‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 521 sur 743 · PROSTERNER · texte numérisé non relu

PROSTERNER

Racan lui respondit que H. de Malherbe avoit «se de ce mot prospère en ees vers :

0 que not fortunes prospères....

M. de Malherbe, qui estoit présent, lui dit assez brusquement : « Eh bien, mort Dieu ! si je fais un p.., en voulez-vous faire un autre ? » (Racan, Vie de Malh.)

Racan, plus tard, ne s'est pas fait scrupule d'employer encore prospère exactement comme Malherbe :

La fortune prospère Veut déjà me tourner le dos. {Psaum., xxx.)

Du reste, ce scrupule sur l'emploi de prospère dans le sens de favorable, heureux, est étonnant; car cette signification est ancienne dans la langue et s'est maintenue sans interruption :

U» vent prospère. (Lamv., Le Fidèle, i, 7.) — Je veux retenir ceste consolation de ne luy avoir jamais manqué de loyauté, tant en prospère comme en adverse fortune. (Id., ibid.)

Voici, bien avant Malherbe et Racan, l'expression de fortune prospère, et nous allons encore la rencontrer dans une tragédie du cardinal de Richelieu.

C'estoit à la vérité une façon de traicter peu sortable pour donner prospère acheminement aux affaires. (Bu Villars, Mém., n, 1551.) Quant à moy, j'espère aujourd'huy Voir la fin de tout nostre ennuy :

Car ee mal-ci, comme j'espère,

Vous sera heureux el prospère. (Godabd, Les Desguis., v, 4.)

0 Dieu, le bon Dieu soit loué.

Qui m'a aujourd'huy envoyé

Une rencontre si prospère! (Id., IWd., v, 5.)

Est-ce donc Azamor? ô fortune prospère!

Il servira lui-même à l'éclaircissement. (Richelieu, Mirante, v, 4.)

Que Tancrède est heureux 1 que ce jour m'est prospère!

(Voltaire, Tancrède, ni, 1.)

PROSTERNER, act, faire prosterner, jeter, mettre à terre :

Qu'une douieur sensible, un véritable ennui»

Un profond repentir le prosterne à m* face. (/mil., iv, 7.)

Exauce cette indigne et vile créature,

Que prosterne à tes pieds un humble repentir. [Ibid., iv, 9.}

Oui, tandis que le roi va lui-même en personne

Jusqu'aux pieds de César prosterner sa couronne,

eiéopâlre s'enferme en son appartement.

Et, sans s'en émouvoir, attend son compliment. {Pomp*, ni» 1.)

Voltaire n'a pas senti la beauté de cette hardiesse. Il dit ennuyeusement :

c On ne prosterne point une couronne ; on se prosterne. On dépose une couronne ; on la dépose aux pieds, et non jusqu'aux pieds. »

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