‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 692 sur 743 · VOIR · texte numérisé non relu

VOIR

— voir que, suivi d'un verbe à l'indicatif :

Voyez qu'un bon génie à propos nous l'envoie. [Bot., i, 1.)

« Ce tour, dit Voltaire , a vieilli ; c'est un malheur pour la langue : il est vif et naturel, et mérite, je crois, d'être imité. »

Corneille a dit encore :

Equitable Minos, grand juge des enfers.

Voyez qu'injustement on m'apprête des fers. (Mél., iv, 8.)

Vois qu'en sa liberté ta gloire se hasarde. (La Suiv., i, 4.)

C'est cette vertu même, à nos désirs cruelle,

Que vous louiez alors, en blasphémant contre elle;

Plaignez-vous-en encor, mais louez sa rigueur

Qui triomphe à la fois de vous et de mon cœur,

Et voyez qu'un devoir moins ferme et moins sincère

N'auroit pas mérité l'amour du grand Sévère. (PoL9 n, 2.)

Voyez qu'heureusement dedans cette rencontre

Votre rival lui-même à vous-même se montre. (Le Ment., i, 5.)

Voyez qu'en sa faveur aisément on se flatte. (D. Sanche, îv, 1.)

On trouve de môme, entre autres exemples, avant et longtemps après Corneille :

Voy qu'au public semblable injure touche. (À. Hardy, Alcie, y, 2.) Voyez que les femmes du peuple portent des habits de soie, et qu'il n'y a plus de maisons neuves sans de grands trumeaux de glace. (D'argenson, Mém., Bibl. elzev., t. v, p. 368.)

— j'ai vu que, en style familier, j'ai vu le temps où :

Mais on ne parle plus qu'on fasse de romans !

Tai vu que notre peuple en étoit idolâtre. (La Gai. du Pal., i, 6.)

— voir, suivi d'un verbe actif ayee le sens passif:

Ton bonheur n'est couvert que d'un peu de nuage, Et tu n'as rien perdu pour le voir différer. (Le Cid., n, 3.)

L'autre tout débonnaire, au milieu du sénat,

À vu trancher ses jours par un assassinat. (Cin.t n, l.)

Et, s'il ne sçait son entregent Ou fault à quelqu'ung recueillir, Tantost le verrez accueillir, Mocquer, brocarder et larder,

Et de toutes pars regarder. (Sermon des maulx de mariage.)

Ce qui désespéroit le plus de si braves hommes, c'étoit de te voir assommer comme des bêtes prises dans on piège, sans pouvoir venger leur mort.(VAUGBL., Trad. de Q. Curce, v, 4.)

Que l'on voye ébranler par la fureur de Tonde

Les fondemens du monde. (Racan, Psaum., xlv.)

J'ay mis fin à tous ces discords

Par qui la Loire, en ses deux bords,

Voyoit ensanglanter son onde. (Racan, Épigr., madrigal.)

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