‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 7 sur 375 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

n offre autant de latinismes d'adjectifs que de latinismes de substantifs.

11 prend célèbre dans le sens de public, solennel, éclatant :

c Je n'ajouterai rien aux célèbres témoignages que la voix publique vous rend.» {Pomp.f Au cardinal Mazarin.)

Nous rapportons des exemples analogues, comme ceux-ci :

« Le roi ne songeoit qu'à rendre ces noces célèbres par des divertissements où il pût faire paroître l'adresse et la magnificence de sa cour. » (M"*' de La Fayette.) c Et Tauroit percé de mille coups s'il ne l'eût réservé à une vengeance plus célèbre. » (Reonard.)

Honnête^ chez notre poëte, signifie honorable, glorieux, comme \Q\dXmhonestus. Il dit: a Un trépas plus honnêtes [Ot/ion), pour, un trépas plus honorable.

Il emploie content dans la sévérité de son étymologie latine, contentuSj qui se contient, qui se renferme dans ce qu'il a, qui se résigne sans peine, comme l'explique Forcellini :

« Périssant glorieux, je périrai content. » {Pol., iv, 6.)

Il donne à funeste Tacception première de funestus, dérivé de funus, funèbre, lamentable : « Funeste spectacle, funeste état, péril funeste. »

Il emploie imbécile, imbécillité, dans le sens d^imbecillus, imbecillitasy faible, faiblesse.

Il donne à sublime la signification primitive et toute latine d'élevé: .

« Si votre hymen m'élève à la grandeur sublime, » {Sert.^ i, 3.)

n dit être récent de son latin, pour signifier sortir de Tétudier, et en avoir encore la mémoire* toute fraîche, comme Fronton a dit : « Tu, qui a grœcis litteris recentior es» )>

Que de verbes aussi sont employés par Corneille d'une manière toute latine ! 11 dit céder, pour le céder, comme le cedere latin :

< Et si le sang des dieux cède à celui des rois, a (Androm., m, 3.)

« On ne peut plus rien faire Dont la gloire ne cède à celle de Sévère, «

dit de même Thomas Corneille, dans Maximian, i, 1. Ce latinisme a, du reste, été conservé, même en prose, après

INTRODUCTION. ix

Corneille. C'est ainsi que Tliistorien de la Conjuration des Grac-

gues a dit :

« Ses vertus personnelles ne cédoient ni à celles de son père, ni à celles de sa mère. »

Obliger^ dans Tauteur à^HoracCy a la force du latin obligare, et veut dire lier par un devoir, mettre dans une certaine dépendance morale à Tégard de quelqu'un :

, « Envers un ennemi qui nous peut obliger? > {Hor., i, 3.)

Construisant éprouver comme le latin experior, il le fait suivre d'un qualificatif :

< Toujours de plus en plus je réprouve cruelle, » (UIUus., ii. 1.) Crébillon a dit d'une manière toute semblable :

< Cruelle ! si l'amour voua éprouve inflexible,

A ma triste amitié soyez du moins sensible. > (Rhadam., i, 1.)

Suivant La Harpe, «Tamour vous éprouve inflexible n'est pas français». » 11 aurait mieux valu observer que c'est un latinisme peu usité en français moderne. Crébillon, d'ailleurs, affectait cette construction ; on la rencontre jusqu'à trois fois dans un seul acte d'une de ses pièces :

« Si ma triste douleur vous éprouve inflexibles ;

Du moins ne laissez pas succomber ma vertu

Sous les divers transports dont je suis combattu. » [Pyrrhus, i, 1.)

« Je lui dois d'un ami le secours et la foi :

Il ne Réprouvera léyère, ni perfide. » {Ibid.)

«c Mes pertes, mes périls n'ont rien d'assez terrible

Pour un roi que i'bonneur éprouve seul sensible. » {Ibid,, i, 2.)

Corneille dit s'oublier de, avec un substantif, par imitation du latin obliviscor, avec un génitif, « s'oublier de son néant. »

Les adverbes, les prépositions, les conjonctions nous donneraient lieu de relever bien des latinismes de Corneille. Pour le moment, nous nous contenterons de signaler une manière trèscurieuse d'employer l'adverbe ainsi, à l'imitation du Sic te diva potens Cypri, d'Horace :

« Ainsi vienne bientôt cette heureuse journée

Qui nous donne lo reste en faveur d'hyménée. » {Mél., \, 4.)

' Lycée, 3* p., 1. i, ch. iv, sect. 1.

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