‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 184 sur 743 · DESSUS · texte numérisé non relu

DESSUS

« Comme il faut des remarques grammaticales , surtout pour les étrangers, dit le commentateur, on est obligé d'avertir que j 'dessous est adverbe, et n'est point préposition : « Est-il dessus? ^ est-il dessous? il est sous vous; il est sous lui. » C'est encore j une règle moderne, que Voltaire donne comme une règle cons- i tante de la langue :

Sur le midy prenions nostre repas

Dtssoubz quelque arbre, où la chaleur haultaine

Ne nous nuysoit, prés de quelque fontaine.

(Le seign. db Borde rie, Le Disc, du voyage de Consiaïuinople,) Aussi est-ce la créature La plus parfaite que nature

Forma jamais dessous les cieux. (Godard, Les Desguiseï, 1, 3.)

Je ne sçaurois faillir dessous votre conduite. (L. C. Discret, AU*., u, 3.) 0 sensible contrainte, à rigoureux ennui, D'être obligé d'aimer dessous le nom d'autrui ! (Rotr., Vencesl., n, 6.)

Voltaice lui-même a employé dessous comme une préposition :

Vous dormez dessous les courtines

Et des Grâces et des neuf Sœurs. {ÊpU. à Desmahi*.,

On trouve encore en vers, à la même époque, cet emploi chez des auteurs de mérites divers; ainsi, au septième chant de la Henriade travestie, où il est parlé des milliers de nouvellistes :

Déguenillés, mourant de faim.

De ces hâbleurs passant leur vie Dessous l'arbre de Cracovie.

DESSUS, employé comme préposition avec un régime :

Une amitié si longue est fort mal assurée

Dessus des fondements de si peu de durée. ( W.. i. U

Peut-être qu'après tout ces croyances publiques

Ne sont qu'inventions de sages politiques

Pour contenir un peuple, ou bien pour l'émouvoir,

Et dessus sa foiblesse affermir leur pouvoir.

(PoL, iv, 6, l«*éd. jusqu'en 1660 excl.) Et que tant de faveurs dessus lui répandues

Sur un indigne objet ne sont pas descendues. [Suite du Vcni., v, 3.

Rodogune a paru sortant de sa prison,

Comme un soleil le\ant dessus notre horizon. (Aorf., i 4*)

Ah ! vous fûtes toujours t'illustre Pulchérie , La fille d'empereur dès le berceau nourrie ; Et ce grand nom sans peine a pu vous enseigner Comment dessus vous-même il vous falloit régner. (HéracL, ui, 3.)

Je m'en consolerai quand je verrai Phocas Croire affermir son sceptre en se coupant le bras.

dessus. m

Et de la même main son ordre tyran m que

Venger Héraclius dtwt* son fils unique. (laid,, iv, 5,)

lirai deuus ses pas an\ deux bouts de la terre,

Chercher des ennemis à te faire la guerre. (P çnh , l 3.)

Zte**w* a été très longtemps préposition dans les diverses significations de swr :

Une tanlost de planter s'avence

Dessus sa fosse ces le branche. [La Nûtiv. de /Y- S, J tuai-Christ.) Ùes*us son corps elle porte un corset

D'uflg fin drap d'or frîié. (Giutieh du Pont , ÇoiHrov. drt sexe* mntr. €tfismenint P* 3$) Femmes qui vont dams !e tari

Chez leur père ou leur cousin. (£ea j&vil wmKtHQlftis j«j te* femmes*) Dtiàui te mol tapis de cette herbe si verte. (VaaoNit*, L7w^^p n, 1,) LuyT qui esloiï accord et fin t AfRn de rompre tel dessein,

Des ut* le champ vous fit entendre, ( Godaho , £« ftaptriirs, v% &) lies port es, que la muse honore et favorise

Entre tous ceui qui ont Suivi le saint Phéhus et sa science apprise

Dessus le double moult (Roe. Gaun., ÊUq. sur ta mon dt tiouwnL) Aslres qui présidez deant mes destinées. Haca*, IM j

N'tlUnl-il pas sans moi fondre de&sus vos gardes?

{GoBeALTLi>p If 5 Damibkf, i v, 3. ) Le royv attendant en exlresme soucy Tissue de c#tte nuit, et du hasard incertain de la journée , se reposa seulement quelque demi-heure dessus la (Tu si d'im canon. 'Méïeel, II ut. de France, vi. Franchis I", 1515.)

— voir dessus, inspecter, surveiller, contrôler :

Quelqu'un a-t-il à voir dessus mes actions,

Dont j'aie à prendre l'ordre en mes affections? (la Veuve, u, 4.)

— au-dessus, être au-dessus de, fig., être inaccessible à :

Ce prince d'un sénat maître de l'univers,

Dont le bonheur sembloit au-dessus du revers. (Pomp., n, 2.)

— dessus, subst., avoir le dessus de, avoir davantage sur :

Si de nos ennemis Rodrigue a le dessus,

II est mort à nos yeux des coups qu'il a reçus. [Le Cid, iv, 5.)

« Quand un homme est mort, dit Voltaire, on ne peut dire qu'A a le dessus des ennemis, mais bien il a eu. On peut encore observer i[uf avoir le dessus des ennemis est une expression trop populaire. »

La critique sur l'emploi du présent pour le passé est une chicane, et avoir le dessus de, pour avoir l'avantage sur, n'était pas une expression populaire du temps de Corneille, et bien ame-

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