du peu de raison qu'on lui avait fait de. » On trouve encore : « Lui faire si bonne raison, » dans les Lettres manuscrites de Henri IV; (t Si tu veux m'en faire une entière raison^)) dans Cyrano de Bergerac; « Vous ne daignâtes me faire aucune raison sur, » dans Arnauld.
On disait aussi se faire la raison, comme se faire raison, faire faire la raison, comme faire faire raison.
Dans la langue du dix-septième siècle, les verbes changeaient d'espèce beaucoup plus aisément et plus fréquemment qu'au- "jourd'hui.
Les neutres devenaient souvent actifs, nous en donnons un exemple à l'article GERMER, pour faire germer :
« Et c'est une semence illustre, vive et forte,
Qui de nouveaux martyrs germe une ample moisson. »
(P. Corn., Vers, des Hymnes de S. Victor.)
Emploi excellent, imité du latin, et dont, malgré l'omission des dictionnaires, on trouve de fort bons exemples jusqu'à nos jours. Consentir, qui n'est plus guère d'usage à l'actif qu'au palais et dans le langage diplomatique, s'employait à cette voix dans la langue générale, en prose et en vers, et nous en donnons de très-nombreux exemples, depuis les poèmes chevaleresques de
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Garin le Loherain et de Guy de Bourgogne jusqu'à M. Alexandre Dumas. — Attenter, crier j contribuer , moquer , étaient aussi actifs dans beaucoup de cas.
D'autres verbes, qui aujourd'hui s'emploient toujours à l'actif, se prenaient très-souvent d'une manière absolue. Ainsi^ on disait neutralement, affaiblir ^ comme faiblir, en parlant de talent :
« V affaiblis, ou du moins ils se le persuadent. »
(P. Corn., Remerc. au roi en 1667.)
Et de même, en parlant de la santé, de la parole, etc. :
cTenesis, cependant, affoiblissoii k\rie d'œil. » (Gombbrville.)— « Nous sommes tous faits pour affaiblir ^ vieillir et mourir. » (M"* de Lambert.)
« Sa parole affoibliit à peine elle profère... » (D'Aubigné.)
Entreprendre, pour dire faire, former une entreprise :
< On entreprend assez, mais aucun n'exécute. » (P. Corn., Cmita, ii, 1.)
Et, entreprendre contre, faire des entreprises, se soulever, conspirer contre :
c Et lorsque contre vous il m'a fait entreprendre,
La nature en secret auroit su m'en défendre. » (HéracL, iv, 3.)
Voltaire a prétendu, à tort, qa* entreprendre « veut ici absolument un régime. » Plusieurs excellentes sources, et en particulier les Lettrès missives de Henri JV, nous ont fourni de nombreux exemples ^'entreprendre , sans aucun complément, et d* entreprendre aussi employé neutraleifient avec contre ou avec sur. Corneille présente un exemple de cette dernière construction :
« Votre haine tremblante est un mauvais appui
A quiconque pour vous entreprendrait tur lui. » {Perth.^ ii, 1.)
Plaindre pouvait aussi être pris neutralement :
c J'ai beau plaindre et beau soupirer. » (Malh., Sonnet.)
€ Mais, à nouveau sujet de pleurer et de plaindre 1 »
(P. Corn., Méd., v , 1.)
Certains verbes avaient des acceptions conformes à l'étymologie qui ne sont plus en usage. Ainsi seconder voulait assez souvent dire suivre, venir après, au physique et au moral, de sequor, comme on le verra par les nombreux exemples que nous citons dePasquier, d'Henri Es tienne, de Grevin, de Passerat, d'Alexandre Hardy, des deux Corneille.