INTELLIGENCE. — JEU
INTELLIGENCE, être de l'intelligence de quelqu'un, être d'intelligence avec lui.
Aux exemples cités ajouter les suivants :
Tous ceux en qui le roi semble avoir confiance
Sont déjà contre vous de son intelligence. (T. Corn., Pers. et D4m&r.,i,5.)
Us entovoient souvent à Paris conférer avec ceux qui estaient de leur intelligence. [Mém. du maréchal du Plessis, collect. Petitot, 2* sér., t. lvii, p. 331.)
On trouve aussi, avant Corneille, être de V intelligence, absol. :
Et trouvant les portes ouvertes fut sans estre apperceu mis au dedans par une chambrière qui ettoit de V intelligence. (Amyot, Vict> J. Caesar.)
— avoir peu d'intelligence avec, s'entendre mal avec :
Comme i traiter cette alliance Les tendresses des cœurs n'eurent aucune part. Le vôtre avec le mien a peu d'intelligence. (Agés., i, 1.)
INTRIQUE, subst. masc, pour intrigue.
Th. Corneille a formellement condamné et la forme et le genre adoptés par son frère.
« Intrigue, dit-il, est présentement toujours féminin. Ceux qui ont écrit intrique Font fait pour faire rimer ce mot avec pratique. C'est une licence que la poésie ne sauroit excuser. » [Not. sur les Remarques de Vaugelas, CXXIX.)
Nous avons vu que P. Corneille, dans sa révision générale de 4682, adopta définitivement la forme intrique pour la prose comme pour les vers.
JEU. jouer ses jeux, fig., à peu près comme on dit jouer son
ieu :
Tirons-nous à quartier, nous jouerons mieux nos jeux, S'ils n'aperçoivent point que nous parlions nous deux.
(La Gai. du Pal., i, 1.)
Voi-cy qui va bien : d'autant mieux
Nous ferons etjourons nos jeux. (t. a. db Bur,Le Brave, iu, 3.)
Jeu s'employait autrefois au pluriel dans plusieurs locutions où Ton mettrait aujourd'hui le singulier :
Et que, l'heure s'advançant, ils donnassent ordre à leur sortie, sinon que l'artillerie recommencerait tes jeux, (Du Villars, Mém.t v, 1554.)
JOUER de, suivi d'un subst., signifiant employer, faire preuve de. jouer d'adresse :
Mais j'ai moi-même, enfin, assez joué d'adresse. [Le Ment., v, 6.)
Jouez d'un peu d'adresse Pour votre intérêt et le mien. {âgés., i, 1.)
Le frère de notre poète a dit d'une manière analogue :
Ce voyageur nocturne a joué là d'esprit. (T. Corn., César d Avalas, u, 1.)
LANGUIDE, languissant.
Ajouter cet exemple du prédécesseur de Corneille dans la tragédie :
Le corps n'est plus qu'une languide escorce
Sans mouvement, et sans la moindre force. (A. Hardy, Âleée, m, 3.)
LARCIN. Remarquable emploi au figuré :
Allez donc, ce qu'ici vous perdez de moments
Sont autant de larcins à vos contentements. (Rodog., îv, 3.)
MAIN, a main forte, la force en main, par la force, par la violence.
Ajouter cet exemple d'une date postérieure à ceux que nous avons allégués :
Des commissaires y mettoient le prix (au blé) à main forte. (St-Sm., t. vu, c. 9.)
MAL, adv., placé devant un adjectif.
Aux exemples cités de Corneille ajouter les suivants :
Ces quatre diamants dont elle est enrichie
Ont sous eux quelque feuille, ou mal nette, ou blanchie.
(Suite du Menu, u, 6.)
Non que mes volontés en soient mal satisfaites. {Ibid., iv, 2.)
La locution mal propre , employée plusieurs fois par notre poète, se retrouve chez un tragique du dix-septième siècle qui ne savait guère écrire, mais qui peut dans quelques cas, comme tant d'autres médiocres auteurs, servir de témoin de l'usage. Pradon a dit, dans sa Phèdre :
Et mon âme est malpropre à son tenir l'horreur De ce crime, l'objet de Iejur juste fureur.
MÊME, adverbe.
Nous avons vu que Corneille écrivait mêmes, suivant l'usage général de son temps. Cependant il emploie aussi quelquefois la forme même, en particulier devant une voyelle :
Beaucoup même ont si peu considéré ce dernier. {Dise, de l'utilité et des parties du poème dram., en tête du t. I" des GEtiv., édit. de 1663, in-4\)
MÊME, dans le sens de ipse, non accordé après un substantif pluriel.
Nous avons dit que cette dérogation à la syntaxe nous paraissait très-forte, qu'elle était tout à fait injustifiable au point de vue de la grammaire, mais pouvait peut-être se tolérer en vers. Nous ajouterons que Vaugelas et Thomas Corneille la condamnaient formellement.