‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 424 sur 743 · MOURIR. — MOUVEMENT · texte numérisé non relu

MOURIR. — MOUVEMENT

Le frère de notre poëte a dit de même :

Faut-il que des soupirs j'emprunte l'éloquence. Ou que de mes regards la mourante langueur Serve, pour vous parler, d'interprète à mon cœur?

(Les Engag. du hasard, it, 4.}

— MOURANTE vie. [Le Cid, III, 4.) MOURIR, fig., en parlant d'un sentiment :

Une pareille amour meurt dans la jouissance.

[Mil., v, 3, lr- éd. jusqu'à 1654 inclus.)

Ma haine va mourir que j'ai crue immortelle;

Elle est morte, et ce cœur devient sujet fidèle. (Cin., v, 3.)

— mourir de, dans le sens de mourir d'envie de, employé dans le style noble comme dans le familier :

Quand je tâche à la perdre, il meurt de m'en défaire. (La Pi. Roy., v, 3.) Et l'on ne voit que trop quel droit j'ai de haïr

Un empereur sans foi qui meurt de me trahir. (Tite et Bér. , v, 3.)

Voulez-vous me servir?

psrpinna. Si je le veux? j'y cours,

Madame, et meurt déjà d'y consacrer mes jours? (Sert., n, 4.)

« Il fallait, dit Voltaire, et je meurs; mais cette façon de parler est du style de la comédie; encore ne dit-on pas même, je meurs d'aller, je meurs de servir ; mais, je meurs d'envie d'aller, de servir; et cela ne se dit que dans la conversation familière. »

Corneille dit encore dans le même sens, mourir que :

Je me trouve captive en de si beaux liens,

Que je meurs qu'il le sache, et j'en fuis les moyens. {La Suiv., u, 6.)

— mourir que ne, mourir d'impatience de :

Lui, quand il a promis, il meurt qu'il n'effectue. (La Veuve, ni, S.)

— je meure si., ne, façon elliptique et énergique d'affirmer :

Je meure, mon enfant, *i tu n'es admirable! [La Veuve, iu, 4.)

MOUVANT, adj., qui se meut, idole mouvante :

Ce" n'est qu'une idole mouvante, Ses yeux sont sans vigueur, sa bouche sans appas. [La PL Hoy., u, i.)

MOUVEMENT, impression, sentiment :

Je m'assure que si un homme se pouvoit faire satisfaction à lui-même du tort qu'il s'est fait, il vous condamnerait à vous la faire à vous-même , plutôt qu'à moi qui ne vous en demande point, et à qui la lecture de vos observations n'a donné aucun mouvement que de compassion. [Lett. apolog.)

MOYENNER. — MUTIN. 6JV

— j'attends ses mouvements sur, pour signifier j'attends de voir l'impression que lui causera telle chose :

Je vois mieux ce qu'il vaut lorsque je l'abandonne,

Et déjà la grandeur de ma perte m'étonne.

Pour régler sur ce point mon esprit balancé,

J'attends ses mouvements sur mon dédain forcé. (La Gai. du Pal.t n, 7.)

MOYENNER , ménager, procurer, moyenner un accord :

Si Clarice une fois est en notre puissance,

Crois que c'est un bon gage à moyenner Vaecord

Et rendre en le faisant ton parti le plus fort. (La Veuve, in, 1.)

Ce verbe est indiqué par les dictionnaires modernes comme vieux et familier. Ne pourrait-il pas s'employer encore , môme en style soutenu , comme dans ces exemples d'excellents auteurs :

Elle procura une trêve avec le roi de Navarre, pendant laquelle on moyenna une entrevue d'elle et de lui au château de Saint-Brix. (Pimir., Uisi. de Henri IV, V9 p., 1586.) — Que le prêtre approche de l'autel comme Jésus-Christ, par sa puissance; qu'il y assiste comme un ange , par son respect; qu'il y serve comme un saint, par la pureté de sa vie ; qu'il y offre les vœux du peuple comme un pontife , par sa charité envers le prochain ; qu'il y moyenne la paix comme médiateur, par son zélé pour la gloire de Dieu. (Bourd., Exkort. sur la dignité et les dev. des prêtres, n.) — Pendant la guerre de Lamia, Antipater fit prisonniers plusieurs Athéniens. Xénocrate fut député de la république pour moyenner leur délivrance auprès d' Antipater. (Fhnrl., Vies des ane. philos., Xénocrate.) — Plusieurs peuples et princes s'étant ligués contre les Achéens, Aratus se hâta de faire amitié et alliance avec les peuples d'Ëtolie. Il n'eut pas de peine à y réussir, et non-seulement il conclut la paix, mais il moyenna une ligue offensive et défensive entre les deux nations des Étoliens et des Achéens. (Roll., Hitt. ane., L îv, p. 598.)

MURMURER, fig. :

Nais dans votre cœur même un autre amour murmure. (Attila, v, 4.)

MUTIN, adj., fig. insolence mutine :

Et lui-même à toute heure il se fait violence

Pour vaincre de ses sens la mutine insolence. {Imii.. i, $4.)

Le texte latin disait seulement : Qui sibi ipsi violentiam fréquenter facit.

Il est curieux de voir les diverses variantes que Corneille a fait subir à son texte avant d'arriver à cette épithète si neuve, si énergique et si poétique :

Pour vaincre de la chair la brutale insolence. Et pour unique but en tous lieux se prescrit

D'assujettir le corps sous les lois de l'esprit. (ÊdiU de 165-2.)

Pour vaincre de la chair la coupable insolence. (Édit. de 1C54.)

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— Mrronm des désîbs, arac un nom de chose pour sa jet :

La eoaroaae. feifaear, orae bîea aae léa», Je Me la igarois sar celle de sa «car,

ÏMrufme C**js ëeroit l'y Mettre, Et «aaad je» eoatearplois la gloire ci la diaaeai

Qae je se poavots se proatetlre.

Ca pea de jaloasie et de coafatiaa Mmtinmi mus denrt et se soaleroil Vkme. (datt., «t W

— &E *TTI5EB DE QL'ELQLE CHOSE :

Je l'ai fait votre égal ; et, qaoMja'oa tem aanaar.

Sachez qu'à plos encor ma faTcar le destiae. (D. Suncàt, i, S.)

NAGE, a nage , comme à la nage :

De vos ponts commencés abandonnez l'ouvrage, François, ce n'est qu'un fleuve, il faut passer à nage.

{Les Vict. du roi. eu 1671) Mais avant menfniroie outre la mer à nage,

Oae je me remeisse en si fait mariage. [Le dit de Mémuy.)

Ils avoient essayé si l'on pouvoir passer à gué on à nage le nouveau canal d* Bruges. (Pilliss., Un. h in.)

C'est là qu'on te voit à nage

Fendre les flots écumeux. (Chagl., Ode au due de Vend., 1715.)

Il passa une rivière à nage sous le feu des ennemis. (Foimoauxi, Éhg- ** Àcad., Y au ban.)

A la nage, au dix-septième siècle, était moins du beau langage que à nage. « On dit, remarque Ménage, passer une rivière à nage, etâ la nage ;à nage est le meilleur. » [Observ. sur la lang.fr., 1,215)

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