‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 285 sur 375 · GÊNER · texte numérisé non relu

GÊNER

nous qu'embarrasser, inquiéter. Ainsi Pyrrhus dit à Andromaque : Ah 1 que vous me gênez ! Il vient à la vérité originairement de géhçnne, vieux mot tiré de la Bible qui signifie torture, prison; mais jamais il n'est pris en ce dernier sens. »

Corneille a encore dit :

Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice,

Le force it de ses fils à voir le sacrifice,

Ce prince vit l'échange et i'alloit empêcher;

Mais l'acier des bourreaux fut plus prompt à trancher. {BéracL, ii, 6.)

Et le commentateur a encore répété la même critique : « Forcer un père à voir égorger ses enfants, est-ce là simplement le gêner? n'est-ce pas lui faire souffrir un supplice aflfreux? Que le mot propre est rare , mais qu'il est nécessaire ! »

La remarque de Voltaire et ses interrogations et exclamations sont étonnantes, et presque risibles.

Corneille a dit encore dans le même sens, et d'une manière également irréprochable :

Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet? GiMNA. Emilie et César. L'un et l'autre me gêne;

L'un me semble trop bon, l'autre trop inhumaine.

Plût aux dieux que César employât mieux ses soins,

Et s'en fît plus aimer, ou m'aimât un peu moins. (Cin,^ m, 3.)

C'est trop me gêner ^ parle. (Ibid., m, 4.)

La reine, à la gêner ^ prenant mille délices,

Ne commettoit qu'à moi l'ordre de ses supplices. {Ibid., i, 6.)

Ah ! que vous me gênez Par celte retenue où vous vous obstinez 1 [Ibid., m, 5.)

Mais quoi! vous soupirez?

PE^sjsB. J'en ai bien lien, Madame !

CASSiopE. Le sujet?

PERSÉB. Votre joie.

CASSIOPE. Elle vous gêne l'âme! {Androm,, i, 4.)

Et puisqu'ici le ciel vous offre un autre époux,

D'un rang pareil au vôtre, et plus digne de vous,

Ne vous obstinez point à gêner une vie

Que de tant de malheurs vous voyez poursuivie. {La Tois. d'or, m, î)

Certes^ si je l'osois, je nommerois caprice ^

Ce trouble ingénieux à vous faire un supplice,

Et l'obstination des soucis superflus

Dont vous gêne ce cœur quand vous n'en voulez plus. [Soph., i> S*)

Cependant cours au temple, et presse un peu la reine

D'y terminer des vœux dont la longueur me gêne. {Ibid., w, 1.)

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